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Condorcet
Condorcet et l'éducation
Pour lui les seuls obstacles au bonheur de l’homme s’appellent préjugés, intolérance, superstition. Il suffit donc d’instruire le peuple et de développer la raison de chacun pour mettre un terme au malheur public. (Elisabeth et Robert Badinter, Condorcet, Le livre de poche, 1988.)
Tribunal correctionnel et jury populaire
Paradoxalement, ce projet qui prétend accroître le rôle des simples citoyens dans la justice pénale réduit leur pouvoir dans les cours d’assises. Il crée en effet des cours d’assises « light » qui ne comprendront plus que deux « citoyens assesseurs » au lieu des neuf jurés siégeant avec les trois magistrats.
Emprunts et lois
Une discussion de la radio : le gouvernement français n’ayant pas de moyens cherche à compenser leur absence par une multiplication anarchique de lois. Ce serait un mal endémique.
Du coup, les propos de M.Rocard, entendus avant-hier, prennent de l’intérêt. On lui a demandé à quoi servait l’emprunt auquel il cherche à trouver un emploi, et si ses recommandations auraient plus de chances d’être appliquées que celles des multiples commissions qui ont été consultées de ci, de là (cf. la commission Attali).
Sa réponse ? L’emprunt serait l’occasion de donner des fonds à ce qui en est privé systématiquement (je crois qu’il citait l’Université, en exemple). Ce qui évitait un peu la question : le coût du financement par emprunt national est inutilement élevé.
Au fond, il est dans le vrai : si, par exemple, l’on améliore les conditions de vie de la population et ses espoirs d’avenir, et que l’on diminue ainsi la délinquance, le besoin de police, de juges, d’avocats, de jugements et de prisons, si les députés peuvent s’intéresser à notre sort au lieu de n’être occupés que de législation répressive… pourquoi faire la fine bouche sur quelques milliards de perdus ? D’ailleurs le psychologue ne dit-il pas que l’on aime ce que l’on paie cher ?
Compléments :
- Il est possible que le gouvernement ait tendance à diminuer ses moyens : Le gouvernement veut reprendre la main sur la sécurité ; École du crime (4).
- Ce qui nous promettrait toujours plus de lois répressives : Réforme pénale.
- En ce sens, il est logique d’éliminer l’indépendance du juge d’instruction (Séparation des pouvoirs) : cela réduit le nombre d’enquêtes et leur coût.
- The Economist pourrait avoir vu juste : Emprunt (suite).
- Pour le psychologue : voir Robert Cialdini et ma référence usuelle (Influence: science and practice).
Séparation des pouvoirs
La mort programmée du juge d’instruction, par Robert Badinter présente les événements qui ont conduit à l’élimination du juge d’instruction.
Les faiblesses du dispositif étaient connues depuis longtemps, étrangement des réformes avaient été votées, mais jamais appliquées, leurs crédits ayant été alloués ailleurs. Nouvel exemple de conduite du changement à la française.
Plus curieux : non seulement la justice perd son indépendance (l’instruction sera du ressort du parquet, qui dépend du ministère de la justice), mais il ne paraît pas qu’il y ait eu débat. Le législatif, l’exécutif et le judiciaire semblent dorénavant faire cause commune.
Ne serait-ce pas une attaque contre les principes fondateurs de la République, qui résultaient eux-mêmes de décennies de réflexion de gens fort intelligents ? Ils pensaient que la division des pouvoirs était le seul moyen d’assurer la liberté de l’homme.
Certes cela rend le pays difficile à réformer. Mais c’était voulu : un tel système demande, pour changer, un consensus. Non seulement c’est démocratique mais encore consulter l’intellect collectif évite de faire des erreurs. Imaginez qu’un homme seul se mette à décider de notre avenir !
Je pense qu’un de ces jours il faudra se demander quelles sont les valeurs fondamentales du pays, et s’il ne faut pas mettre un peu d’ordre dans les bricolages gouvernementaux, pour qu’ils les respectent.
Complément :
- Comment assurer la liberté humaine, pensées fondatrices : MANENT, Pierre, Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.
