Michel Simon

Michel Simon semble avoir été une de ces personnalités originales qui, sans effort, ont trouvé leur place dans une société qui semblait devoir les rejeter, voire les excommunier. (Les chemins du jour, 1956, rediffusion de France culture.)

Au moment de l’émission, il vit avec des animaux, qu’il trouve plus intelligents que les humains.

Une fois de plus, ce qui me frappe est la pureté de sa langue. Il est surprenant que quelqu’un qui n’a quasiment pas fréquenté l’école s’exprime infiniment mieux que ce que notre école produit de mieux.

Pompier Rousseau

La vie du douanier Rousseau, par ceux qui l’ont connu (Bonjour Monsieur Rousseau, une émission de 1950, rediffusée par France culture.)

Un retraité miséreux, à l’esprit d’enfant, mauvais musicien et peintre amateur, lancé par des Bobos (Apollinaire, en particulier), qui aiment à s’encanailler et dont il est le bouffon ? Et qui ont fait main basse sur ses toiles, à sa mort ?

Curieusement, il ne voulait pas peindre ce qu’il a peint. Sa main ne lui obéissait pas. Son idéal était pompier.

Feydeau

Humour, politesse du désespoir ? Les pièces de Feydeau donnent le spectacle de la bêtise, du ridicule, de sa classe sociale. Sa famille en est le modèle.

Feydeau fut un bel homme triste. Il a déserté le domicile familial et fini ses jours à l’hôtel.

Mais il avait surtout du talent. Talent du dialogue absurde. Talent d’observateur. En particulier des caractéristiques (éternelles ?) de l’homme et de la femme.

On oublie de le dire ? Le génie est avant tout un artisanat ?

Emission de France culture.

Eric Hebborn, faussaire

Hasards de wikipedia. Je tombe sur la fiche de Eric Hebborn. S’il n’avait pas dit qu’il était un faussaire, on ne l’aurait pas su. En fait, il avait inventé l’Intelligence artificielle avant celle-ci. Il ne copiait pas, il créait des oeuvres originales, dans l’esprit de tel ou tel artiste, mais bien mieux que lui.

Et il jouait sur l’appétit du lucre de certains, et l’incompétence des experts. Exploiter l’hypocrisie sociale, éternelle technique de conduite du changement ? (Mais qui demande tout de même du génie ?)

Baudelaire

La correspondance de Baudelaire noue les tripes. Il passe son temps à demander de l’argent à sa mère, tout en se lamentant d’être incapable, physiologiquement, de quoi que ce soit. De temps à autres, il fait des promesses d’alcoolique : cette fois-ci, c’est la bonne.

Drame de gosse de riche ?

En dépit de son dénuement, il fréquente les gloires de la création littéraire de son temps. Mais, en fait, elles étaient toutes dans le même état que lui. C’est le mystère de la célébrité qui a changé notre regard sur elles.

Musique

Les programmes de nuit de BBC3 m’ont fait découvrir une musique inconnue. Les oeuvres du répertoire se grossissent du féminisme, qui exhume des Louise Farrenc, Fanny Mendelssohn, Clara Schumann, Hildegarde de Bingen, des travaux peu joués jusque-là d’auteurs célèbres (Grieg, Sibelius…), de parents pauvres d’autres célébrités (CPE Bach), de beaucoup de monde éclipsé par les dites célébrités… Et je constate aussi que les Anglais semblent plus aimer le musicien français (Ravel, Debussy, Poulenc, etc.) que nous-mêmes.

Résultat ? Peut-être que les célébrités avaient effectivement plus de génie que les oubliés de l’histoire, mais il était dommage de se priver de la contribution de ceux-ci. Et, bien souvent, le génie est lassant. La modestie fait du bien.

En revanche, je continue à penser que la musique contemporaine est sinistre. Elle n’est pas « populaire ».

Flaubert

George Sand écrit à Flaubert. Il est malheureux, ses livres n’ont pas de succès. Cela tient à ce qu’ils sont désincarnés, lui dit George Sand. Le lecteur a besoin d’une histoire, d’explications sur ce qu’elle signifie. C’est ce que Flaubert a réussi, à moitié, sans le vouloir, avec Madame Bovary. D’où son succès.

George Sand me semble avoir été de bon conseil. Ce qui a fait la fortune de Victor Hugo, de Shakespeare et des autres est la combinaison d’une histoire populaire et d’un projet artistique, qui rend l’oeuvre durable.

Quant à Flaubert, il jouit d’une sorte de succès d’estime. Il plait à l’intellectuel. L’intellectuel ne comprend pas mieux Flaubert que le peuple. Ce qu’il a retenu de ses études est que ce qui est incompréhensible est divin ? Il est intarissable sur l’incompréhensible. Et ça lui a valu de bonnes notes ?

Jean Lurçat

Jean Lurçat appartenait à mon vernis culturel. Illustre inconnu.

Je savais vaguement que son nom était associé à celui de la tapisserie. Mais je ne savais pas qu’il avait été un peintre célèbre dès sa prime jeunesse et qu’il avait été un grand résistant.

Curieusement, ses théories rejoignent les miennes. Il est ridicule, me semble-t-il, de voir les châteaux et monuments historiques comme des ruines, comme des pierres. Ce qui faisait leur âme était leur décoration. Meubles, tapisseries et autres. Je crois que c’est ce qu’il pensait. Et il voulait une tapisserie qui soit de son temps. Non qui singe le passé, comme le désirait Pétain.

Ironie du sort. Comme pour tout homme au sommet de sa gloire, il croyait avoir changé la face du monde, que l’avenir appartenait à la tapisserie. Eh bien, l’histoire ne lui a pas donné raison.

Pour ma part, je le trouve un peu trop de son temps. Il semble avoir appartenu à une mode, celle de la maison de la culture d’Argenteuil, qui a mal vieilli. L’artiste durable ne peut-être reconnu par ses contemporains ?

(Emission de France Culture.)

Georges Braque

Enfin une occasion de comprendre l’oeuvre de Georges Braque, me suis-je dit : émission de France Culture.

Je savais qu’avec Picasso, ils avaient été inséparables, et avaient créé le cubisme, à tel point que leurs oeuvres de l’époque ne peuvent être distinguées. Je savais aussi que la guerre de 14, que Picasso n’a pas faite, et de laquelle Braque aurait pu ne pas revenir, fut une rupture entre eux.

Ce qui ressortait de l’émission est que c’était Cézanne qui était à l’origine de son inspiration. Il était intéressé par la structure de l’objet et non par sa forme. Voire par ce qui était entre les objets. Un genre de surréalisme ? La réalité serait tout sauf ce que l’on voit ?

En tous cas, je ne vois rien de très beau chez Braque, et je trouve que Cézanne est triste et anguleux. Auraient-ils été victimes de ce qu’ils dénonçaient ? Ils furent le jouet de la raison ?

Jules Verne

Une partie de l’oeuvre de Jules Verne serait sombre et pessimiste. Elle ne parle pas de machines futuristes, mais des évolutions de la société. Paradoxalement, elle aurait été plus presciente que son anticipation technique.

L’émission de France culture qui traitait de ce sujet se demandait comment un homme riche et célèbre pouvait avoir eu une telle vision.

Je n’ai jamais aimé Jules Verne. Je trouve qu’il n’écrit pas bien. En revanche, il m’a toujours semblé que beaucoup de ses personnages étaient des révoltés.

Je pense surtout que l’on a une fausse idée de ce qu’est un ouvrage. Bien des livres sont l’affrontement de deux forces opposées. L’une, celle qui représente le bien officiel, gagne. Seulement, on oublie souvent que les mots qui décrivaient son opposé ne sont pas effacés. Ils vivront pour la postérité.

Je crois aussi que l’artiste digne de ce nom est un reflet de ce qu’il voit. Il est plus impressionné qu’impressionniste. Il ne comprend pas le message qu’il nous transmet.