Lybie : ratage ?

Milice, milice, milice. On ne parle que de milices en Lybie. Le pays semble proche de l’anarchie. (Le Figaro – International : Libye : les milices font régner leur désordre)

Je me demande si elle n’est pas un nouvel exemple de la longue série des changements ratés de Nicolas Sarkozy (cette fois-ci, il n’était pas seul) qui fournissent des exemples à mes cours, et me dépriment. Rien n’avait été prévu pour l’après guerre. Comment, d’ailleurs, aurait-il pu en être question ? Nos pays ne sont-ils pas en faillite ? 

La fièvre hexagonale, les grandes crises politiques 1871 – 1968

Livre de Michel Winock, Points histoire, 2009. Pourquoi la France est-elle une poudrière ?

Peut-être parce que nous sommes fondamentalement intolérants. Nous devons cela à notre passé catholique. Avec l’amour des principes absolus. Chez nous, il n’y a pas de place pour le compromis, celui qui ne pense pas comme nous doit disparaître.
Peut-être aussi parce que la logique de notre société est féodale, avec un État hyper puissant, mais sourd, dysfonctionnel parce que morcelé, et donc fragile, et une nuée de petits propriétaires qui oscillent entre une passivité bovine et la révolte.

Nos gouvernements tendent à exclure, voire à diaboliser, une partie de l’électorat. Ce phénomène, combiné à des dissensions internes qui les paralysent, conduit à des bouffées de colère qui prennent la forme de tentatives de coups d’État.
  • La Commune. La commune ressemble à un règlement de comptes, qui serait à la fois une guerre de religion et une sorte d’expiation de la défaite de 70 (comme en 1940 ?). Paris est évacué, puis ce qui reste de sa population est massacré. Début de notre tradition de l’affrontement sectaire ? À noter qu’un troisième parti, les radicaux,  a essayé de jouer les médiateurs entre les adversaires. Débarrassé de son aile gauche, il va désormais pouvoir dominer la politique française.
  • 16 mai 1877. 1877 semble être la réelle naissance de la 3ème République, et la défaite finale de la monarchie. Le 16 mai s’affrontent Mac Mahon, président de la République et orléaniste, et la chambre, de gauche. C’est elle qui gagne. La gauche aura une majorité durable. Mais, si ses partis  parviennent à s’allier pour gagner les élections, ils se haïssent trop pour pouvoir gouverner. Ce qui conduit à un régime faible, et à une droite qui se sent minorité opprimée, et qui est prête à tous les coups tordus.
  • Le Boulangisme. La République ayant fait des exclus, en 1887, ils vont tenter de se venger. Ils trouvent dans le général Boulanger le chef charismatique dont ils ont besoin. Mais il ne sera pas à la hauteur de l’événement. Début des mouvements de masse et populistes.
  • L’affaire Dreyfus. En France, il est normal d’être antisémite, mais pas de condamner un innocent. C’est peut être ce qu’il faut retenir de l’affaire Dreyfus. C’est aussi la naissance, et la première victoire, des « intellectuels ». Mais c’est certainement la droiture de quelques officiers de l’armée qui mérite d’être remarquée.
  • 6 février 34. Les forces coalisées d’une droite revancharde et du PC profitent de l’affaire Stavisky pour attaquer un gouvernement de gauche dysfonctionnel, mais soutenu par le peuple. Ça ne marche pas mais cela conduit à une forme de guerre civile larvée et suicidaire. La gauche prétextera d’une lutte contre le fascisme, qu’elle croit français, pour ne pas apporter les réformes nécessaires au gouvernement, et ignorer la montée du nazisme.
  • 10 juillet 40. Paul Reynaud aurait pu être l’homme de la situation. Mais il manque de souffle. Pétain et surtout Laval profitent de l’éternelle faiblesse du régime pour faire un coup d’État et imposer leur vision médiocre, et revancharde, du monde.
  • 13 mai 58. Guerre d’Algérie. Cette fois-ci l’armée se croit une mission, elle aussi a des comptes à régler. Le gouvernement en place, comme d’habitude, est trop divisé pour pouvoir réagir. De Gaulle arrive, transforme la constitution, et règle le problème, endémique, d’instabilité gouvernementale.
  • Mai 68. Mai 68 est l’histoire d’une sorte de baby boom étudiant mondial, mais qui, en France, va, en se heurtant à la rigidité de la société gaulliste, exploser.  

Obama réorganise son armée

« Faire des trous dans la coque pour alléger le bateau », voici comment j’explique généralement la façon usuelle de mener le changement. Ce serait peut-être celle qu’utilise Obama pour réduire les coûts de son armée.
Il élimine les troupes stationnées en Europe, alors qu’elles ont un rôle décisif de coordination des armées amies – elles-mêmes critiques dans la réduction des coûts militaires américains. (The downgrading of Europe)

Armée européenne

La guerre de Libye montre que l’Europe n’a plus de moyens militaires.
Chaque pays voulant fabriquer son armement, celui-ci est excessivement coûteux. Les nations européennes doivent procéder à une division des tâches. (On target)
Cet épisode révèle, surtout, que l’Europe a été extrêmement imprévoyante. Elle n’a pas jugé bon d’investir dans son armée. Curieusement, l’Europe est pourtant en faillite : où est allé tout son argent ? 

Pakistan : poudrière mondiale

The Economist fait du Pakistan le pays le plus dangereux au monde.
Il est obnubilé par la menace indienne. Il consacre 16% de son PIB à son armée, il nourrit les Talibans afghans, et des réseaux de terroristes (qui le prennent parfois pour cible). Mieux, depuis que les USA ont décidé de donner accès aux indiens à la technologie nucléaire, il existe une course à l’armement dans le domaine. Inde et Pakistan ont maintenant un arsenal qui leur permettrait de faire des frappes nucléaires limitées (ce qui entrainerait une escalade illimitée…) ou qui pourrait fuir chez les terroristes. À quoi, il faut ajouter l’habitude des Américains de parler directement aux généraux pakistanais, ce qui déstabilise la démocratie pakistanaise.
Suffirait-il de parvenir à établir un peu de calme pour que l’argent qui part aujourd’hui à la guerre dissipe ce qui cause son agressivité, notamment la pauvreté de son peuple ?

Obama, général en chef

B.Obama, « quelqu’un qui décide et qui ne délègue pas » serait l’architecte en chef de la politique étrangère (militaire) américaine. (Bob Gates leaves the Pentagon)
La guerre est trop importante pour être laissée aux militaires ?

Compléments :

  • En tout cas, M.Obama semble avoir torpillé les Républicains qui ont cru pouvoir l’attaquer sur son manque d’agressivité militaire. Finalement, la pensée à long terme aurait-elle un avantage sur le raisonnement tactique ? Une leçon pour M.Sarkozy ?

Petraeus et la CIA

 Le général Petraeus devrait prendre la tête de la CIA. Un curieux organisme qui renseigne autant qu’il combat (au moins par le biais de ses drones) et dont la guerre principale est celle du Pakistan.
Les agents de la CIA attendent le général de pied ferme : il a la réputation d’arriver avec des idées préconçues. Si c’est le cas le « système immunitaire » le rejettera. (Article dont je tire mes informations)
C’est aussi ce que dit un de mes livres, avec les mêmes termes. Pour être accepté par une organisation, même si l’on est son chef, il faut être un « donneur d’aide », et pas un donneur de leçons.