Mais voilà que je me suis mis à discuter avec un ethnologue. Il a vécu chez les Pygmées. Et je comprends que les Pygmées partagent le point de vue d’Hannah Arendt. En effet, on a des preuves qu’ils ont renoncé à une forme de progrès (la métallurgie). Mieux, ils ont mis en pratique une idée qui semble capitale chez Hannah Arendt : le monde comme un ensemble de communautés. La forêt serait un écosystème de communautés, humaines ou animales. Chaque communauté connaît les lois du comportement des autres et agit en fonction. Pour le reste, rien de ce qui nous tourmente (par exemple la peur de la mort) ne trouble le Pygmée. Son bien suprême est la joie de vivre. Ou était. Car il a été liquidé par le progrès, qui a abattu sa forêt.
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Hannah Arendt et la provocation
Hannah Arendt et moi
En y réfléchissant, il me semble que c’est la maladie professionnelle de la philosophie, et, plus généralement, de la pensée. Pour parvenir à penser, il faut se retirer du monde. Il faut le voir de l’extérieur. Il faut s’abstraire de ses règles, qui contraignent notre esprit. (Rien de neuf : les Grecs disaient comme moi, il y a 2500 ans, au moins.) Mais, alors, il y a le risque de se faire piéger par les délices de l’abstraction, de la « raison pure ». Il faut être capable de s’en tirer pour revenir au monde. Et ce va et vient est douloureux. Avant de rencontrer Hannah Arendt, je le représentais comme le bond du dauphin, qui passe de l’eau froide et sombre à l’air brûlant et lumineux. Ou encore comme ma difficulté à m’y retrouver entre les personnalités de mes parents, l’un étant penseur contemplatif, et l’autre être d’action. Et moi l’un ou l’autre, alternativement.
Politique et esclavage
- Faire accéder tout le monde au politique. C’était probablement l’idée de la IIIème République. La mission de l’Education nationale. Mais, je ne suis pas sûr que ce soit suffisant. Si j’en juge par ma propre expérience, développer une conscience politique demande énormément de temps (une vie). Et il est difficile d’agir correctement : je découvre sans arrêt que ce que je croyais était faux.
- Seconde idée : « changer pour ne pas changer ». Trouver un moyen d’amener la société à se développer d’une façon à ce que la tentation de parasitisme du politique par l’intérêt particulier soit mise au profit de la société. Il n’est pas impossible que c’ait été le cas après guerre. Alors, le développement économique était tel que l’utilitariste avait mieux à faire dans l’entreprise que dans la politique.
Michel Serres contre Hannah Arendt
Hannah Arendt
Je me suis interrogé sur Hannah Arendt : haïssait-elle le monde ? Je ne pouvais pas plus me tromper. Sa devise était « amour du monde » ! Hannah Arendt m’a certainement donné une grande leçon. Une leçon qui est peut-être au centre de sa pensée. Mon erreur n’était pas dans l’interprétation de son livre, mais dans celle de ses intentions. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est intellectuellement paresseux. La paresse intellectuelle est le mal banal qui nous entraîne sur la pente douce du mal absolu.
Le plus étrange est qu’à mesure que je lisais la vie d’Hannah Arendt, je découvrais qu’elle a écrit ce blog. Apparemment, à probablement pas grand-chose près, nous avons les mêmes obsessions. Toujours est-il que la pensée d’Hannah Arendt est étonnamment explosive. Elle contredit tout le prêt à penser moderne. Elle a révélé à la société de son temps ses petits arrangements coupables. Comme moi, celle-ci a réagi brutalement.
Et si l’entreprise française était dysfonctionnelle par construction ?
Un exemple d’un exercice que je demande à mes élèves. C’est l’exercice du paradoxe : repérer un comportement bizarre ; l’expliquer par une logique qui n’est pas la nôtre. Un truc ? Commencer par une explication négative (idiotie), puis passer à une explication positive (dans les mêmes conditions, j’aurais fait pareil).
- Explication positive. Conséquence de « l’organisation » sociale. L’activité collective est organisée par des règles. Et ces règles ont des exceptions. Mais, c’est un moindre mal. C’est ainsi que nous avons inventé le feu rouge. Le feu rouge est une bonne idée, mais, de temps à autres, il nous force à nous arrêter alors qu’il n’y a pas un chat dans la rue. Idem pour les entreprises et leur organisation.
- Explication négative. Elle vient du professeur d’organisation Jean-Pierre Schmitt. Selon lui, l’entreprise française est conçue « par des ingénieurs (non formés à l’organisation) ». Il entend par là des théoriciens ne connaissant rien à la réalité. Résultat ? Une organisation du travail théorique, inadaptée, pas conçue pour l’aléa, insensible à l’évolution de son environnement concurrentiel. Ce handicap monstrueux doit être compensé par l’exploit permanent des opérationnels (le fameux « mode pompier »). C’est un miracle non durable. En particulier parce que l’entreprise est quasiment incapable de changer (au mieux douleur, coût et improvisation) ou de croître.
Hannah Arendt et le mal
Décidément Hannah Arendt est dans l’air du temps. Je la lis, Margarethe von Trotta lui consacre un film, France Culture en parle. La question est celle du mal. Qui fait le mal, l’homme par nature, la société… ?
Hannah Arendt ou la haine de l’humanité ?
C’est Alain Finkielkraut qui m’a fait lire Hannah Arendt (billet précédent). J’avais été frappé par une discussion qu’il a eue avec Michel Serres. Et, comme il ne peut pas faire une phrase sans citer Hannah Arendt, j’ai voulu connaître celle qui l’inspirait. Voici des questions que je me suis posées en lisant Hannah Arendt. (PS. Une analyse complémentaire montre que je suis hors sujet, à 180°. La raison d’une erreur aussi complète est une question extrêmement intéressante…)
La condition de l’homme moderne, Hannah Arendt
Condition de l’homme moderne (Pocket, 2001). Voici un livre qui me pose bien des questions. Que veut réellement dire Hannah Arendt ? Parle-t-elle à une élite, seule capable de la comprendre ? J’ai essayé de me renseigner. Mais les jugements aseptisés que je lis chez les philosophes qui traitent de son œuvre ne me vont pas. La suite est une interprétation non autorisée et tendancieuse.
(Ce que cela m’inspire suit.)
