Politique agricole

Qu’est-il arrivé aux agriculteurs anglais après le Brexit ? (The landscape revolution.)

Si je comprends bien, la Politique Agricole Commune fournirait 50% de leurs revenus aux agriculteurs. Après le Brexit, il était attendu que l’agriculteur anglais soit rémunéré par le marché, mais reçoive aussi des subventions pour son action écologique. Apparemment, la pratique n’a pas été à la hauteur de la théorie, et il est en difficulté.

Deux réflexions : 1) mais quand parviendrons-nous à ne plus être victime des idéologies simplistes ? 2) Faillite de l’Union Européenne, qui a imposé la PAC, sans débat. Mais quand, donc, aurons-nous des gouvernements réellement démocratiques ?

OGM qui mal y pense

Les OGM auraient connu une nouvelle mutation : les NGT (New Genomic Technics). La science cqfd.

Je retiens de l’émission que l’on faisait des OGM sans le savoir. Avant les OGM à proprement parler, on soumettait les plantes à des traitements terribles (irradiation, chimie…) en espérant produire des mutations favorables. Avec les OGM on a tapé sur le génome, mais à l’aveugle. Avec les NGT, la frappe est chirurgicale.

Seulement, on ne sait toujours pas ce que cela peut donner à long terme.

En tous cas, les OGM n’auraient pas été un désastre écologique, disait aussi l’émission. Pour ma part, je note que cela ne paraît pas avoir donné un avantage extraordinaire aux agriculteurs qui les utilisaient. Il se pourrait, laissait entendre l’émission, que ce soit surtout la répartition des revenus entre agriculteur et semencier qui ait été modifiée. Pour autant, me dis-je, il ne faut pas nécessairement y voir la main invisible du grand capital : la recherche coûte cher, et elle ne semble pas donner grand chose ; les multinationales se sont peut-être lancées dans une course en avant quelque-peu suicidaire.

Plus intéressant, il serait possible de faire ce que prétendent faire les OGM par d’autres moyens (jouer sur la biodiversité), et sans conséquences imprévues. Seulement, tout le budget de recherche est absorbé par eux.

Validation sociale

Les agriculteurs anglais ne devraient-ils pas manifester ? se demandait Farming today, de la BBC, jeudi dernier. L’agriculteur continental s’agite beaucoup, alors que l’Anglais aurait les mêmes motifs de mécontentement que lui.

Réponse : nous ne voulons pas ternir notre image auprès du public.

Les agriculteurs européens ont, eux, une bonne image de victime, pourquoi pas les Anglais ? D’ailleurs, on manifeste fermement un peu partout en Angleterre, écoles, transports, hôpitaux… Cela ne semble pas étranger à la culture locale.

Je me demande si une explication ne pourrait pas tenir à la façon dont l’individu se perçoit. L’Anglais agriculteur se croit un gentleman farmer, le Français, un forçat ?

Euro et paysan

Agriculteurs très en colère. Un écologiste écrivait, l’autre jour, qu’il y avait méprise, que le Green deal n’en voulait pas aux paysans. Question de conduite du changement ?

De temps à autre, nos gouvernements réussissent un changement. L’euro en est l’exemple type. Comment s’y sont-ils pris ? Ce fut un changement soigneusement planifié, de longue durée. 10 ans. (Déroulé.)

Et ce n’était pas un changement facile : il a demandé la participation de beaucoup de monde, en particulier des directions des systèmes d’information qui ont dû lancer des projets de mise à jour de grande ampleur. Et, finalement, de nous tous. En outre, il avait commencé par un vote.

Pourquoi n’ont-ils pas fait de même cette-fois ? Pourquoi ont-ils cru qu’il suffisait d’inscrire des objectifs dans une loi pour que, par miracle, ils se réalisent ? Nouvelle génération de politiciens ?

Changement et comportement

Plus de 90 % des Français estiment qu’il est important de mettre en place des actions pour s’adapter au changement climatique, révèle un sondage réalisé par Toluna et Harris Interactive, commandé par le ministère de la Transition écologique et publié le 23 janvier.

EcoRéseau de jeudi dernier

les organisations syndicales agricoles ne cachent pas leur volonté d’une montée progressive en puissance jusqu’à, s’il le faut, « un blocage total du pays ». Ce mouvement se développe avec un large soutien de la population puisque, selon un sondage Elabe/BFMTV dévoilé ce matin, 87 % des Français disent « l’approuver » .

Maire info de jeudi dernier

Curieux ? Les Français sont favorables à des mesures en faveur de la transition écologique, mais approuvent aussi les agriculteurs qui, eux, semblent y être opposés. (D’après l’article cité, ils veulent même démonter plusieurs lois existantes.)

Ce que le Français n’a pas compris, c’est que le changement ce n’est pas pour les autres ? Qu’il est copropriétaire de l’Etat ?

Cultivons notre jardin

On n’arrête pas de me dire que le changement est impossible en France : le Français ne veut pas travailler. Et de me réciter des histoires déplorables.

Mais je me fiche de ceux qui ne veulent pas travailler ! Je rencontre des quantités d’entreprises, de tous secteurs, qui n’ont aucun problème de recrutement. Et même qui en ont marre d’entendre leurs collègues pleurer.

Et pourquoi ? Parce qu’elles « sortent des sentiers battus » pour chercher les gens qui ont envie de travailler et elles ont des choses passionnantes à leur dire : tout simplement qu’aussi modeste soit, apparemment, leur métier, elles en sont fières, et elles le font comme peu savent le faire.

Un ami me disait que le changement humain ressemblait à la culture de la terre. Avant de cultiver, il faut des années pour comprendre ce qu’elle peut donner. Et c’est ce long travail d’observation et d’expérimentation qui est, finalement, récompensé.

Encourageons les motivés, les autres leur emboîteront le pas !

Eau empoisonnée

Notre eau est contaminée. « L’Anses vient de publier un rapport préoccupant, mettant en lumière la présence dans l’eau potable d’éléments chimiques jusqu’alors non recherchés. » (Article.)

Raison ? Les pesticides utilisés par l’agriculture. Le gouvernement ne veut pas les interdire, car cela serait nuisible pour nos paysans.

Leçon d’écologie ? L’écologie est une question systémique. Celui qui veut donner l’exemple est le dindon de la farce. S’il veut rendre l’humanité « durable », il doit susciter une action collective.

Le paysan : un modèle ?

Il y a quelques temps j’ai interviewé les dirigeants du FMSE. C’est le fonds de solidarité des agriculteurs. Il permet de distribuer des aides sans contrevenir à la réglementation européenne sur la concurrence. Nos agriculteurs ont du génie ?

Ils m’ont raconté qu’ils n’avaient pas attendu le coronavirus pour constater que leurs exploitations étaient dévastées par les calamités. Il y a le temps et les virus. Ils ont été les premiers à observer les « externalités négatives » de la globalisation. 

Pourrait-on s’inspirer de leur exemple ? 

Tout leur souci est de maintenir leurs revenus à flots. Résilience, maître mot. Pour cela, ils font feu de tous bois. 

Seulement, si je comprends bien, dans ce dispositif entrent beaucoup de subventions à la calamité. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, en ce qui concerne les nations, pour le coronavirus et l’entreprise. 

En bref, la conclusion que l’on peut tirer de cette expérience est que notre capitalisme avait un coût insoupçonné. Il se prête aux crises sanitaires ou politiques. Ses coûts peuvent-ils être réintégrés dans les prix qu’il pratique, sans produire une crise, ou faut-il envisager un autre modèle de société ? 

La forteresse agricole, une histoire de la FNSEA

Voilà un livre, comme on n’en trouve pas beaucoup. 800 pages de l’histoire de la FNSEA, le syndicat qui se veut l’unique représentant des paysans, et surtout des transformations de l’agriculture française, depuis la guerre. 800 pages écrites par un journaliste qui a vécu ce dont il parle, et qui a côtoyé les acteurs du changement. C’est passionnant, même si ce n’est pas toujours aisé à comprendre, lorsque l’on n’est pas familier de la question. Et dommage que ça s’arrête en 2004.

Ce que j’en retiens, en quelques thèmes :

Les origines de la FNSEA

Le syndicalisme agricole n’est pas neuf. Etrangement, c’est l’émanation du féodalisme, qui a survécu dans le monde rural jusqu’au début du 20ème siècle. La noblesse terrienne instrumente les dispositifs solidaristes de la IIIème République, pour pérenniser le statu quo. Déjà s’amorce l’affrontement entre un gouvernement théoricien, loin des réalités, et la paysannerie qui, elle, y est accrochée. 

Le syndicalime agricole ce n’est pas n’importe quel syndicalisme. C’est un syndicat unique, qui dirige la communauté paysanne. Il la représente. L’agriculture est un monde à part, qui doit être géré entre soi. A l’exception des fonds publics, qui sont un droit. C’est un mythe, mais un mythe puissant. 

Après le féodalisme, c’est la collaboration, et la « corporation ». Cette France d’ancien régime plait à Pétain. Puis, c’est la libération et la création de la FNSEA. Il faut des agriculteurs compétents, et, ceux qui le sont n’ont pas résisté bien fermement. En conséquence, le changement consiste à sauver les apparences, et à éjecter les quelques résistants qui prétendaient représenter la profession. 

Une grande histoire d’amour du progrès

La façon dont les paysans abordent le changement correspond, probablement, à tout ce dont ont rêvé les idéalistes au coeur pur. 

C’est la JAC, la Jeunesse Agricole Chrétienne, qui mène le changement (les paysans ayant longtemps été massivement chrétiens, c’est un courant majoritaire). Ces paysans, qui sont pauvres et ont peu fait d’études, se forment, et réfléchissent longuement. Et qu’est-ce que cela donne ? Un mouvement ultra productiviste, qui va éliminer le paysan, pour cause de retard incurable, ainsi que la ruralité (quand il n’y a plus de paysans, il n’y a plus de village). Il va conduire à une surproduction, qui fait s’effondrer les cours, est un désastre pour l’Afrique. Il nous nourrit de chimie. Le veau est élevé au lait en poudre auquel on doit ajouter des additifs, de façon à ce qu’il ait à peu près les mêmes vertus que celui de la vache, afin que l’on puisse prélever le lait de sa mère, pour faire de la poudre. 

Puis ce sera le moment du libre échangisme mondial, dans lequel les paysans s’engagent sans rien comprendre. 

Tout ce monde obéit à une logique technique et économique impénétrable. Veaux aux hormones, farines animales, OGM… c’est le progrès pour le progrès, et la productivité, pour la productivité. Et les outils de la solidarité, le rêve de Proudhon, sont retournés contre leurs intentions. Les coopératives font de l’Uber avant Uber. Elles imposent aux agriculteurs, aux services desquels elles devraient être, des prix au dessous de leur seuil de rentabilité. Elles inventent l’employé propriétaire de son outil de travail, sans protection sociale ! La FNSEA, organisation « léniniste » de droite, impose sa pensée unique, et purge les opposants. Elle rejoue même le procès stalinien, avec autocritique en sus !

Un des effets pervers du syndicalisme, et de la politique, est que c’est un extraordinaire ascenseur social. Le paysan qui tirait le diable par la queue, non seulement y mène grand train, mais aussi peut se retrouver promu sénateur, député européen, ou ministre, et président du Crédit Agricole, par dessus le marché. 

En fait, l’unité n’est qu’apparente. Outre les opposants, isolés mais majoritaires, il y a aussi, au sein de la FNSEA, les agriculteurs riches, ceux qui produisent du blé ou de la betterave. Sans faire de bruit, ils tirent les marrons du feu. Ils ont les moyens d’influencer l’UE. Ce sont d’ailleurs eux qui absorbent le gros des subventions publiques. 

La soupape, c’est la violence. Quand les affaires de certains groupes de paysans vont mal, ils cassent tout et abîment quelques CRS. L’Etat, et ses subventions, intervient. Les casseurs sont au dessus des lois. 

Et notre gouvernement ? Une bande d’amateurs ? Quasiment aucun politique n’a la moindre idée sur l’agriculture. Il suffit d’avoir fait un discours sur le sujet pour être désigné ministre ! Quant à Edith Cresson, F.Mitterrand a estimé qu’il serait amusant de « provoquer » le machisme agricole. Ceux que le citoyen prend pour de bons ministres de l’agriculture se sont simplement fait quelques amis parmi les dirigeants de la FNSEA. 

L’altermondialisme

Apparemment, l’auteur est altermondialiste. Ses explications ne me semblent pas très claires, mais, au moins, elles rendent compréhensibles ses raisons d’être. L’altermondialisme n’est pas un mouvement pour Bobos ou hippies, comme on pourrait le croire. C’est, au moins à son origine, une réaction contre une technique devenue si folle qu’elle veut éliminer l’homme, pour cause d’irrationalité. L’altermondalisme cherche à re fonder la société sur des bases saines. 

Le discours sur la relocalisation et les circuits courts qu’a fait émerger le coronavirus, c’est l’altermondialisme ! 

Conclusions ?

Ce livre est une formidable leçon d’humilité. L’amour du progrès n’est pas que paysan. Il a été propre à toute la société. C’est étonnant à quelle vitesse la créature échappe au créateur, et l’asservit. Même les mouvements d’opposition, altermondialiste et bio, par exemple, sont détournés, dès qu’ils ont eu un peu de succès. La raison n’est-elle pas condamnée à dérailler ? 

Peut-être que l’humanité a besoin, de temps à autres, de chocs violents pour remettre ses pendules à l’heure ? 

L'agriculture contre l'Europe ?

Les Chambres d’agricultures tentent d’utiliser le coronavirus pour faire passer des demandes anciennes, au nom des relocalisations et de la relance. Notamment la préférence locale, les « prix planchers », la « protection du foncier agricole ».

Tout cela va à l’encontre de la politique européenne commune. On a longtemps dit qu’elle était favorable à l’agriculture, mais était-ce réellement le cas ?

(En fait, l’Europe n’a peut-être pas que des inconvénients. Les agriculteurs anglais demandent une protection d’après Brexit : ils ont peur de se faire balayer par la concurrence internationale.

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