Biais d’interprétation

Une vie an Afrique. Un ami a parcouru l’Afrique en long, en large et en travers, pendant près d’un demi siècle. Il a rencontré à peu près tous les chefs d’Etat qui ont fait l’Afrique moderne. Ce qui l’a surpris, surtout, était la différence entre ce qu’il lisait dans les journaux et ce qu’il voyait dans sa vie quotidienne.

A un moment, il était au Mozambique, aux mains des Soviétiques, en guerre contre l’Afrique du Sud, aidée par les Américain. En ces temps l’Afrique du sud était dans le camp des bons. (Ce qui a bien changé ensuite.) Surtout, les mines d’or d’Afrique du Sud ne pouvaient vivre sans le personnel mozambicain, et, effectivement, il n’avait aucune difficulté à traverser la frontière. Et l’Etat d’Afrique du sud payait l’Etat mozambicain pour ses services… D’ailleurs lui-même passait d’un pays à l’autre sans grande difficulté.

Il serait utile d’étudier les biais qui transforment l’information me suis-je dit.

Au fond, ce qu’on reproche aux Russes et aux Chinois est aussi, au moins en partie, à l’oeuvre chez nous.

D’ailleurs, sans aller en Afrique, c’est facile à voir : les manifestations suscitées par la réforme des retraites étaient perçues à l’étranger comme ayant mis la France à feu et à sang, alors que je n’en ai rien vu, et que ma vie n’en a été aucunement affectée.

Rainbow nation

L’Afrique du sud, serait au bord de la guerre civile, annonçait un interviewé de la BBC, ce matin.

En cause : la gestion du pays par l’ANC. En particulier, il n’y aurait plus d’électricité.

Cela m’a rappelé ce que disait un ami qui passe et a passé une grande partie de sa vie à sillonner l’Afrique : le pouvoir des blancs a été remplacé par celui de l’ANC. Et ce au détriment de tout le reste de la population, quelle que soit sa couleur. Or, si j’ai bien compris, l’ANC représente une ethnie.

Rainbow Nation

Violentes manifestations d’hostilité aux immigrés, en Afrique du Sud, était-il dit, il y a quelques jours. 

Curieux. On a accusé l’homme blanc d’être raciste. Mais il n’a pas l’air d’être le seul dans son cas. 

Et même. Il n’y a qu’en Occident que l’on trouve une tel mélange de populations ! Non seulement, c’est inconcevable ailleurs, mais, on y tolère même rarement une différence de religion ou d’opinion ! 

Et qu’est-ce qui rend l’Occident aussi résilient ? Ce sont ses valeurs. La France a été le pays des droits de l’homme, et les USA, « land of opportunity ». 

Faudrait-il les redécouvrir ?

Non man’s land européen ?

The Economist s’intéresse aux élections européennes. Les extrêmes arrivent. Pour sa part, il voudrait se débarrasser du parlement européen.

Ukraine. Donetsk serait un cas particulier (car peuplé de Russes), l’Ukraine devrait rester en un morceau. C’est dans l’intérêt de la Russie. Mais, quel degré de chaos ? La France va vendre des Mistral à la Russie, trop d’emplois en jeu. Les pays européens de l’Est sont divisés quant à la politique à tenir vis-à-vis de la Russie. Occasion d’un intéressant tableau de l’Europe de l’est.

L’Europe de l’est a été un succès remarquable, combinant le capital de l’Ouest avec une main d’œuvre bon marché pour devenir une partie intégrante de la machine à exporter allemande.

La Bulgarie, souvent vue comme le cheval de Troie russe en Europe, est presque entièrement dépendante du gaz russe. 

(La position de la Hongrie et de la République Tchèque) pourrait être influencée par un mélange pernicieux d’institutions faibles, de corruption, d’argent russe douteux et de propagande agressive du Kremlin.

Accident minier en Turquie. Son premier ministre n’est toujours pas ébranlé. Perfide Albion. Les pauvres et les malfrats s’éloignent des centres ville pour gagner les périphéries. C’est le résultat d’une meilleure police, d’investissements et de l’immigration de Musulmans, qui ne boivent pas. Quant aux Bulgares et aux Roumains ils se sont installés dans des boulots précaires (auto entrepreneurs). Ils pourraient maintenant avoir accès à de meilleurs emplois. L’Angleterre pense aussi faire des apatrides de ses mauvais citoyens. Un fâcheux précédent, pense The Economist.

Nucléaire iranien. Négociations. Iraniens très flexibles. Américains pas trop. En Afrique du sud, « presque 44% des foyers dépendent de la sécurité sociale pour joindre les deux bouts ». La dite sécurité sociale ayant été créée par l’ANC, il bénéficie du vote populaire, en dépit de sa corruption.
La Chine fait peur au reste de l’Asie. Mais il est incapable de s’unir. Chaque pays ayant sa paralysie propre, elle empêche le tout d’adopter une ligne commune. Le Japon sortirait timidement de son pacifisme ? Quant au prochain premier ministre indien, il a été servi par une très dangereuse extrême droite nationaliste. Mais il n’est plus dans son intérêt de continuer à la fréquenter.

USA toujours aussi surprenants. A la Nouvelle Orléans, une justice corrompue condamne à mort des innocents. Ailleurs, le politicien explique que Dieu a donné le charbon aux Américains. Accessoirement, on envisage d’utiliser des drones pour détruire les missiles ennemis au moment de leur décollage. Coupe du monde au Brésil. Rien ne sera prêt à temps. Va falloir improviser.

L’Europe demande à Google qu’une partie de notre passé puisse ne pas être révélé par son moteur de recherche. Ce qui pourrait « amener l’Internet un peu plus vers la fragmentation ». Quant à McKinsey, il veut passer de la stratégie à l’exécution. Particulièrement celle des fusions. En Asie, explosion du transport aérien bas coût. Il arrive à ses limites. Fusion et acquisition. Entre égaux, ça ne marche presque jamais. Il faut un seul chef, et un plan détaillé. Capital risque en Europe. Faute d’investisseurs privés, c’est la puissance publique qui investit. Ce qui fait fuir le privé. Et est bien peu rentable (2,1% par an, depuis 1990).

A qui obéit notre démocratie ? D’après une étude : « ceux qui ont le plus d’influence sont l’élite économique (définie comme les 10% qui gagnent le plus) et les groupes d’intérêt représentant les entreprises. Par contraste les groupes d’intérêt « de masse » tels que les syndicats ont peu ou pas d’impact ». Attention à une révolte des pauvres. Une autre étude estime que la crise n’a pas été créée par les banques, mais par l’immobilier. Il aurait fallu sauver les pauvres plutôt que les riches. En particulier en partageant les risques entre créditeur et débiteur. Idem en Europe. Le coupable n’était pas Grec, mais Allemand, et banquier irresponsable (français et allemand).

Parler une autre langue que la sienne forcerait à penser lentement, donc à être rationnel. Grâce aux LED, l’agriculture d’intérieur pourrait devenir rentable. Etre enceinte est un facteurs de risque pour la conductrice. Mais moins que d’être passagère de son mari. 

Afrique en développement, France en déroute, voitures sans pilote, et avions électriques

Quelques nouvelles d’un Economist que je n’ai pas eu beaucoup de temps pour lire :
L’Afrique est l’eldorado. C’est la seule zone économique qui ne se soit pas repliée sur elle-même. Elle n’a ni argent, ni personnels qualifiés. Qu’à cela ne tienne, nous lui envoyons les nôtres. L’Afrique du Sud, par contre, devient un Etat de non droit. Apparemment c’est le terrain de chasse de l’ANC, qui vit sur la bête. Quandau Nigeria, ça ne semble pas mieux, une compagnie pétrolière exploite les ressources du pays au profit d’une clique et pollue les pauvres.
La France admire le Mittelstand allemand, mais rien ne lui est favorable. L’histoire, qui n’a pas voulu la reconstruction des grandes entreprises compromises par la guerre, alors que l’économie française était tirée par l’Etat et ses champions. Les marchés, l’Allemagne choisissant les bien d’équipement, la France, les biens de consommation. Les principes fondateurs des entreprises, les entreprises allemandes sont dirigées par des techniciens, ont peu de niveaux hiérarchiques et sont des joueuses d’équipe, avec leurs partenaires et leur région. Elles se développent par une croissance interne patiente, fondée sur l’innovation. Tout le contraire de la France.
Apparemment, la croissance chinoise se serait réduite, sans s’effondrer.
Retour sur le lundi noir de 1987. Le monde s’est engagé dans un cercle vicieux de décisions stupides, stimulant l’inconscience des investisseurs, qui ne couraient plus de risques. Les banques centrales ont laissé faire les bulles et les ont regonflées lorsqu’elles crevaient. Les gouvernements ont encouragé le développement de la banque d’investissement, et ont cru que le marché pouvait s’auto-assurer. La crise est inhérente au capitalisme, la retarder ne la rend que plus dangereuse.
La voiture sans conducteur aurait le vent en poupe. Le monde pourrait en être bouleversé. Et les avions pourraient être lancés par des rampes électriques. Ce qui économiserait l’essence. Et si vous êtes riche, avec de gros muscles, il y a de bonnes chances que vous vouliez laisser crever les pauvres. Les femmes n’ont pas besoin de muscles pour cela. 

Albert Camus

Albert Camus n’était pas celui que je croyais.

Il n’était pas existentialiste ! Pour lui l’existentialiste était allemand, alors qu’il aimait les philosophes grecs.

Il n’était pas non plus philosophe, il se voulait artiste. Et l’absurde n’a pas été important pour lui. En fait, c’est peut-être plus sa vie que son œuvre qui est digne d’intérêt. Homme de convictions et de doutes, il a « osé penser », selon la devise de Kant.

Il s’est « révolté », il s’est dressé contre les dogmatismes. Il a cherché une « troisième voie » entre les pensées totalitaires de gauche et de droite. Ce qui lui a valu la haine de l’intelligentsia parisienne et de la presse, qui un moment l’avaient cru l’un des siens. (La droite a cherché à le récupérer, jusque dans la tombe : M.Sarkozy a voulu le transférer au Panthéon !)

Il s’est ainsi permis de critiquer l’Union soviétique, encensée par Sartre, ainsi que le terrorisme et ses victimes innocentes en Algérie, où il désirait qu’il y ait accord entre ses « peuples » européen et musulman (à l’image de ce qui s’est fait par la suite en Afrique du sud).

Il a aussi été le premier à s’inquiéter de la bombe atomique (immédiatement après Hiroshima), et n’a jamais oublié les Républicains espagnols victimes de Franco.

Algérien, venu du peuple le plus pauvre (père mort à la guerre de quatorze, mère servante et quasi handicapée mentale), souffrant toute sa vie de tuberculose, remarqué par un instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études, résistant… il est resté fidèle à ses origines. Il a préféré sa mère à la justice : les hommes, les petits, à des concepts abstraits, qui n’ont peut-être que pour seul usage de les asservir.

TODD, Olivier, Camus, une vie, Folio, 1996. 

Notre mal : manque de vision généreuse ?

Notre société cherche à tuer la cause de ses maux. Pour cela elle tente d’isoler une caractéristique d’une population, qu’elle puisse rattacher aux dits maux. Une fois qu’elle a des coupables, elle recourt à la violence en toute bonne conscience.

Ce qui n’amène nulle part. C’est la violence qui est le mal de la société. Il faut y mettre un terme. Et pour cela il faut, au contraire, rechercher chez l’homme ce qui est favorable à un projet visionnaire, pacifique, enthousiasmant pour tous.

Voilà ce que dit Armatya Sen (Violence and civil society, CAM n°64). Et il donne comme exemples l’Afrique du sud de Nelson Mandela et l’Europe d’après guerre. 

Jeux du Commonwealth

Depuis quelques temps, la presse anglo-saxonne dresse un tableau effrayant de la préparation des jeux du Commonwealth par l’Inde. Plafonds et passerelles qui s’effondrent, logements abjectes…
La corruption est partout (le cours du rouleau de papier de toilette atteint les 90$), ainsi que le terrorisme que l’État semble incapable de combattre. (Explication : c’est une démocratie, comme si cela justifiait l’anarchie.) (The games people play (or not).)
Bizarre spectacle, lorsqu’on le compare à celui qu’ont donné la Chine et l’Afrique du Sud – un État pourtant bien fragile. De tels événements ne sont-ils pas susceptibles de jeter un doute légitime sur la qualité de la production de ce pays ? Ne serait-ce pas ce qui serait arrivé à n’importe qui d’autre en pareille occasion ?
Pourquoi, donc, l’industrie occidentale s’est-elle précipitée en Inde ? Intérêt avant tout ? Pourquoi en dit-on tant de bien ? Parce que c’est un converti modèle au libéralisme anglo-saxon ?…

District 9

J’avais lu ou entendu parler de ce film il y a longtemps. Je m’attendais à quelque chose de malin et d’impertinent, j’ai eu un film malin, déprimant, et excessivement violent.

  • Le concept. Un retraitement fort intelligent de l’extraterrestre, qui ne ressemble à rien de ce que l’on a vu jusque-là. Ce n’est pas vraiment un extraterrestre, mais une espèce qui pourrait vivre sur terre (d’ailleurs, il n’a pas d’appareillage).
  • Techniquement c’est un reportage vidéo mené tambour battant. Ce que le réalisateur (forcément génial puisque) français est incapable de faire.
  • La dépression vient, outre de sa violence, inattendue pour ce qui semblait une fable, de l’image que le film donne du monde, qu’il segmente en 4 :

  1. La partie Sud Africaine de l’élite dirigeante de l’économie mondiale : des capitalistes calculateurs et dénués de tous sentiments.
  2. Une armée de tueurs, mercenaires des précédents.
  3. Une classe d’opprimés tombés dans l’abjection.
  4. Au milieu, quelques idiots qui ne doivent qu’à leur absence de capacités intellectuelles d’avoir gardé un fond d’humanité.

À vouloir nous faire croire que nous sommes des monstres, notre élite intellectuelle va nous jeter à la gorge les uns des autres. Il faudra un jour qu’elle apprenne que, si l’homme commet des erreurs, il n’est pas diabolique.