Fiancée du pirate

La fiancée du pirate, c’était l’esprit 68. La femme s’y libère par la prostitution. Elle exploite la lubricité de l’homme. Et ainsi elle détruit un tissu social pauvre, besogneux, étroit et médiocre. La France d’alors.

Comment expliquer qu’un mouvement qui a eu cette origine reproche maintenant à DSK et à Harvey Weinstein leur lubricité ? A moins que ce ne soit la lutte finale ? L’homme est devenu inutile, on achève bien les chevaux ?

Force tranquille

Interview du ministre de l’éducation. Message que j’entends : on identifie les problèmes à résoudre, on cherche ce qui semble marcher pour le résoudre, et ensuite on met au point. Pas de révolution. On améliore ce qui existe. C’est la définition même du pragmatisme, au sens philosophique du terme. Et c’est totalement opposé aux affrontements idéologiques qui ont cours chez nous d’habitude. C’est une forme de désenchantement du monde politique. Le bulldozer Macron enterre 68.

(Par ailleurs, il semblerait que la côte de popularité de M.Macron s’améliore régulièrement : ce qu’il fait marche.)

Genre

Et quelle imagination fantasmagorique que cette division de l’espèce en genres ! Comment, en présence d’une femme, ne pas être constamment préoccupé par cette différence de formes, presque de natures, entre son corps et le mien ? Comment ne pas être obsédé par cette idée d’espèce dans laquelle elle et moi sommes représentatifs d’un genre différent ? Soit, nous avons reconnu ces genres et le dimorphisme sexuel nous est chose coutumière ; mais le fait, le fait seulement qu’il s’impose à nous et qui, plus nous le constatons, s’amplifie jusque’à nous écraser de sa monstrueuse présence ! (…) Et l’on arrive à étendre la signification de ce terme : « le genre » jusqu’à l’égaler à « l’espèce » ; oui une espèce dans l’espèce ou mieux deux espèces parallèles couplées entre lesquelles de constants échanges se produisent. On se demande même si elles sont solidaires et si, dans l’évolution, après des millénaires… un jour… (Paul Colin, Les jeux sauvages, Gallimard, 1950).

Cette citation est tirée du Goncourt 1950. Prix gagné contre « Le barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras.  Ce qui semble dire que cette opinion était alors largement partagée. Or, elle est diamétralement opposée à ce que l’on entend aujourd’hui. La seule chose de commun est ce curieux mot : « genre ». Alors qu’aujourdhui on nous dit que le genre ne signifie rien, qu’il est une construction sociale, en 1950, beaucoup pensaient que cette construction sociale pourrait amener hommes et femmes à se comporter en espèces différentes. Et ils en étaient heureux.

Fin de l'histoire

La Princesse de Clèves ou les mémoires du Duc de Saint Simon me font croire que le noble vivait au Club Med. Thorstein Veblen parle d’une « leisure class » au sujet des riches de son temps. Mais ce n’était pas n’importe quel loisir. Il était fait de rites compliqués. C’était un loisir d’esthètes à la Boni de Castellane. Un mode de vie qui a fasciné Proust.

Je me demande si le projet des Lumières, et de Marx, n’était pas d’apporter à tous la conception que les nobles avaient de la vie ; et si ce n’est pas ce qui a constitué le projet de la gauche : la culture pour tous. Malheureusement, de l’idée à sa réalisation, il ne restait plus grand chose de la dite culture. Ce qui fait que la gauche nous semble un peu ridicule.

Un tel type de société est-il possible ? C’est difficile à imaginer. Car il faut bien produire ce que consomme l’oisif. Et même si c’est la machine qui le fait, il faudra l’entretenir et savoir la fabriquer. Les sociétés qui semblent s’être le plus approchées de l’idéal du loisir démocratique sont les peuples « primitifs ». Elles sont stables, et communistes. La culture nie le progrès ?

Art moderne

Le livre précédent raconte une curieuse histoire. Celle de l’art moderne. Cet art serait une réaction à Picasso : comment être aussi célèbre que lui, sans talent ? Etrangement, c’est possible. C’est la société qui décide du succès d’une oeuvre. Et son opinion peut être gagnée par d’autres raisons que le talent.

Explication du capitalisme moderne ? La règle du jeu est l’influence. C’est susciter un effet de mode. On a remplacé le talent de création, d’invention, par le talent de communication. On est dans l’économie irréelle.

La mariée des célibataires

Cela démarre bien, et finit platement, en roman ordinaire. Années 60, monde d’Andy Warhol. Art business, argent, défonce, sexe, harcèlement, dépression, mort…

L’intérêt : l’étude anthropologique d’une contre culture qui a submergé le monde. Or, elle n’a rien de « contre ». Non seulement elle est culture de gosses de riches, mais les hommes d’affaires la suivent de près. C’est des marges que sortent les bulles spéculatives.

On y apprend aussi que le père de Warhol et de l’art contemporain, c’est Marcel Duchamp. Il voulait être Picasso. (Il a d’ailleurs eu sa période cubiste.) Mais il n’avait aucun talent. Alors, il a dynamité l’art. C’est pourquoi il plaît autant à la nouvelle génération. L’art contemporain : un cri de révolte contre le talent, de gens qui en manquent ? Mais, le marché n’enrichit pas le talent, mais ceux dans lesquels il se reconnaît ?

(Et, un livre tout en professionnalisme américain. C’est bien écrit, c’est habilement construit, c’est intello – cela reprend la trame de Gatsby le magnifique… Mais ça manque de souffle et de génie.)

Dressed to kill

Dressed to kill, dit l’Anglais. Effectivement, j’ai entendu des jeunes filles expliquer que, les instincts du mâle étant « basic », si l’on voulait en attirer un, il fallait s’habiller en conséquence.

Il suffit de comparer le vêtement masculin avec les effets de toilette féminins, pour comprendre que la femme n’est que séduction. Comme me le disait un chauffeur de taxi, il est facile de se tromper sur les intentions d’un décolleté. Au moins, le tchador est peu ambigu.

Est-ce surprenant que DSK et M.Weinstein soient des soixantenaires de gauche ? 68 fut l’amour et la femme libérés. Mais cela a eu, comme souvent, des conséquences imprévues. Renard libre dans un poulailler libre ?

(Quant aux valeurs de droite, ce sont celles du macho, qui respecte les femmes ? Nul n’est parfait ?)

Argenteuil

Argenteuil est à deux pas de chez moi, et j’y ai vécu mon enfance. J’y suis revenu l’espace d’un examen médical. Et j’ai eu l’impression d’être dans un autre monde. D’un côté désoeuvrement et fast foods, de l’autre ordre et respect pour les femmes âgées.

Le féminisme nous a fait oublier que, dans les sociétés qu’il combat, la mère de famille a une place à part : c’est un surhomme.

Autorité

68 a eu un effet bizarre. Ce fut un rejet total de l’autorité. Et pourtant, il a produit la création de figures d’absolue autorité. Des sortes de saints laïcs. Nelson Mandela en est un exemple. Il ne peut plus avoir aucun défaut. Des défauts, parfois, qu’il aurait peut être considérés comme des qualités. Après tout il était certainement fier des valeurs de sa culture d’origine, qui n’a rien à voir avec la nôtre. Il en est de même de Serge Gainsbourg et de toutes les femmes que l’on peut, de près ou loin, rattacher au combat du féminisme, dont beaucoup sont des reines ou des aristocrates.

68 n’a pas été le rejet de L’autorité, mais d’une autorité, pour en imposer une autre, celle du bon plaisir de tout ou partie de la jeunesse de l’époque.

Changement

On s’approche du cinquantenaire de 68. Il serait intéressant de se demander ce qu’a été 68. Une contre révolution ? La révolution est un changement. 68 a refusé le changement. Il a affirmé que l’homme naissait fini, et que la société le torturait. Par exemple. 
La vie me semble une succession de changements crispants. Parce qu’ils peuvent rater. Exemple : la lecture. Généralement on parvient à lire, mais pas toujours. Surtout, on ne sait pas pourquoi quelqu’un réussit ou non. C’est un miracle. Il devait en être de même pour les chasseurs primitifs : la plupart parvenaient à se tirer d’affaire, mais pas tous. En outre, ces changements nous transforment. Nous ne sommes pas les mêmes avant et après. Surtout, comme me le disent parfois les dirigeants : je ne sais pas ce que je dois faire, mais il faut changer. Et ils sont inquiets. Beaucoup de changements ne ressemblent ni à la lecture, ni à la chasse : ils n’ont pas de nom.