Faquin !

Désaccord entre France Culture, le Robert et le CNRTL. Pour les deux derniers, faquin viendrait du néerlandais fac (espace clos, compartiment) ou fak (poche). Pour le premier, qui interviewait un spécialiste italien, il aurait une origine arabe, « el faquino » (mon orthographe). Il serait passé au vénitien, comme beaucoup d’autres mots arabes. C’était d’ailleurs le sujet de l’émission.

El faquino était un docteur. Tout le monde ayant voulu être docteur, le sens du mot a connu une dérive. Il s’est mis à signifier porte-faix. Le français serait allé encore plus loin.

J’aimerais que l’Italien ait raison ! En effet, on a là un phénomène si fréquent : dès que quoi que ce soit semble avoir du prestige, tout le monde veut en être, si bien qu’il perd toute valeur, et qu’il n’y a plus que des faquins ! Voilà qui devrait être enseigné à l’école.

Le gouffre de la pierre Saint Martin

Livre d’Haroun Tazieff, de 1963, trouvé dans la bibliothèque familiale.

Comme l’a découvert ce blog, l’après guerre a été celle d’aventuriers. Ils se disaient généralement scientifiques, mais, à mon avis, ce n’était qu’une couverture. Haroun Tazieff en fut un des plus fameux. Dans cet épisode, on apprend qu’il fut, même, spéléologue ! Et que peu de temps auparavant, il donnait un coup de main à Cousteau !

Il est, en réalité, peu question d’exploration ici, mais de treuil ! Les Pyrénées sont faits de calcaire d’autant mieux creusé par l’eau que l’on a coupé la forêt qui les protégeait pour donner des mâts à la flotte de Louis XIV. Il en est résulté la perte de la terre que retenait ses racines. D’où un important réseau de grottes. Un puits d’accès à l’une d’entre-elles est repéré dans les années 50, et quelques amateurs décident de l’explorer. On demande à Haroun Tazieff de jouer les caméramen. Une première tentative permet une courte visite. Mais, pour faire mieux, il faut un treuil électrique qui puisse amener et ramener rapidement toute une équipe. Malheureusement, lors de la seconde campagne, les défaillances de ce nouveau treuil vont causer la mort d’un spéléologue et faire qu’Haroun Tazieff se retrouve pendu dans le vide pendant quatre heures et demi, le temps d’un bricolage de fortune.

Ce drame à suspens aura fait le bonheur de la presse, et probablement a donné aux spéléologues la publicité et les moyens financiers de poursuivre leur passion sans risques.

Authenticité

J’entends beaucoup parler « d’authenticité ».

L’authenticité est le travail même de l’existentialisme. Cela consiste à rechercher son identité et à se débarrasser des injonctions sociales.

C’est une réaction contre un phénomène curieux : nous ne pensons plus. Des normes de comportement nous sont imposées par la société. Nous sommes devenus des robots.

Comment en sommes nous arrivés là ? Est-ce un phénomène naturel ? Comme l’apprentissage du piano ? Pour apprendre, on perd ses réflexes naturels, et ce n’est qu’après des décennies que l’on parvient à reprendre son sort en main, mais armé de ce que l’on a appris ?

Maurice Merleau-Ponty

Drôles d’Anglais. Nos philosophes ont plus de succès chez eux que chez nous. Ils parlent encore de Jean-Paul Sartre comme de quelqu’un qui a marqué l’histoire de la pensée, par exemple. Mais aussi de Maurice Merleau-Ponty, dont j’ai découvert l’oeuvre, grâce à In our time de la BBC.

Le peu que j’ai compris me fait penser que son travail mériterait d’être approfondi.

Apparemment, sa grande affaire aurait été la mise en cause du modèle de l’âme et du corps. Le corps emmagasinerait la connaissance et aurait, en quelque sorte, une vie propre. (On conduit tout en pensant à ses vacances.) Ces capacités influencent aussi la représentation que nous nous faisons du monde. Pour quelqu’un qui a un marteau, tout ressemble à un clou ? En tous cas, cette représentation susciterait spontanément notre action. Comme on dit maintenant le monde serait un « call to action » ?

Start up nation

Dans un grand moment de géniale inspiration, notre président nous a qualifiés de « start up nation ».

Mais qui est la start up nation ? Les USA. Et les USA sont en faillite !

Ce modèle est un tel succès que le président Trump accuse le monde entier de l’avoir volé ! Alors que depuis 1989, ce sont les USA, ses oligarques et ses (bien) penseurs qui font la pluie et le beau temps mondiaux !

Une de mes vieilles idées reçues (cf. Le mal américain de Michel Crozier écrit au début des années 80) est que le modèle américain n’est pas durable. Comme l’Anglais, l’Américain ne veut pas du « sale boulot ». Alors il a besoin de masses d’immigrés et d’entreprises étrangères. Ce qui ne peut conduire qu’au déficit.

Il y répond par la « créativité comptable », autrement dit la bulle spéculative, une banque centrale qui imprime des masses d’argent, pour éviter l’éclatement des bulles, et l’emprunt.

Dans la mesure où « penser » peut s’appliquer à M.Trump, on entend qu’il attribuerait le mal des USA au parasitisme de ses alliés, qu’il protège par son armée, et à la qualité de monnaie de réserve du dollar, qui conduit à sa sur valorisation. Mais n’est-ce pas tout le contraire ? Le monde les paie pour assurer son ordre ?

Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?

Turquie

Le président turc ressemble de plus en plus à un dictateur. Dernièrement, il a enfermé celui qui menaçait de prendre sa place lors des prochaines élections. En dehors des élections, la Turquie n’a plus rien de démocratique.

Le monde que nous pensions « aller de soi » n’est plus. Face à la force, la raison est impuissante.

Au fond, il n’y a que lui-même qui puisse renverser le dictateur. Si sa gestion appauvrit le peuple, ses jours sont comptés. Il n’y a que la force pour arrêter la force.

D’ailleurs, la situation d’Erdogan serait plus fragile que celle des dictateurs coréens du nord, vénézuéliens ou russes : la Turquie a peu de richesses naturelles et dépend des échanges internationaux.

(Une leçon pour l’élite intellectuelle qui nous a gouvernés jusque-là ? Ne pas avoir de sympathie pour le peuple amène l’humanité à plonger dans l’irrationalité, qui elle-même ne peut s’achever que par la crise ?)

Qui peut arrêter Trump ?

Depuis le début, je pense que Trump et sa clique de simples d’esprit vont être arrêtés par la complexité du monde.

Déjà, il se rend compte que mettre un terme à une guerre n’est pas aussi facile qu’il le pensait. Maintenant, il semble avoir torpillé la bourse.

Il est possible que ce qui l’arrête soit le mécontentement de son électorat. Celui-ci l’a élu pour améliorer ses conditions de vie. Or, nous dit-on, l’inflation pourrait être violente. Et les retraites sont assurées par des fonds de pension qui investissent en bourse…

J’entendais un interviewé de la BBC parler de Tesla. Il se demandait si l’action d’Elon Musk n’avait pas déjà provoqué des dommages irréparables à la marque. Peut-il en être de même de Trump, pour le monde ? Est-il suffisamment résilient pour absorber un tel choc ?

Chaos

Curieuse situation. Trump, c’est la déraison au pouvoir. Ce n’est même pas un fou. C’est un homme ordinaire, comme on en rencontre dans la rue. Avec tout ce que cela veut dire de pensée navrante. Seulement on lui a donné les clés de la plus grande puissance mondiale.

Personne ne peut prévoir comment cela va se terminer. Une crise mondiale ?

La science est impuissante. Le monde n’est pas conçu pour faire face à l’agression. Peut-être faudrait-il s’intéresser à la question ?

Jules Romains et les hommes de bonne volonté

L’autre jour, Jean-Noël Jeanneney (France Culture) cherchait à réhabiliter Jules Romains. Ce qu’il en a dit m’a amené à me renseigner. (Quoi que tout n’ait pas été glorieux dans sa vie : c’était un « embusqué » en 14…)

J’ai retrouvé dans la bibliothèque familiale le premier tome de ses Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre. Les hommes de bonne volonté ont 27 tomes. Il est donc hasardeux de les juger sur le premier d’entre-eux. Ce que je vais pourtant faire :

Chaque chapitre raconte un moment de la vie d’un personnage, le 6 octobre 1908, à Paris, un jour où pourrait se déclencher une guerre mondiale… Aucune difficulté de lecture, mais pas grand intérêt. Sinon une description du Paris de l’époque et de la vie de ses citoyens.

L’intention était probablement de dépeindre la société de l’époque, peut-être à la façon des impressionnistes. Mais n’est-il pas vain de croire percer l’âme de ses contemporains ?

En fait, Jules Romains ne faisait que suivre une mode. Les Thibault de Roger Martin du Gard, Les Pasquier de Georges Duhamel étaient aussi d’interminables histoires prétendant témoigner avec perspicacité de leur temps, des « fresques historiques ». Comme d’habitude le prix Nobel a suivi la mode, il a récompensé Roger Martin du Gard.

Curieusement, je les ai lus dans ma jeunesse, avec tout ce qui avait été à la mode dans celle de mes parents, Gide et autres. Et déjà, je ne leur trouvais aucun intérêt. Bien que leur lecture ait été à la portée d’un enfant, et que j’en sois parvenu au bout. (Drôle d’éducation, me dis-je maintenant.)

Ce qui survit de Jules Romains, à mon avis, c’est Knock. Je me demande si une des forces de notre culture n’est pas la caricature ironique, qui masque une révolte profonde, une sorte d’humour politesse du désespoir : Voltaire dans ses contes philosophiques, Molière, Anatole France, Rabelais…