Etienne-Jules Marey

Etienne-Jules Marey ? Inconnu ? Pas tout à fait : on a tous vu ces fameux films de chevaux ou de personnes en mouvement.

Une ancienne émission se demandait s’il n’aurait pas été, plus que les Lumière, l’inventeur du cinéma. C’était effectivement un précurseur des Lumière, qu’il connaissait. Mais aucun n’avait la moindre idée de ce qu’allait donner le cinéma. Et le cinéma n’intéressait pas Etienne Marey.

En fait, ce savant fameux, professeur au Collège de France, était un ingénieur frustré que l’on avait contraint à faire des études de médecine. Il a passé sa vie à inventer des instruments de mesure et d’étude de la physiologie humaine, voire animale. Bien plus que l’inventeur du cinéma il est celui de la médecine moderne, assistée, remplacée, par machine ?

Benjamin le mal nommé

Benjamin Constant est fameux pour avoir été une girouette. Ce fut aussi le chantre du libéralisme.

Je n’en pensais pas beaucoup de bien, jusqu’à ce que je découvre que ce qui a fait changer son attitude vis-à-vis de Napoléon était une curieuse lettre de celui-ci. Il disait, revenu pour cent jours, si j’ai bien compris, qu’il avait pris conscience qu’il n’était plus possible de conquérir l’Europe, et qu’il allait désormais diriger la France, en bon père de famille, en lui donnant une constitution libérale, qu’il demandait de rédiger à Benjamin Constant, ce que ce dernier a été trop content d’accepter.

A quoi tient l’histoire ?

Police scientifique

Notre police scientifique a dû rattraper un gros retard. Propre de la France ? J’entendais l’autre jour que l’on ne devait pas tant à Pasteur sa révolution que le fait qu’il a sorti la science française de sa léthargie post napoléonienne et du retard phénoménal qu’elle avait pris sur l’Allemagne. Notre pays aurait-il tendance à se replier, stupidement, sur lui-même ?

L’émission présentait aussi l’intérêt de rappeler qu’il est commun de découper sa femme en morceaux, et de les disperser, et de trouver des suicidés sans arme du crime.

Knock

Que dire de Knock ? Que c’est élégant, que l’humour est fin, et pas trop insistant. Et que je l’ai lu sans m’en rendre compte ? (Alors que je l’avais déjà lu !) Mais est-ce profond ? Y a-t-il là une leçon pour l’humanité ou est-ce à qualifier d’humour potache ? Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’être profond pour être durable ?

Curieusement, alors que je n’ai jamais vu jouer la pièce par Louis Jouvet, je n’ai pas pu m’empêcher de le voir et de l’entendre.

Banlieue

La banlieue ne fut pas toujours ce qu’elle est devenue. Il y eut la banlieue des impressionnistes. C’était un lieu de liberté, mais aussi la résidence des « classes dangereuses ». Car, il s’y trouvait l’industrie.

On se demande aujourd’hui pourquoi notre industrie a disparu. Mais, elle était maudite. Au temps de la métropolisation, on a voulu l’éradiquer parce qu’elle nuisait au paysage qu’aimaient les démiurges que l’on voulait attirer. Mais, déjà, donc, au siècle dernier, on la jugeait dangereuse. En outre, on lit que les hauts fonctionnaires, qui en ont pris la tête après guerre, l’ont trouvée d’une complexité qui dépassait leurs capacités. (Contrairement à leurs équivalents allemands qui avaient été formés à l’intérieur des entreprises.) « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage » ?

On oublie aussi que les fameuses barres de béton que l’on trouve si laides furent vues comme un immense progrès, pour une population qui vivait dans des conditions précaires, sans chauffage, sans salle de bain, sans toilettes… C’est ce que rappelait Sandrine Bonnaire, qui n’est pourtant pas bien vieille.

De Goupil à Margot

Un recueil de courtes nouvelles. La vie de quelques animaux. Etrange réussite. Véritable empathie ? On est à la place de l’animal, on voit ce qu’il voit, on sent ce qu’il sent, sans qu’il soit humain. Et cette existence est à la fois faite de bonheur fou et de violence et de cruauté atroces. D’ailleurs l’homme est un facteur de violence, lui aussi. Voilà qui remet Rousseau à sa place.

Le style de l’oeuvre est remarquable. Il se trouve qu’en même temps que ce livre, j’avais exhumé La dentelière de la bibliothèque familière. Quel contraste ! La dentelière est écrite dans un style familier, qui laisse entendre qu’il est la politesse du désespoir ; ici le style est extraordinairement sobre, mais l’effet est d’une puissance extraordinaire. J’ai eu l’impression que c’était un style d’instituteur, la profession de l’auteur. Et j’ai pensé que moins il y a d’habits pour le masquer, plus le corps doit être beau…

Roger Leenhardt

Roger Leenhardt est l’homme qui a inspiré la « nouvelle vague ». Voici qui est intéressant ! Mais, j’en fus pour mes frais : l’émission parle de tout sauf de cet épisode de sa vie.

Roger Leenhardt fut un touche à tout. Je retire de son histoire, une fois de plus, que, après guerre, lorsque l’on avait le bac, tout était possible. Et, l’enseignement supérieur n’apportait aucun prestige supplémentaire. Il bridait plutôt le talent.

Quant au cinéma, ses goûts ne paraissent pas révolutionnaires. Il appréciait Renoir. Il pensait que le cinéma avait mal tourné. Il doit réunir l’esthète et le grand public, alors que, aujourd’hui, il s’est séparé entre eux. Une exception qui confirme la règle ? Eric Romer.

Maria de Curaçao

L’avantage de ne pas avoir de mémoire est que l’on peut lire plusieurs fois un même livre.

Celui-ci est une vague enquête policière écrite par un Hollandais en anglais, et traduite en français. L’énigme n’a rien de passionnant. Il est possible que la stratégie de l’auteur soit de rendre amusants, voire humains, ses policiers. On y voit, encore, une Hollande et ses colonies, civilisées et confortables. Je découvre que les Hollandais ont construit des villes hollandaises aux Antilles, contrairement aux Français et Anglais, qui y ont laissé des bidons-villes.

Le livre est très bien pensant. Ce qui semble une tendance dominante du roman policier occidental, depuis, peut-être, les années 70. Après le roman noir des années 50, le roman rose ?

Michel Winock

Chose curieuse, à chaque fois que je me pose une question, Michel Winock a écrit un livre à son sujet. Qui est-il ? Une émission lui fut consacrée.

Il serait un pionnier de l’histoire politique. Mais, surtout, il me semble illustrer une de mes théories : nos grands hommes n’inventent rien, ils sont portés par les événements. Lui paraît être le fruit de la prospérité d’après guerre. Elle lui a permis de faire des études, alors qu’il était pauvre, d’entrer dans les milieux de l’édition, d’être professeur d’université sans avoir suivi le parcours ordinaire…

Au fond, tous les génies furent des autodidactes. Il est possible qu’ils aient besoin, pour s’épanouir, de la liberté qu’apporte le chaos d’une société en transformation. Dès qu’elle se fige dans la règle et le diplôme, elle devient une usine de fabrication de produits ?

La beauté des oiseaux

Darwin aurait distingué la sélection naturelle de la sélection sexuelle.

La sélection sexuelle porterait sur des caractéristiques sans lien avec la survie de l’espèce, en particulier sur des critères « esthétiques ».

Pour ma part, je me demande si la sélection naturelle se fait selon des critères que nous pouvons comprendre. Plus exactement, ce qui fait le succès de quoi que ce soit semble avoir un caractère aléatoire. Notre esprit trouve a posteriori une explication au succès. L’esthétique est peut-être l’expression de cet aléatoire vital.