Ciel

Dimanche matin, un hasard me fait écouter une émission religieuse de la BBC. Elle se demande qui sera le prochain pape. Elle conclut, avec d’autres, que les voix du conclave sont impénétrables. Il faut une très forte majorité pour être élu, ce qui favorise les inconnus.

Quant au précédent pape, on entendait dire qu’il s’était peut-être égaré. Il avait prêté un peu trop d’attention aux sujets de société et pas assez à la mission de l’église : le salut de nos âmes.

Exit Margaret

Comment traduit-on « free market economy » ? me suis-je demandé. Simplement par « économie de marché  » ? Seulement, « free market » avait quelque-chose d’anarchiste, ce que n’est pas nécessairement l’économie de marché.

Free-market economy fut le rêve de Thatcher, Trump l’a enterré. Que s’est-il passé ? Thatcher rêvait d’un capitalisme populaire. Seulement, le peuple a vendu ses actions et les financiers internationaux les ont acquises. Et ils ont vidé les entreprises nationales de leur substance. Si bien que, pour avoir de nouveau de l’eau potable, l’Etat anglais est contraint de nationaliser les dénationalisées.

Mais, ce n’est pas la fin de l’histoire. Le « free market » ne veut pas mourir. Et il fait comprendre à Trump qui est le maître.

Qu’est-ce que cela va donner ? La « free market economy » est le résultat de plusieurs décennies d’un travail de sape. Quelque-chose d’équivalent est-il en marche et va-t-il imposer un nouvel ordre mondial ?

Voici ce que disait, en substance, une émission de la BBC que je citais précédemment. (Invisible Hands.)

La science de Trump

Au fond, Trump, c’est l’Attila de la science, son fléau.

Il en montre les limites. Les économistes n’ont pas suffisamment confiance en eux pour « prédire l’avenir ». Certes, tout cela devrait mal tourner, disent-ils faiblement. Mais, au fond, ils attendent de voir. Les seules bonnes prévisions sont faites après coup. C’est bien connu.

Un « effet Sarkozy » est toujours possible. Trump ne paraît pas aussi imprévisible qu’on le dit, ou qu’il a peut-être intérêt qu’on le pense. Il a besoin de montrer des résultats à ses électeurs. Le temps ne joue pas pour lui. C’est un enseignement que l’on pourrait tirer de ses négociation ukrainiennes, qui ne semblent pas finir comme elles ont commencé.

La science et nos théoriciens de tout poil devraient-ils en tirer une leçon ?

Cracher en l’air

Elon Musk, ennemi public numéro 1 ?

Thousands of satellites being sent into orbit by SpaceX and rivals like Amazon eventually have to come down. Incinerating them in the atmosphere releases damaging pollutants that pose new threats to the planet’s protective shield.

https://www.bloomberg.com/graphics/2025-space-orbit-satellites-pollution/

Voilà qui rappelle les « limites à la croissance ». Y aurait-il quelque-chose de pourri dans notre mode de fonctionnement ? On commence par envoyer un satellite, ce qui est inoffensif, puis on en sature le ciel, ce qui nous asphyxie ? Un aventurier part dans quelque territoire inconnu, puis survient des hordes de touristes ?…

Est-ce la croissance qui est un mal, ou l’individualisme débridé ? L’homme laissé à lui-même est un danger public ?

Extrêmes

Reform UK, le parti du Brexit, a le vent en poupe en Angleterre.

L’incompétence d’un Trump ne ferait-elle pas peur à l’électeur ? Ou la surdité des traditionnels partis de gouvernement leur a-t-elle aliéné durablement l’opinion ?

Quid de la France ? Choix entre l’apprenti sorcier et la paralysie ?

Réseau pour adulte

L’Angleterre parle de protéger l’enfant des effets néfastes du réseau social. (Online Safety Act.)

Le réseau social ou la tentation du capitalisme ? Faire des affaires en exploitant les faiblesses de l’homme ?

Les travaux portant sur l’escroquerie montrent que l’escroc (avec une forme d’honnêteté) tire parti de nos failles inconscientes. Il semble en effet que notre action soit influencée par ce que Descartes, peut-être, appelait des « passions », ou ce que la science moderne nomme des « biais ». Dans mon cas, il s’agit notamment d’une forme de paresse intellectuelle, qui m’empêche de critiquer une démonstration bien construite ou un désir pathologique de ne pas contredire mon interlocuteur.

Il est possible de prendre conscience de ses défauts, peut-être de les corriger. Peut-on aller jusqu’à ne plus être manipulable ? En tous cas ce travail paraît douloureux à certaines personnes. Fameuse dissonance cognitive : plutôt que de reconnaître ce qu’ils croient faussement un tort, ils persévèrent dans l’erreur et, paradoxalement, cherchent à se venger sur quelque innocente victime.

Une observation personnelle. Loi de la nature ?

Cyber

L’affaire du moment en Angleterre, c’est Marks and Spencer. Il a été victime de cybercriminels. Nous sommes bien peu de choses dit la BBC.

Le problème n’est pas nouveau. Il y a eu des bandits de grands chemins, des pirates, des virus, etc. L’Etat a réuni ses forces et les a exterminés. Serait-il temps de mettre un terme à l’illusion du libertarisme numérique ?

Résistance

Qui furent nos premiers résistants ?

Des individus hétéroclites. Ils ne croyaient pas à la victoire. Ils trouvaient, simplement, la situation inacceptable. Quant à de Gaulle, qu’on ait entendu son discours ou non, il ne représentait rien. Jeune et peu élevé dans la hiérarchie militaire, il prêchait, au mieux, dans le désert. En outre, il avait fait partie du gouvernement de la défaite.

Ils évoquaient aussi les causes de cette défaite, un sujet qui semble depuis avoir été totalement censuré.

Apparemment Pétain accusait le Front populaire. Mais certains de ces résistants soupçonnaient, j’ai fini par penser, surtout l’armée d’avoir collaboré avec l’ennemi bien avant la guerre. Ne se serait-elle pas pas préparée pour punir ceux qu’elle considérait comme ses ennemis ? Est-ce aussi pour cela que Pétain a accepté précipitamment une reddition honteuse, alors que l’empire français aurait pu continuer la lutte, comme le fit l’Angleterre, et peut-être avec des moyens qu’elle n’avait pas ?

Cette histoire fait penser à Trump. Il semble avant tout vouloir se venger d’une partie de son peuple. Y a-t-il des moments où une société se dérègle dans un affrontement entre « élite » intellectuelle d’un côté et forces réactionnaires de l’autre ? (Le fils contre le père ?) Une sorte de réflexe suicidaire ?

(France Culture : La résistance par ceux qui l’ont faite.)

Dialectique de Trump

La BBC consacre une série d’émissions aux forces qui ont fait Trump. (Invisible Hands.)

Un aviateur de la seconde guerre, qui élève des poulets, est rendu fou par la réglementation de l’époque. Il rencontre Hayek, qui lui conseille de créer un Think tank. Il fait un converti. Un homme politique conservateur à haut potentiel. Mais sa croisade échoue. Mme Thatcher, sa fille spirituelle, s’empare de sa cause et est élue. Elle aurait dû disparaître sans laisser de trace, la guerre des Malouines la sauve. Un fanatique lui propose de vendre les entreprises publiques. Mais où trouver l’argent nécessaire ? Appel au peuple. Coup de génie.

Fin 90, alors que le succès est complet (les travaillistes de Tony Blair sont devenus des militants enthousiastes), se produit un coup de théâtre. James Goldsmith, milliardaire du libéralisme, comprend que ce dernier détruit le pays et son modèle de société. Il vend la corde pour être pendu. L’hémorragie doit cesser. Il faut fermer les frontières. Il fait campagne. Le mouvement qui va aboutir au Brexit a commencé. Trump va suivre.

Cela répond à une question que je me posais : mais pourquoi donc les partis nationalistes, comme le FN, prônent-ils un repli sur le territoire national, alors que leurs ancêtres croyaient au rayonnement de leur culture ? Eh bien, il semblerait que, dans la logique de la dialectique hégélienne, le libéralisme économique ait produit son opposé : l’autarcie.

Notre société est dénuée de raison ?

(On notera aussi que la France est un élève docile des idées de l’étranger. Eternelle question : comment peut-on s’appeler « élite », lorsque l’on est incapable de penser ? Le ridicule ne tue pas ?)

(Curieusement, l’émission est produite par un journaliste de 86 ans, qui parle de ce qu’il a vu, et qui semble aussi alerte intellectuellement qu’à vingt ans. Voilà qui promet à Trump des lendemains qui chantent ?)