Inquiétante Angleterre ?

Le premier ministre anglais veut à tout prix de la croissance. Il négocie dur avec Trump. Il vient de signer un accord de libre échange avec l’Inde, qu’il dit miraculeux. Enfin, un bénéfice du Brexit ! Les ventes de whisky vont augmenter. Mais quelles concessions a-t-il consenties, me demandé-je. Et l’Inde ne pourrait-elle pas être la Chine de demain ? Et n’est-elle pas sur le point d’entrer en conflit avec le Pakistan ? Et l’Europe ne doit-elle pas craindre une manoeuvre hasardeuse de la perfide Albion ?

Vu de loin, le gouvernement anglais semble dans une situation désespérée. Aux dernières élections partielles, Reform UK, une sorte d’équivalent du FN, a balayé conservateurs et travaillistes. Le peuple anglais semble mécontent. Le ministère des finances s’est engagé dans un programme d’austérité qui semble affecter sévèrement les pauvres. Est-ce prudent ?

Ici comme ailleurs, la « cancel culture » n’est pas un vain mot : difficile de savoir l’état d’esprit des britanniques et leur situation. Une leçon ?

(Depuis que cet article a été écrit, les Britanniques ont signé un accord avec Trump. On entendait leur premier ministre s’en féliciter et combler le président Trump de compliments. Pitoyable.)

Au secours, l’Allemagne ?

L’Allemagne va-t-elle nous sauver en renonçant à ses dogmes ? Déficit et armée communs ?

Question que posait l’émission de Christine Ockrent, samedi dernier. Je retiens que nous, Français, aurions tort de nous faire des illusions. Une éventuelle collaboration commencera par l’industrie de l’armement. Il faudra gagner la confiance de l’Allemagne, avant éventuellement d’envisager d’aller plus loin.

N’est-ce pas trop en demander ?

Call to action

Il y a quelques années, j’ai découvert l’expression « call to action ». Elle serait liée à l’univers des réseaux sociaux.

Un message doit donner envie à celui qui le lit de prouver son approbation par un « acte », qui consiste généralement à « cliquer sur un lien ».

Cette expression semble signifier tout le contraire de ce qu’est le réseau social. Il encourage à la passivité : à confondre parole et action, pensée et suivisme.

Comme souvent, l’expression est juste, mais l’interprétation est fausse ? L’homme digne de ce nom est celui qui fait changer la société, il agit, mais il agit sur le véritable réseau social, celui qui est fait de chair et de sang, pas de silicone ?

(« Je pense donc nous sommes » de Camus, le véritable existentialisme ?)

Métaphysique d’Aristote

Platon et Aristote et peut être d’autres philosophes auraient cru à un Dieu unique. L’Olympe, c’était pour le vulgaire ?

Mais leur Dieu ne semble pas avoir été ce qu’il est devenu par la suite.

Les Grecs seraient-ils les ancêtres de nos scientifiques ? Pour eux, les phénomènes physiques, en particulier le parcours des astres, étaient régis par les mathématiques.

Dans ces conditions, Dieu était une sorte de principe, pas un être. Le « moteur » du monde. Mais aussi le modèle parfait de toute qualité désirable, qui finit toujours par mal tourner lorsqu’elle est la propriété d’un homme.

Politique et compétence

L’autre jour j’entendais conter un roman de John Le Carré par la BBC (Call for the dead, très ancienne émission).

Un traitre s’est-il introduit dans les services secrets britanniques ? L’agent Smiley enquête. C’est un médiocre, qui ne paie pas de mine, est éternellement trompé par sa femme, est le fusible idéal, mais est redoutablement compétent et totalement incorruptible. Quant à son chef, le patron des services secrets, c’est un « politique ». « De la merde dans un bas de soie », mais sans le génie de Talleyrand.

Voilà qui semble une loi de la nature : le politique et le compétent. Explication ? Il est possible que « politique » soit le nom de la qualité nécessaire pour naviguer dans une société, ou dans notre société. Peut-être aussi, selon le modèle de la « dialectique du maître et de l’esclave », le politique est le handicap dont a besoin le compétent pour devenir ce qu’il est ?

Aveux

Emission de 1945. On est au 36 quai des orfèvres. Un meurtrier passe aux aveux. (Une rediffusion de France culture.)

Il faut dire qu’il avait laissé des indices un peu partout.

Ce n’était pas le plus surprenant. Un témoin capital meurt de la tuberculose trois jours après avoir rencontré le criminel, et celui-ci décède, toujours de la tuberculose, peu après avoir été condamné. Et cela semblait très naturel aux policiers et aux producteurs de l’émission.

La médecine a fait des progrès depuis. Les criminels aussi, probablement.

Effet Trump

Canada, Australie, Singapour : les électeurs portent au pouvoir des personnes sûres. L’ère Trump est celle du chaos : il faut un timonier d’expérience à la barre, lit-on.

Mauvaise nouvelle ? On découvre aussi que, plus ou moins, partout la situation de la population s’est dégradée. Or, l’effet Trump encourage les partis traditionnels, responsables de la situation actuelle, à l’immobilisme. Ce qui pourrait mal se terminer.

Seul espoir : génération spontanée d’une « troisième voie », entre la tradition et le chaos ?

Yalta

Les dessous de l’histoire sont effrayants, quand on les découvre. A Yalta, le sort du monde est entre les mains de trois personnalités affligeantes.

Roosevelt est au bout du rouleau. C’est un dangereux innocent, qui veut balayer une culture européenne obsolète et installer un ordre mondial américain d’un simplisme consternant. Il croît que Staline, contre quelques concessions, va marcher dans sa combine. Mais Staline est une sorte de paysan madré, un genre de Trump qui fonctionne à l’instinct (et recule devant la force). Il le roule dans la farine. Quant à Churchill, il est vieux, et, contrairement à de Gaulle, il ne croit pas en son peuple. Celui-ci, au mieux, ne peut que résister héroïquement face aux Huns, en attendant les Américains. Il est entre les mains de Roosevelt. Et il se désole de son aveuglement.

(Réflexions venues de La conférence de Yalta racontée par les Dossiers de l’histoire. France Culture.)

Panne

La semaine dernière fut celle de la panne électrique ibérique.

Heureusement, les hôpitaux ont été sauvés par leurs groupes électrogènes, entend-on dire. Mais il y aurait eu quelques morts.

Victimes de l’énergie solaire ? Car il semble que nos réseaux électriques n’aient pas été prévus pour les sautes d’humeur des énergies dites renouvelables.

Europe’s first grid crisis may not be its last
Spain’s blackout serves as a reminder of the fragility of power systems in the age of green energy

Financial Times, 2 mai

Eternelle observation et question. Nous sommes entrés dans l’ère de l’idéologie et des apprentis sorciers. Comment s’en sortir ?

Ciel

Dimanche matin, un hasard me fait écouter une émission religieuse de la BBC. Elle se demande qui sera le prochain pape. Elle conclut, avec d’autres, que les voix du conclave sont impénétrables. Il faut une très forte majorité pour être élu, ce qui favorise les inconnus.

Quant au précédent pape, on entendait dire qu’il s’était peut-être égaré. Il avait prêté un peu trop d’attention aux sujets de société et pas assez à la mission de l’église : le salut de nos âmes.