Ce qui est bon pour les affaires

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Attorneys for families of victims of two fatal crashes express outrage over potential DoJ deal with the plane maker

Financial Times, 15 mai

Apparemment, Donald Trump pense que ce qui est bon pour les affaires est bon pour l’Amérique. Et que, probablement, ce qui est bon pour les affaires de sa famille est bon pour les affaires en général.

En cela, il est certainement humain. Il faut peut-être toute une éducation pour penser autrement.

(Il paraît tellement convaincu du bienfait des affaires que je l’entendais l’autre jour prononcer un discours pacifiste au moment où il signait un colossal contrat d’armement avec l’Arabie saoudite.)

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?

Intelligent pape ?

Lorsque le pape a été élu, j’ai entendu dire qu’il avait choisi son nom en hommage à Léon XIII. Il était aussi question d’intelligence artificielle… Voici qui ne pouvait que m’intéresser. Et voici ce que dit wikipedia :

His papal name was inspired by Pope Leo XIII, who developed modern Catholic social teaching amid the Second Industrial Revolution. Leo XIV believes the ongoing Fourth Industrial Revolution, particularly advances in artificial intelligence and robotics, poses « new challenges for the defense of human dignity, justice, and labor ».

J’entendais aussi des interviews de pèlerins, qui parlaient de « perte de sens » (génération Z ?) et de l’importance des « traditions ». Et j’ai appris que l’église était particulièrement forte en Afrique.

Hyper matérialisme, hyper individualisme égale perte du nord ? L’homme a besoin de retrouver ses repères existentiels ? La mission éternelle de l’Eglise ? Mais comment le pape se tirera-t-il du lavage de cerveau collectif ? Le « simple d’esprit », degré ultime de l’intelligence ? On ne voit bien qu’avec le coeur ?…

Sucre suédois

Dans les années 40, les Suédois soupçonnent que le sucre pourrait être mauvais pour les dents. Alors, ils font une expérience. Ils gavent de sucre des retardés mentaux. L’expérience est concluante. Les cobayes sont en ruine. (Witness history de la BBC.)

Comme quoi, ce que l’on attribue aux Nazis ne leur était pas propre ? L’idée était dans l’air ? Pour un peu plus de complexité dans l’explication de l’histoire des nations ?

Connerie artificielle

Je n’en reviens toujours pas de la bêtise de l’intelligence artificielle, et du culte que, de toutes parts, on lui rend. Surtout lorsqu’il s’agit des institutions de recherche dites « d’élite ». Mais arriver à ce niveau de connerie, c’est vraiment inconcevable !

J’ai l’habitude, lorsque je donne un conseil, de citer un ouvrage de référence.

Mes interlocuteurs utilisent chatGPT pour savoir ce qu’il dit, sans le lire. Résultat : un contre-sens total. Il en sort une sorte de texte mielleux, qui passe complètement à côté de l’enseignement fondamental de l’ouvrage. Celui qui est utile à la vie.

Pourquoi ? Me demandé-je ? Parce que chatGPT n’est pas plus intelligent que les textes qu’il lit et que ceux-ci sont écrits par des beaux esprits pour réseaux sociaux ?

Kierkegaard

Difficile de comprendre une oeuvre en une émission. Jadis France culture en a consacré une à Kierkegaard.

Qu’en penser ? Cela commence comme un existentialisme, nous sommes des marionnettes sociales, nous devons retrouver notre unicité, mais ça se termine par une sorte de pari de Pascal. Notre seul espoir est Dieu, mais il est inaccessible.

Ce qui est surprenant est que Kierkegaard s’exprime comme moi. Il me semble que contrairement à ce que je pensais l’angoisse existentielle ne soit pas un instant particulier de l’existence où l’on prend conscience de son absurdité. Elle en serait un trait permanent. Cela ressemble à mon « in quiétude », condition de succès du changement.

Plus surprenant, lui aussi aurait dit « j’ai toujours tort ». Ce qui serait une bonne chose. L’homme se dirigerait vers Dieu, par des successions de remises en causes radicales, sans fin. Serait-ce ce que j’appelle « l’erreur est humaine » ? L’histoire de l’humanité serait faite, selon moi, d’erreurs utiles. C’est parce que nous avons été convaincus de leur véracité que nous avons trouvé la force de progresser.

Ai-je compris ou biais de confirmation ?

(Ce que j’ai écrit sur ce sujet, il y a longtemps.)

Retour aux fondamentaux

Débat du club industrie de l’association des interpreneurs. Quelle ligne allons-nous suivre ?

« Retour au fondamentaux ». En cela, il faut entendre que l’on a oublié les techniques conçues par nos pères.

Le raisonnement qui justifie cette idée est intéressant : nous passons de la délocalisation globale, qui demande des procédures simples pour personnels non qualifiés étrangers, autrement dit des prolétaires, à la réindustrialisation locale dont la cheville ouvrière est un égal, autrement dit un être humain. Et cela exige ce que l’intelligence a de mieux à proposer.

Politique agricole

Qu’est-il arrivé aux agriculteurs anglais après le Brexit ? (The landscape revolution.)

Si je comprends bien, la Politique Agricole Commune fournirait 50% de leurs revenus aux agriculteurs. Après le Brexit, il était attendu que l’agriculteur anglais soit rémunéré par le marché, mais reçoive aussi des subventions pour son action écologique. Apparemment, la pratique n’a pas été à la hauteur de la théorie, et il est en difficulté.

Deux réflexions : 1) mais quand parviendrons-nous à ne plus être victime des idéologies simplistes ? 2) Faillite de l’Union Européenne, qui a imposé la PAC, sans débat. Mais quand, donc, aurons-nous des gouvernements réellement démocratiques ?

Changement paradoxal

Après guerre, la systémique disait que le changement est « paradoxal » : faites le contraire de ce que vous faites ! (Cela tient probablement à ce que que nous sommes pris dans un système, et que ce système est devenu un cercle vicieux.)

Trump est-il paradoxal ? Il avait un « ennemi de classe », le Bobo. Et il procède à un « nettoyage ethnique » : il élimine tout ce à quoi il était attaché : ses valeurs, ses combats, la transition climatique, mais aussi ce sur quoi il appuyait sa domination : la science, la justice, etc.

Seulement, faire le contraire n’est pas paradoxal. C’est appartenir au même système. Le paradoxe serait de sortir de l’idéologie pour en revenir à la raison, et à la véritable définition de la science, de la justice, des droits de l’homme et de bien d’autres sujets que nous avons oubliés.