Course artificielle

Je lisais l’autre jour que l’intelligence artificielle coûtait peu, car les entreprises qui la produisent sont financées par leurs investisseurs. Mais cela ne pourrait pas durer. Attendons-nous à des hausses de prix.

Ce raisonnement me semble erroné. L’exemple d’Openai : on ne voit pas comment il pourra financer les investissements prévus, et il n’arrive plus à trouver les capacités de calcul dont il a besoin. Microsoft, parce qu’il a obtenu ce qu’il cherchait ? s’en désengage. D’une manière plus générale : « absolutely nobody other than NVIDIA is making any money from generative AI ».

Or, Openai vaut 500md$. En 2024, il en a gagné un peu moins de 4 et perdu 5 ! Il ne prévoit d’être rentable que le jour où son chiffre d’affaires dépassera 125md$.

Depuis la bulle internet et l’innovation de Goldman Sachs, on donne à une entreprise la valeur que promet son business plan. L’investisseur achète un résultat futur. Mais raisonné-je à l’époque de la bulle, si toutes ces prévisions sont justes, alors l’économie mondiale devrait être multipliée par 100 ou plus.

Ce qui pourrait arriver cette fois (voir l’article cité plus haut) est que les investisseurs ne puissent plus financer les pertes de leur champion. Une hausse des prix ne pourra les remplacer.

Serait-il prudent de ne pas devenir trop dépendant de l’IA ?

Style Roosevelt

J’évoquais Roosevelt, il a quelque temps. Il avait une façon particulière de prendre des décisions.

Il s’entourait de gens d’opinions très diverses, peut-être les plus diverses possibles. A chacun, il disait que ses idées étaient fantastiques. Puis il décidait. Et, ensuite, il expliquait au peuple, toutes les deux semaines, comment il voyait la situation.

Je n’en sais pas plus sur le sujet. En particulier sur ce qu’il disait au peuple. Mais cela ressemble à ce que les professeurs Kim et Mauborgne ont appelé « fair process ». Ecouter ses conseillers, puis décider, en expliquant sa décision.

Cela me semble la bonne façon de procéder.

Inconstant

Je découvre des lettres de Benjamin Constant.

Il écrivait mieux à 12 ans que plus tard. Phénomène My fair lady ? C’est lorsque l’on aborde une langue, que l’on soit enfant ou étranger, qu’on en tire le meilleur ?

On le présente comme le chantre du libéralisme. Ce dont je ne peux juger. Il me semble surtout avoir été une girouette. Il était le jouet de Mme de Staël, entre autres, et, selon ses lettres, fut, tour à tour, voire au cours de la même journée ? d’un côté et de l’autre, de la révolution, de Napoléon, de la monarchie… Serait-ce cela le libéralisme ?

(Trop intelligent ? Un neurobiologiste m’a dit qu’un être d’intellect pur serait incapable de décider…)

Logique de blocs

La bombe atomique et la série d’émissions qui lui était consacrée (un billet précédent) évoquaient la dissolution de l’URSS. Se posait alors un grave problème : l’arme nucléaire se retrouvait maintenant entre de multitudes de mains peu recommandables.

Comme il était dit, la guerre froide et ses bombes ont assuré une exceptionnelle période de paix pour l’Occident. Les conflits ont ravagé ceux qui n’avaient pas de protection nucléaire. (On parlait, me semble-t-il, de trente millions de morts conventionnelles.)

De l’utilité de la reconstitution de blocs culturels nucléarisés ?

(Explication de la politique de Poutine, qui veut un bloc slave. Et du « golden dome » de Trump, qui ne veut pas dépendre de l’Europe ?)

Jean-Jacques Pauvert

Un autre inconnu. Jean-Jacques Pauvert. Un éditeur rendu célèbre par la publication de Sade, en un temps où cela ne se faisait pas.

Jusque-là, je trouvais que France Culture accordait trop d’importance aux éditeurs. Encore des pistonnés ? En écoutant celui-ci, j’ai pensé que je me trompais. Les éditeurs d’antan n’avaient rien à voir avec leurs avatars modernes. C’était des passionnés et des esthètes. Ils faisaient oeuvre de missionnaire.

Jean-Jacques Pauvert, un éditeur en liberté.

Aimer la bombe

La bombe atomique, une rétrospective de France culture (une émission de la série).

Que nous ayons une force de « dissuasion nucléaire » résulte d’une sorte de putsch. J’ai découvert, en effet, que, au moment où elle a été décidée, tous les partis politiques, et probablement aussi l’opinion, étaient opposés à cette idée.

Leurs arguments étaient fort rationnels : coût de l’opération, amitié indéfectible des Américains, refus de la prolifération nucléaire, etc.

Je pense aussi que l’atome est extrêmement dangereux, et peut-être bien plus qu’on ne le dit. Mais, il y a des moments où le militantisme n’est plus de mise. La société a changé, il n’est plus possible de s’opposer au mouvement. Il faut faire avec. « Nous devons prendre le changement par la main, ou soyez sûrs qu’il nous prendra par la gorge » disait Churchill.

(Pour autant, en démocratie, il est extrêmement dangereux de créer des précédents non démocratiques. Avoir raison n’est pas une bonne raison. Ce qui est vrai pour de Gaulle comme pour Roosevelt, d’ailleurs.)

Paul Bénichou

Découverte de Paul Bénichou. Ce Juif algérien est le produit classique de l’ascenseur scolaire français du début du siècle. Repéré pour ses talents, il est propulsé à Normale sup. Il y devient surréaliste (une aristocratie, qui considérait la société avec condescendance).

Spécialiste de littérature française et ibérique. Il semble avoir étudié Baudelaire pour une raison qui m’intéresse : qu’est-ce qui peu expliquer la naissance de l’intellectuel déprimé ? (Autrement dit le Bobo, invention qui nous est due.)

Son idée serait que la religion a perdu toute crédibilité au temps des Lumières. Une élite intellectuelle a surgi, à sa place. Mais les illusions se sont dissipées. Le romantisme est apparu, en réaction. L’intellectuel a conservé ses prétentions à l’autorité morale, mais il a perdu son optimisme triomphant. Le philosophe des Lumières a cédé la place au poète, qui se complaît dans les ténèbres ?

Le bon plaisir, de France culture.

(Paradoxalement, la fiche wikipedia anglaise de Paul Bénichou est infiniment plus sérieuse que son équivalent français.)

Prestige

Une des découvertes de ce blog aura été le président Giscard d’Estaing et son influence.

A son arrivée, il avait suscité l’espoir, semble-t-il me souvenir. Il était jeune et polytechnicien, ce que l’ascenseur social républicain avait fait de mieux. Puis l’espoir est devenu haine hystérique. On disait, et cela semble confirmé, qu’il se croyait la réincarnation de Louis XV. L’homme était devenu ridicule.

En fait, il semblerait qu’il nous ait beaucoup plus transformés que nous le pensions. Il se serait cru, aussi, l’incarnation du cool John Kennedy. Ce fut un « choc systémique ». Il a mis au placard le modèle gaulliste, pour faire entrer la France dans l’ère américaine, dont elle n’est pas sortie depuis.

En particulier, disait un précédent billet, il semble avoir enterré le projet « de prestige ». A-t-il eu raison ?

Il devait le trouver coûteux. Mais, dans certains cas, ne peut-il se révéler utile ? Que la France ait une bombe atomique paraît actuellement plutôt une bonne idée à beaucoup. Il en est probablement de même d’Airbus.

Mais l’intérêt du projet de prestige est peut-être ailleurs ? Mieux qu’une équipe sportive, il soude la nation ? Sans point de repère, il est possible que l’on en soit réduit à se replier sur sa communauté, pour peu que l’on en ait une ? Forces centrifuges ?

Yves Rocard

Les hasards de wikipedia m’amènent à la fiche d’Yves Rocard, le père du premier-ministre. Je savais qu’il avait été, aussi, le père de notre bombe atomique, mais pas qu’il s’était intéressé aux extra-terrestres, et aux baguettes de coudrier.

J’ai appris, qu’après guerre, il avait fait son marché parmi les savants nazis. Il est passé après les Américains, mais il a fait quelques prises. Le savant nazi était alors une denrée recherchée. J’ai lu, ainsi, que l’Allemagne hitlérienne possédait une « pile atomique ».

Si l’on ajoute à la manne nazie l’apport des expatriés juifs qui possédaient probablement l’essentiel de la culture et de la science allemande, on ne peut dire que : ce que l’Allemagne a pu apporter au monde est étonnant. Elle a été un extraordinaire creuset d’inventions.

Mais cela fut une malédiction ? A moins qu’elle n’ait été condamnée dès le départ : le stimulant de sa créativité ayant été sa volonté de puissance ?

Mystère Trump

Je retrouve un ancien billet. Il date du premier Trump. On apprend, qu’à cette époque, il arrose le citoyen et le chômeur de subventions !

Après cela, on comprend que l’électeur modeste l’ait aimé. Mais c’est aussi bon pour l’entreprise, puisque cela donne au marché du pouvoir d’achat. (A condition qu’il achète des produits américains…)

Il ne semble pas avoir adopté ce type de mesure cette fois. Peut-être n’a-t-elle pas été efficace ? (Vus les montants dont il est question, tout ne doit pas avoir été perdu – sans quoi le déficit américain devrait être bien pire qu’il n’est ?)

En tous cas, cela montre probablement la faiblesse (paresse ?) de nos analystes. Personne n’a essayé de comprendre quelle était la ligne que suivait Trump. Auraient-ils adopté la ligne démocrate : la diabolisation de Trump ?