François Châtelet

Je poursuis mon enquête sur François Châtelet. (Profil perdu.)

Je ne savais pas qu’il avait été une célébrité. Ainsi il était invité par la radio nationale, le 31 décembre 1967, qui lui demandait ses prévisions pour l’année suivante. Il dénonçait l’impérialisme américain et annonçait que les crises que l’on croyait définitivement éradiquées ne l’étaient pas, et qu’il percevait un nouveau désir d’expression politique chez les jeunes.

Comme je le soupçonnais, comme les surréalistes et comme beaucoup de monde sans doute, il s’était mépris sur 68. Au fond, tous ces gens ont cru à un grand soir de libération de la pensée, alors qu’il ne s’agissait que d’une rébellion de garnements qui revendiquaient de ne pas avoir à faire leurs devoirs. Mais il s’est vite rendu compte de son erreur.

Quand à son combat, il semble avoir été le désir que l’homme pense par lui-même. Projet « éthique » avant d’être « politique ». Le danger, pour lui, c’était le « système », qui impose sa vérité unique. Et dont les conséquences sont désastreuses. Il l’avait rencontré au Parti communiste, au PSU, dans la pensée de Hegel et dans celle de Marx.

Il n’aurait pas aimé notre époque de « consensus »…

Traduction

Originale traduction de la Bible. On associe des spécialistes de l’hébreu et des écrivains. Les uns traduisent en mot à mot, les autres écrivent le texte final. Il semblerait que ce soit comme cela que Proust ait procédé pour traduire Ruskin (sa mère traduisant le texte mot à mot).

L’idée semble bonne. Seulement, en écoutant une comparaison entre une ancienne traduction et celle-ci, j’ai pris conscience que la Bible est avant tout un guide pratique, et que l’envolée lyrique ne lui est guère appropriée.

De l’intérêt d’une bible en latin ou en version originale ? Il n’y a pas de problème de traduction, puisque le lecteur est obligé de faire un travail d’exégèse ? C’est un lourd investissement, mais il n’y a peut-être pas de religion sans effort ? Serions-nous, fondamentalement, un peuple de mécréants ?

Emission qui a inspiré ces considérations.

(En Angleterre et en Allemagne, on apprenait, quasiment, à lire dans la Bible. En France, on faisait, un temps, quelque chose de ressemblant avec Corneilles et Racine.)

Grand pari

Un article des Echos annonce que le pays se désindustrialise à vitesse accélérée. En revanche 67md€ iraient aux data centres. (Paradoxalement, ils feraient partie de l’investissement industriel.)

Curieusement, la presse américaine s’interroge, avec inquiétude, plusieurs fois par jour, sur la nature spéculative du data centre.

Peut-être serait-il bien de se poser la question ?

La culture de la drogue

Midnight express : propagande ? L’histoire racontée serait une fausse nouvelle. Les USA accusaient la Turquie de leur exporter de la drogue. En arrêtant un trafiquant, la Turquie a voulu leur rendre la monnaie de leur pièce. Ledit trafiquant, d’ailleurs, ne se serait pas libéré par ses propres moyens, comme le raconte le film, mais par l’intervention de la CIA. Quelques années plus tard, il est venu s’excuser des dommages qu’il avait causés à la Turquie.

Peut-être serait-il temps de s’intéresser à l’hypocrisie des USA ? Car l’histoire récente ne semble que le résultat de leurs coups foireux, et de leur incapacité à voir plus loin que le bout de leur nez. Ainsi, en Afghanistan, ils ont laissé leurs alliés cultiver la drogue (que les Talibans avaient éradiquée), au motif que ça ne pouvait pas leur faire de mal, puisqu’elle était à destination de l’Europe.

Concordance des temps.

Réseau social

Avec Epstein, on est toujours perdant : soit vous apparteniez à son réseau, et vous êtes dans de beaux draps, soit ce n’est pas le cas, et vous êtes insignifiant. Ce qui est bien pire.

Au fond, le « modèle économique » d’Epstein était celui de toutes les vedettes de la pop moderne ou de la télé réalité. On commence par être célèbre, puis l’on devient un intermédiaire, et l’on en tire des commissions d’apport d’affaire. Dans son cas, il n’avait pas acquis la célébrité par la pop, mais par le plus vieux métier du monde, celui de Madame Claude.

Inside Jeffrey Epstein’s social Ponzi scheme
Jeffrey Epstein built a network linking presidents, billionaires, royals and celebrities through his ability to fulfil the needs and desires of the world’s most powerful people.

He was able to turn those ties into a source of money, information and further relationships, a form of social Ponzi scheme he maintained until he was arrested and died in jail in 2019.

The hundreds of thousands of new messages released by the US justice department reveal the staggering range of Epstein’s social network and read like a self-help group for the 0.01 per cent.

Financial Times du 5 février

(Au passage, on notera l’amateurisme de Trump, qui a été incapable d’utiliser correctement sa notoriété pour s’enrichir. Mais aussi celui des Russes et des Chinois, qui avaient là le réseau qu’il fallait infiltrer. Pour Epstein cela aurait été « gagnant / gagnant », et il aurait échappé à la prison.)

Les héros du bien commun

Chaque société a eu ses héros, citoyens romains « vertueux », saints et martyrs chrétiens, nobles – braves de pères en fils, « entrepreneurs de vertu » modernes, etc. (Concordance des temps.) Ils illustrent ce qu’elle dit être bien. Les héros sont des leçons pour petits enfants.

Dans le cas des résistants ou de Soljenitsyne (un héros de l’Occident ?), il semble bien que ce soit une question de « valeurs » de la personne. Ces valeurs sont celles de la société, ou d’une partie de celle-ci (Pétain se disait martyr). Une situation est « inacceptable » pour l’individu, qui est prêt au sacrifice de soi pour la faire changer. Raison égoïste ?

Mais je me demande, s’il n’y a pas un autre héroïsme. J’ai assisté plusieurs fois à des transformations d’entreprises en crise. Au début, les employés donnaient un fâcheux spectacle. Peut-être pas tant une question de comportement que d’écart ridicule entre les actes (mesquins) et les paroles (glorieuses). Puis, soudainement, tout ce monde s’attaquait au changement, et chacun rivalisait de dévouement pour le bien de tous. Humilité et exploit anonyme.

Peut-être est-ce là l’esprit de l’équipe sportive quand elle est une réelle équipe ? Tous héros ?

Averroès

Le passage d’une culture à l’autre produit de curieux phénomènes. Averroès est considéré comme un grand homme chez nous, alors qu’il s’efface derrière Avicenne chez les Arabes. De même certaines idées, qui produisirent la colère de Saint Thomas, n’eurent aucun écho chez eux. Méfions-nous des universitaires qui prétendent mieux connaître une oeuvre que son auteur ?

Bien en cours, jusqu’à un changement de régime, Averroès était médecin, juriste et philosophe. Il ne jurait que par Aristote. Idée que l’on retrouve souvent dans l’histoire, il estimait que l’on pouvait atteindre le même résultat par la raison et par la foi.

Ce qui semble la conclusion à laquelle tout intellectuel doit immanquablement parvenir.

(Avec philosophie.)

Optimisme

Dans un précédent billet j’observais que Dominique Moïsi avait une vision apocalyptique de la situation du monde, et surtout de celle de l’Occident, mais qu’il était optimiste.

Pourquoi ? Curieusement, pour des raisons indirectes. Notre société a connu de grands progrès. Et cela lui permet de faire le mal, mais aussi le bien.

Il ne reste plus qu’à passer à l’action ?

(Il notait l’allongement de la durée de vie. Serait-ce aux vieux de jouer les héros ?)

Gombrowicz

Quelle est la gloire littéraire ultime ? Faire l’objet d’un autodafé. C’est ce qui est arrivé à Gombrowicz, qui fut rayé des programmes de l’instruction publique par un récent gouvernement polonais.

Qu’est-ce qui a bien pu produire l’ire polonaise ? Difficile de le savoir, en écoutant Une vie une oeuvre. A moins que cela tienne a ce que paraissait être Gombrowicz : un homme libre. Influence pernicieuse ?

Betting the farm

Le capitalisme américain à son meilleur.

La fuite dans une spéculation de plus en plus créative.

2 annonces du Financial Times, le 2 février dernier :

SpaceX buys xAI in $1.25tn deal to unite crucial parts of Elon Musk’s empire
Rocket company boosts valuation to $1tn and pays $250bn to acquire AI start-up as Musk envisions data centres in space

Oracle raises $25bn in bond offering despite concerns over rising debt
Company’s huge bet on AI has prompted investor concerns about the sustainability of its spending

(Un tel phénomène serait-il possible chez un peuple un peu plus évolué ?)

Post scriptum

Big Tech’s ‘breathtaking’ $660bn spending spree reignites AI bubble fears

Financial Times du 6 février

Big Tech groups race to fund unprecedented $660bn AI spending spree
Executives face choice between cutting returns to shareholders, raiding reserves or tapping the markets

Financial Times du 8 février