Agence

Une théorie qui fait les prix Nobel. Celle de « l’agence ». Vous êtes propriétaire, comment s’assurer que celui que vous employez travaille dans votre intérêt ?

Il me semble, en considérant la situation actuelle, que le problème n’est pas là. Il est plutôt : comment faire que les membres d’une société servent l’intérêt général, qui est le leur en dernier ressort ?

Le problème est peut-être dans le division des tâches : le propriétaire doit aussi être acteur ?

C’est probablement, d’ailleurs, ce que l’on constate lorsque l’on demande les services d’un artisan : il ne faut pas seulement le payer, il faut aussi « donner de sa personne » ?

Eternelle Angleterre

Je constate, en écoutant la BBC, que l’Angleterre n’a pas changé depuis que j’y suis passé, il y a 40 ans. Elle est toujours dans un état lamentable.

Cela tient à sa culture (au sens anthropologique) ? Depuis le Moyen-âge, elle est constituée d’une aristocratie relativement démocratique, et d’une masse. Tout ce monde travaille peu. L’aristocratie, parce qu’elle est parvenue à rester extrêmement riche, et le peuple, probablement, parce qu’encourager la paresse est l’antidote à la révolution. Du pain et des jeux. Tout cela ne fonctionne que grâce à l’injection de métèques venus de l’Empire. C’est le modèle d’Athènes. Mais, ces métèques seront-ils fidèles ou profitent-ils des différences de niveau de vie entre l’Angleterre et leur patrie, avant de revenir, fortune faite, chez eux ?

Comme quoi, on a parfois besoin de « révolutions culturelles » ?

(Ce type de malédiction n’est pas propre à l’Angleterre. Nous sommes vraisemblablement toujours affectés par celle que de Gaulle avait identifiée concernant la France.)

Bluff artificiel ?

Paradoxe : plus le problème est complexe, moins l’intelligence artificielle est efficace. A un certain point, elle s’effondre.

Les leaders du secteur sont massivement déficitaires. Mais personne ne s’en soucie.

Le propre des USA : la bulle spéculative ? Comment tout ceci va-t-il finir ? Comment l’en sevrer ?

Cutting-edge AI models ‘collapse’ in face of complex problems, Apple study finds https://bsky.app/profile/theguardian.com/post/3lr6se2lbpc23

OpenAI expects subscription revenue to nearly double to $10bn
Company behind the ChatGPT tool is still lossmaking, as are its biggest rivals
Financial Times, 9 juin.

Care

« Take care ». La première fois que j’ai entendu cette expression, en Angleterre, il y a plus de quarante ans, elle m’a surpris. Mais j’ai cru comprendre que c’était le plus haut témoignage de sympathie.

J’ai aussi été surpris de voir l’expression reprise récemment. Le mouvement du « care », en français dans le texte. (Et « Obamacare ».)

En écrivant mon billet sur « l’âge de la terreur », et en écoutant parler des dommages imprévus de notre politique de prévention, qui diagnostique de plus en plus d’autisme ou de risques génétiques, ce faisant détruisant la vie de gens qui auraient été heureux en d’autre temps, je me suis demandé si, une fois de plus, l’intention n’avait pas donné son opposé. L’ange fait la bête.

Leçon ? Quand la mode est au bon sentiment, attendons-nous au pire ?

J’ai toujours tort

L’enquête des interpreneurs aboutit à un résultat imprévu : les théories les mieux installées ne résistent pas à l’expérience ! A titre d’illustrations :

  • Taille critique. La Loi PACTE pousse nos PME à devenir des ETI. Mais nos dirigeants ne veulent pas faire grandir leur entreprise. Or, il est possible d’obtenir une taille critique avec de petites entreprises : la coopération « horizontale » entre égaux. Il en existe déjà des exemples. Cette solution est supérieure à l’ETI. Car la PME est agile, innovante, et ses coûts structurels sont faibles. C’est un atout maître en un temps où les multinationales se rigidifient et n’innovent plus.
  • Projet politique. Contrairement à une idée reçue, la motivation du dirigeant n’est pas financière. Un moyen efficace pour le stimuler est qu’il s’engage dans un projet économique « politique », qui transforme l’identité de son territoire. Un tel projet crée une dynamique vertueuse. Les élus et les services publics locaux en deviennent le relais et lui apportent une nouvelle dimension. Effet boule de neige.
  • Déblocage. Il est illusoire de croire que l’entrepreneur peut réagir aux politiques d’incitation de l’État, car il est écrasé par les dysfonctionnements de sa propre entreprise, qu’il dirige seul. Il est impossible de révéler le potentiel de la PME sans « libérer » le dirigeant. Pour cela, il suffit d’attaquer son « problème du moment » par une intervention « flash ».
  • Méthode. Nos PME ne sont pas modernes. Elles sont handicapées par des dysfonctionnements qui en donnent une image ridicule. Nos chefs d’entreprise sont des « autodidactes du management ». Le gouvernement veut les former. Or, ce qui leur manque est uniquement des « fondamentaux » simples et bien connus. En plus, appartenir à un groupe solidaire d’entreprises dynamiques conduit à une modernisation par « contamination ». Nos PME peuvent se transformer rapidement.
  • Trésorerie. Contrairement à ce qu’écrivent les économistes, nos PME ont une trésorerie ignorée. Elle tient à une gestion « approximative ». Bien exploitées, ces ressources permettent d’amorcer le financement d’une innovation qui les extrairait de la concurrence par les prix.
  • Intelligence artificielle. L’engouement pour l’intelligence artificielle est un mauvais conseiller. Elle ne remplace pas l’homme et ne permet pas d’innovation de rupture. Mais elle rend possible des gains de productivité considérables (d’un facteur 7 ou 8) pour des processus à faible valeur ajoutée. D’où avantage décisif, voire possibilité d’entrer dans des marchés jusque-là inaccessibles (cf. le cas de la documentation sécurité du nucléaire). Profiter de cet effet exige une maîtrise à la fois du métier de l’entreprise et des techniques d’intelligence artificielle.
  • Pairs. L’État veut moderniser la PME. Mais ses services ne la connaissent pas, superposent dispositifs et formulaires et appliquent des théories inappropriées. Or, il existe une aide efficace : l’expérience de pairs.
  • Avenir. Une recherche obsessionnelle du comblement des retards technico-économiques de la France, par exemple pour des raisons de souveraineté, serait une erreur. Les transitions dans lesquelles l’humanité est engagée sont d’une complexité dont peu de personnes ont conscience. Elles demandent un effort d’invention sans précédent. Elles ouvrent de nouveaux marchés considérables et ferment les anciens. En outre, être souverain ne signifie pas copier l’étranger, mais produire ce dont il a besoin.
  • Territoires. Fondée sur un a priori individualiste, la politique du gouvernement tend à créer des « champions », afin de produire un enrichissement national par « ruissellement ». Or, la force d’une entreprise vient de son environnement immédiat. Il n’y a pas de PME forte sans territoire solidaire et de territoire prospère sans PME fortes. PME et territoires doivent lancer des projets communs audacieux. Nous avons tous un « talent ». La véritable « guerre des talents » consiste à le révéler. Et cela ne peut se faire que par l’action collective.
  • Valeur. L’aide publique produit l’assistanat. L’entreprise ne connaît plus la valeur de l’argent. Elle n’a d’autre argument que le prix. Et elle réduit ses coûts par des expédients. D’où une cascade d’effets négatifs. L’entrepreneur doit prendre conscience de sa valeur et de celle de ceux dont il a besoin pour la révéler, et de leur juste prix.
  • État. En France, une idée reçue est que, sans l’État rien ne serait possible, mais il serait dysfonctionnel. Or, initier le changement ne demande pas de moyens : dès qu’un groupement portant un projet de territoire « fort », réunissant entreprises, élus et services publics locaux, atteint une « taille critique », l’État se révèle utile, efficace et bien conçu.

Tout cela peut paraître encourageant. Mais c’est aussi un appel à la prudence : la liste des erreurs n’est certainement pas épuisée. Et si la prochaine était fatale ? Comment échapper au chant des sirènes ?

Seule l’expérience concrète peut permettre de sortir du statuquo.

Changement

Ce blog a commenté, jadis, une remarquable histoire de la Chine. On y lisait, notamment, que Mao avait, au cours de sa longue marche, rassemblé les forces de l’intérieur du pays et rejeté à la mer l’influence étrangère, qui était la cause de son mal.

J’ai le même sentiment concernant de Gaulle. Il est arrivé au pouvoir avec ses « résistants ». Des gens droits et sans compromission. Ils ont renouvelé la société, par le bas.

Le changement est-il toujours de cette sorte ? Lorsqu’on lit les travaux modernes de Philip Kotter, sur le changement en entreprise, on n’est pas loin de le croire. Le changement serait une question d’incorruptibles ?

Seulement, il existe un curieux phénomène inverse. Les sociétés en paix sont la proie des parasites. Est-ce un phénomène nécessaire et naturel, un genre de destruction créatrice ?

(Une autre idée pourrait être que le mal, c’est la paix. Le parasite ne peut attaquer une société inquiète. En revanche, il est possible qu’une telle société reste stationnaire, comme les sociétés dites « primitives », et qu’elle finisse par être balayée.)

Vive Trump ?

Surprenante émission de Christine Ockrent, samedi dernier.

Et si Trump sauvait le monde ? Il ne comprend rien à rien, il n’est intéressé que par les (ses) affaires. Pour cela, il lui faut la paix. Sa stratégie est de se débarrasser du (très coûteux) rôle de gendarme des USA, en le confiant aux puissances locales.

Paradoxalement, il y aurait de la lumière au bout du tunnel palestinien et israélien. En liquidant Hamas et Hezbollah, Israël laisse la place aux Palestiniens et Libanais de bonne volonté, et Netanyahu ne devrait pas survivre aux prochaines élections…

Thomas Midgley

Thomas Midgley Jr. (May 18, 1889 – November 2, 1944) was an American mechanical and chemical engineer. He played a major role in developing leaded gasoline (tetraethyl lead) and some of the first chlorofluorocarbons (CFCs), better known in the United States by the brand name Freon;

Hasards de Wikipedia. Un seul homme à l’origine de beaucoup de nos maux.

Force du mal ? Ou simplement produit de son époque ? Je me souviens encore du sulfatage au DDT de mon enfance. On le présentait comme un des grands succès d’une époque éclairée par le progrès scientifique…

Le progrès n’est-il pas, par nature, une suite d’erreurs ? Le tout est de ne pas trop persister, avant de passer à la prochaine ?

Doonesbury

Je lisais Doonesbury en Angleterre. Il y a plus de quarante ans de cela. C’est un « comic strip », une bande dessinée politique américaine pour journaux, en quelques cases. On y voit des personnages à l’oeil à moitié fermé, qui disent des énormités avec le plus grand des sérieux.

Comme toute production intellectuelle, elle est de gauche. De mon temps, elle s’en prenait au premier Bush. La phrase qui revenait sans arrêt était « read my lips ».

Dans une émission de la BBC, j’ai appris que son auteur, Gary Trudeau, était du meilleur monde. Il a fait ses études à Yale, quasiment en même temps que le second Bush. J’ai aussi appris qu’il prévoyait l’élection de Trump depuis trois décennies. J’ai donc regardé ce qu’il avait écrit sur lui.

Cela a quelque-chose de la férocité de Daumier pour Louis-Philippe représenté en poire. On y trouve, d’abord, une connaissance de la psychologie de Trump qui semble avoir manqué à nos journalistes. Et, ensuite, une représentation haïssable du personnage. Ainsi, son ancienne coiffure bizarre se révèle être une façon de cacher sa calvitie. On le voit, le matin, le corps adipeux, les cheveux sur les épaules, se peignant le visage en orange.

Drone

Attaque de drones ukrainiens sur des bombardiers russes. Impressionnante vidéo. Non seulement, on détruit, mais en plus, on filme. Et pour pas cher (400.000$ ?), d’après ce que je lis.

Curieusement, l’impact le plus violent ne semble pas avoir concerné la Russie, mais les armées occidentales : elles ont découvert qu’elles avaient une guerre de retard.

Les drones sont apparemment capables d’exploits surprenants (article). En particulier de détruire l’armement conventionnel. Peuvent-ils rétablir l’équilibre des forces entre la Russie et l’Ukraine, et forcer la première à négocier ?