Génération critique

France Culture me fait découvrir des gens dont je connaissais peu les travaux. Du coup, je cherche les émissions qu’elle leur a consacré. Et j’observe une différence entre les nouvelles et les anciennes.

Dans les anciennes, l’animateur semblait connaître parfaitement l’oeuvre du sujet de l’émission, à tel point que l’on avait l’impression d’une conversation entre égaux. Je suis impressionné. Ce n’est plus le cas. L’oeuvre est étudiée par des experts invités. Et ceux-ci paraissent la ramener à bien peu. La personne fut-elle une féministe ? Un infect colonialiste ?

Comment un universitaire obscur peut-il s’arroger le droit de juger (de condamner) l’oeuvre de toute une vie ?

Notre changement

Montceau les Mines est une zone sinistrée s’il en fut. Un jour, un dirigeant d’une petite entreprise a eu une idée : elle avait un savoir-faire « d’engins de mobilité ». Effectivement, les mines transportaient le charbon dans des chariots sur des voies ferrées. Il crée un cluster. Aujourd’hui, c’est le lieu où s’invente le ferroviaire de demain. Il s’étend à Saint Pierre des Corps, et on vient l’étudier de l’étranger. Sans même parler de nouvelle mobilité, la rénovation des voies de la SNCF, seule, représente un marché de 30md€.

Cet exemple pourrait bien annoncer notre avenir. Les nouvelles aspirations de la population ou les nouvelles technologies amènent tout ce qui constitue notre société, mobilité, chauffage, etc., à se transformer. Ce processus de transformation est le « moteur » de l’activité humaine et de l’économie de demain.

Au cours des décennies, parfois des siècles, nos territoires ont accumulé les savoir-faire qui, aujourd’hui, sont nécessaires à la réalisation de cette nouvelle phase de notre histoire. Il devrait être le coeur de l’économie de demain.

Souverainisme

China curbs use of Nokia and Ericsson in telecoms networks

Financial Times, 2 octobre

Les économistes nous disent d’investir dans le numérique, le « new space »… Mais est-ce un argument économique ?

Les nations se livrent une guerre dans ces secteurs : pas question de trouver de marché en dehors de chez soi. Et si, pour la financer, il fallait chercher d’autres sources de revenus ? Produire des denrées et des services que ses ennemis acceptent d’acheter ?

Technofascisme

Jean Tirole, Nobel d’économie, déclare : « l’Europe investit encore massivement dans l’automobile, tandis que les États-Unis concentrent leurs efforts sur l’intelligence artificielle, la biotechnologie, l’espace. »

Nous donner les USA en exemple voilà qui est inattendu ! Toute la gesticulation du président Trump tient à ce qu’ils sont dans une situation désespérée. Or, il y a consensus entre lui et M.Biden : pour sauver le pays il faut rapatrier sur son sol l’économie productive.

Surtout, c’est une négation inattendue du principe même de l’économie de marché, pourtant mère de l’économiste. Si toutes les nations produisent la même chose, qu’auront-elles à échanger ?

En outre, si l’on examine de près ces « secteurs d’avenir », on y découvre un extraordinaire relent spéculatif, des externalités catastrophiques pour l’environnement, et des questions d’éthique terrifiantes. C’est de la science sans conscience. C’est ce que l’on nomme aux USA « technofascisme » : le primat de la technique sur toute autre considération.

Cette pensée est symptomatique de celle de nos gouvernants successifs et de leurs conseillers, les économistes. Implicitement, elle considère que l’homme est tout juste bon à être une bête de somme, le temps que la machine, qu’il construit, le remplace.

Comment de telles dérives peuvent-elles se produire ?

Spiritualisme

M.Trump est le rêve de l’intellectuel devenu réalité. En effet, ce dernier dénonce la main invisible de la raison s’abattant sur la société. Or M.Trump, c’est l’arbitraire au pouvoir. D’ailleurs, les nouveaux hommes forts qui dominent notre monde sont des hommes de foi. Ils croient, avant tout, à leur étoile et à la dernière idée qui leur a percuté le crâne.

Qu’est-ce que la raison ? peut-on se demander. C’est le contraire de la foi. Paradoxalement, c’est donc le doute. Que sais-je ? dit Montaigne. Voilà qui est inattendu. Car, le doute n’est-ce pas la négation de l’action ?

La caractéristique de l’homme est de chercher des lois à tout ce qu’il rencontre, en particulier aux phénomènes naturels ou aux comportements de ses semblables. (Il paraît que cela se voit dès l’enfance : quand l’enfant joue, il invente des règles.) Ces lois ont eu un certain succès, c’est la science actuelle. Mais elles sont aussi un échec : dès qu’on veut en faire des absolus, on rencontre l’absurde. Et si la raison était cette démarche de recherche permanente de « raisons », sachant qu’elles ne seront jamais satisfaisantes ? Et si c’était la démarche, et pas son résultat, qui comptait ?

Bulle artificielle

Il y a quelque temps, je lisais que NVidia investissait 100md$ dans Openai.

Or, Openai, c’est 7 ou 8% du chiffre d’affaires de NVidia. Et, pour atteindre la puissance de calcul qu’il vise, il lui faut des dizaines de fois ce qu’il possède déjà en termes de processeurs (voire plus).

NVidia financerait-il son marché pour montrer à ses investisseurs, qui lui accordent une valeur de 4000 md$, qu’il existe ?

Autre exemple :

AI coding start-ups reap $7.5bn wave of investment
Sequoia, NEA and Nvidia invest $50mn in Factory in bet software engineering will be critical application for the tech

Financial Times du 25 septembre

Sartre et l’intelligence artificielle

Sartre aurait expliqué le nazisme par l’homosexualité. (Entendre par là que les Nazis auraient été des sous-hommes ?) Serait-ce une blague ? me suis-je demandé en entendant cela d’une ancienne émission.

Eh bien non. Une enquête montre que c’est une théorie qui a connu les faveurs de l’après-guerre.

A chaque fois qu’une mode apparaissait, Sartre en devenait l’expert ? Il fut successivement homophobe, existentialiste, communiste… Il serait aujourd’hui expert en intelligence artificielle ?

Aventures en Argentine

On n’entend pas parler de l’Argentine. Peut-être que cela va changer. Car, après de premiers succès, son dirigeant est en difficultés.

Quand on vit dans une maison de verre, on ne lance pas de pierre, dit-on. C’est l’erreur qu’il semble avoir commise. Sa politique était risquée, la situation du pays fragile. Il a laissé s’installer le chaos politique. Ce qui a paniqué les marchés. Et amené M.Trump à voler à sa rescousse, « quoi qu’il en coûte ». (Article du Financial Times.)

Avec M.Trump, les promesses n’engagent que ceux qui les croient, direz-vous. En tous cas, lui qui voulait ramener les USA à un superbe isolement, risque de le laisser engagé dans de nouveaux Vietnam. M.Trump sait-il bien choisir ses alliés ?

Pouvoir de la science

Les observations de Claude Lévi-Strauss (billet précédent) me rappellent une autre réflexion :

La science est un moyen de pouvoir. Régulièrement, dans son histoire, celui qui la possédait l’opposait aux coutumes ancestrales, et même aux constats. Par exemple, l’élite de la science française du 19ème siècle a combiné ses talents pour montrer que les chaudières qui explosaient ne pouvaient pas le faire. La cause de l’accident était donc humaine.

Je me demande s’il n’y a pas, au moins dans une partie de la population, une haine de l’espèce humaine. Grâce à la science elle pense pouvoir se passer de ses semblables. N’est-ce pas ce à quoi l’on assiste avec l’Intelligence artificielle ?

Justice

Que pensez-vous de l’affaire Sarkozy ? me demande-ton. Rien. Pour se faire une véritable opinion, il faudrait procéder comme un juge. Et encore, ce ne serait qu’une opinion.

Ce que je constate est qu’une fois de plus beaucoup accusent la justice en se comportant bien plus mal que ce qu’ils lui reprochent. Ils jugent sans preuve et sans fondements, à charge et sans décharge. Or, attaquer la justice est extrêmement grave. Car sans justice la seule loi qui demeure est celle de la jungle.

Que la justice puisse se tromper est manifeste. Lorsque j’écoute la BBC il est régulièrement question d’erreurs judiciaires extrêmement graves. De personnes qui ont passé une vie en prison alors qu’elles étaient innocentes. L’affaire Loiseau dont parlait récemment ce blog fut aussi une erreur judiciaire. Mais, jusqu’ici, personne ne mettait en cause la justice.

D’ailleurs que serait une justice juste ? Celle de M.Poutine ou de M.Trump ?