Jules Supervielle

J’entends parler Jules Supervielle. Il me donne l’impression d’être un homme rassis.

Je jette un coup d’oeil à sa poésie : elle n’est que lamentation. Lamentation complaisante ? Il se plaint de n’avoir aucune prise sur la réalité.

On interroge sa famille sur son caractère : ce fils de banquier, qui semble avoir surtout aimé faire des voyages en bateau entre la France et l’Uruguay, aurait été un rien hypocondriaque.

Pourquoi fut-il apprécié ? Quel plaisir y a-t-il à lire lamentation après lamentation ? Esprit du temps ?

Cour pénale internationale

Je ne savais pas qu’un des buts de guerre des alliés était le règne de la justice. D’où le procès de Nüremberg et la cour de justice internationale.

En écoutant l’émission, j’ai pensé que si la justice internationale posait tant de problèmes et était sujette à autant de perversions, c’est que l’on avait oublié son origine.

En fait, ce qui compte n’est pas tant le jugement en lui-même que ce qu’il évite : la folie meurtrière.

Eternelle difficulté ? Nous héritons de vagues rites que nous ne comprenons pas ?

Emmanuel Krivine

Musicien malheureux ? Il était exceptionnellement doué pour le violon, mais ne voulait pas être violoniste. Un accident de voiture l’a heureusement forcé à abandonner cette carrière. Il se lamente de l’évolution de la musique qui n’est plus que performance, à l’image du sport. Certes il demeure des musiciens authentiques, pas, d’ailleurs, les stars usuelles, mais il se sent écrasé par leur talent !

Peut-être finalement a-t-il trouvé son bonheur dans une communauté de musiciens qui semble inspirée de quelque utopie du 19ème siècle ?

(France culture.)

Alberto Moravia

J’ai un souvenir lointain d’avoir lu des oeuvres d’Alberto Moravia. Je ne m’imaginais pas qu’il avait été un des géants de la littérature italienne. C’est ce que m’a fait découvrir une ancienne émission de radio.

En revanche, je n’ai pas compris en quoi il était un génie. Il s’est perdu dans la traduction ?

Comme dans mes souvenirs, son oeuvre semble être vaguement érotique. Peut-être le lecteur de l’époque y retrouvait-il ses aspirations ? C’était le temps de Brigitte Bardot. Juste avant 68 et sa libération. Après guerre : années érotiques ?

In quiétude

Quel mauvais coup nous prépare-t-il ? Avec le président Trump, il n’est plus possible de vivre paisiblement. M.Poutine lui ressemble, mais il n’a pas son pouvoir de nuisance.

Cela m’a rappelé une histoire : à une époque, on a voulu protéger les fusées de la pluie, en les mettant dans de grands hangars. Eh bien, dans le hangar, l’humidité s’est condensée… Nous avons tellement voulu nous protéger de l’aléa que nous l’avons créé à l’intérieur de nos murs ?

Une bonne chose ? M.Trump nous force à remettre en marche nos cerveaux ?

Gilles de Gouberville

Le sieur de Gouberville a vécu au 16ème siècle, et il a eu la bonne idée de laisser un journal, dont on a conservé une partie.

Il m’a fait penser à Montaigne. C’était un petit exploitant normand, apparemment bien éduqué, avec une passion pour la médecine, et qui semble avoir vécu, avec les siens, dans une certaine prospérité paisible. Isolé du reste du monde. Un temps tenté par la réforme, il a compris qu’elle n’aurait pas le dernier mot et qu’il était prudent de garder ses distances.

En France, pour vivre heureux, vivons caché ?

(France culture : Les inconnus de l’Histoire – Gilles de Gouberville (1ère diffusion : 15/01/1982))

Corsaire de bonne compagnie

Un certain Corbière, père du poète, s’était fait une spécialité du livre de corsaire. Il avait été lui-même corsaire pendant les guerres napoléoniennes. Il m’a rappelé un autre corsaire écrivain, de la même époque, cette fois anglais : Trelawny.

Ce que je trouve curieux dans ces deux cas est que les corsaires étaient des brutes, sans foi ni loi. En revanche, dès qu’ils se mettaient à écrire leurs aventures, les bons sentiments y coulent à flots. Ce qui me rend leur oeuvre illisible.

De la pression sociale ? De la dictature de la respectabilité ? Le libre arbitre serait-il une illusion ?

Pasteur

Lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai fait une étude des travaux de Pasteur. Je m’étais passionné pour sa démarche. C’était une « machine de guerre » implacable. Chimiste, il découvre que la dissymétrie moléculaire est liée à la vie. Du coup, il va de trouvaille en trouvaille, apportant des gains énormes à l’économie et transformant la médecine. C’était un redoutable expérimentateur.

J’ai retrouvé cette histoire dans une série des nuits de France culture. Mais j’ai appris que c’était un farouche nationaliste (peut-être était-il simplement attaché aux valeurs de notre pays, qui fut longtemps celui des droits de l’homme ?) à qui l’on doit d’avoir pris conscience du retard considérable que la science française avait pris sur l’Allemagne, qu’il était hémiplégique et qu’il était particulièrement cassant vis-à-vis de ses adversaires, qu’il ridiculisait. Et qu’il était enterré dans la crypte de l’Institut Pasteur.

Interprétation

Wikipedia me montre un étrange tableau.

On est en Hollande, au 17ème siècle. Un bourgeois tout de noir vêtu, curieusement assis sur le pas de sa porte regarde une mendiante famélique, qui tend la main. Elle paraît très âgée, mais ne doit pas l’être, vu qu’un petit enfant l’accompagne.

De la maison sort une jeune fille richement habillée, à l’air malsain.

Qu’en penser ?

Eh bien, il semblerait que l’homme en noir ait commandé le tableau. Il se montre donc probablement fier de sa réussite, bon père, et homme charitable.

Méfions-nous des interprétations hâtives ?

Admiration

Que le président Giscard d’Estaing se soit pris pour le président Kennedy a été une surprise.

A la réflexion, le demi-siècle qui vient de s’écouler fut « anti de Gaulle ». De Gaulle désirait faire briller le pays. Il mettait en valeur ses talents, et ce de quelque bord qu’il soit. Y compris, d’ailleurs, sa jeunesse et ses intellectuels, qui, pourtant, lui en voulaient à mort. Il pensait, aussi, que chaque peuple avait sa personnalité et ses mérites.

Depuis, nos gouvernants ne se sont-ils pas persuadés que « c’est mieux ailleurs », et que nous sommes laids ? Ils rêvent de nous réformer, pour nous rendre dignes des « autres » ?

Et si cela était le résultat d’une stratégie plus ou moins délibérée des USA de faire un monde à leur image ? Peut-être aussi la rançon de leur succès : leur culture a gagné un monde admiratif, et il n’y a pas plus influençable que ses élites, girouettes faute de racines ?