Dans un article récent, Jean Tirole écrivait (au sujet du marasme français) : « Deux scénarios sont possibles. Soit la classe politique, consciente de l’urgence, parvient à se rassembler pour restaurer la confiance et renouer avec la croissance ; une variante est un accord pour nommer un gouvernement de techniciens pour remettre le pays sur les rails, comme Mario Monti en 2011 ou Mario Draghi en 2021 en Italie.«
L’économiste rêve d’un « gouvernement de techniciens ». Le technicien, c’est lui. Il prend la société pour un moteur, dont il serait le mécanicien. Malheureusement, nous ne sommes pas des machines.
Après guerre, derrière des apparences de conflit, il y avait un consensus : le parti-communiste voulait de l’emploi, et les patrons, des affaires. Ils étaient tous d’accord pour le « progrès ». C’était la logique de la planification de l’époque, qui n’avait rien de technocratique, car elle était essentiellement négociation avec ce que l’on nomme désormais les « parties prenantes de la nation ». Dans son genre, le gouvernement de Gaulle fut un « gouvernement de techniciens ». (Au départ, des techniciens de la guerre, en fait.)
Un moyen de réparer la démocratie ? Faire émerger un programme qui fasse consensus et nommer des « techniciens » (mais pas des économistes ou des guerriers) pour l’appliquer ? (Et tenir en respect ceux dont la fonction sociale est de profiter des relâchements ?)