Ligne du parti ?

Quel changement nos gouvernements rêvent-ils de réaliser ? Cette question est un fil rouge de ce blog.

Dernière idée, surprenante : tout simplement, le changement pour le changement ? La France dont ils ont hérité leur semble dépassée, ennuyeuse, bonne pour la « destruction créatrice » ? Ailleurs, c’est mieux : imitons ?

Le président Giscard d’Estaing aurait été le « premier de cordée ». Le président Mitterrand, paradoxalement, aurait résisté au changement, ainsi, en partie au moins, que le président Hollande (qui a tenté de relancer l’industrie).

La première étape du changement bénéfique : amener nos dirigeants à aimer le Français dans toute sa complexité, frustrante au premier contact ?

Jacques Ellul

Découverte de Jacques Ellul. France culture la nuit et rediffusion de son « bon plaisir ».

Drôle d’homme. Il se définissait comme chrétien anarchiste. Mais comment se dire anarchiste lorsque l’on vit en bourgeois ? En professeur d’université, effectivement sans dieu ni maître, et dans une propriété spacieuse ? Dans ces conditions, tout monarque ou tout milliardaire est anarchiste.

Drôle de philosophe, qui ne comprend rien à la philosophie et est à la fois un disciple de Kirkegaard et de Marx, alors que tous deux appartiennent à des courants qui s’excluent…

Si je comprends bien, il combat le progrès. D’où Marx. Car le progrès aurait remplacé l’économie dans l’asservissement de l’homme décrit par Marx. Il prône aussi la responsabilité de l’individu. Ce qui correspond à Kirkegaard et au protestantisme. Il en veut à l’église d’avoir été toujours du côté de l’ordre, alors que Jesus aurait mis en cause tous les ordres.

Intéressant cas ? Symptomatique d’une critique « intellectuelle » de la société. Comment peut-on être Persan ? Comment la comprendre si l’on en est isolé ? Comment avoir de la sympathie pour l’homme ordinaire, si on ne connaît au mieux que les marginaux ? Comment comprendre que la société a une raison d’être que la raison ne comprend pas ?

Mais aussi de l’utilité de la responsabilité et de la critique, afin que la conscience de ladite société ne s’atrophie pas ?

Pacifique

L’exploration du Pacifique. Une série d’émissions paisibles. Idéales pour l’été. Une rediffusion de France culture. (Le Pacifique, en long et en large : première de dix.)

On suit Bougainville et Cook. Et on découvre les hasards de la navigation. Les erreurs se mesuraient en milliers de kilomètres ! A tel point que l’on craignait de venir se fracasser contre quelque terre inconnue. Et ce d’autant que l’on s’est longtemps gardé de donner des informations exactes sur ses découvertes. Si bien que les cartes étaient fantaisistes. Je me suis demandé si le progrès des sciences n’avait pas fait massivement régresser les connaissances humaines. Et si ce n’était pas toujours le cas. Chaque découvreur croit qu’il peut se passer de ce qui l’a précédé ?

Il était aussi question de navigateurs de Dieppe, qui auraient parcouru le monde au quinzième siècle (avant Colomb) et auraient produit des cartes relativement précises, dont une de l’Australie ! Mais eux, leurs voyages et leurs cartes auraient disparu de la mémoire collective.

Ces voyages étaient l’aventure, au sens premier du terme. On ne savait pas ce que l’on allait trouver. Et tout ce que l’on trouvait était extraordinaire, pays, nature, sociétés. Peut-être même fut-ce la dernière fois que l’on a connu de véritables aventures.

Au fond, la véritable recherche de ces navigateur était la connaissance de la nature humaine. On était au temps de Rousseau. Ce qu’ils ont trouvé était bien plus extraordinaire que de bons sauvages. Il y a ceux qui vous agressent sans vous connaître, ceux qui vous séduisent, ceux que vous laissez indifférents, car ils n’ont aucun désir, et qui n’ont d’ailleurs pas besoin de chef, et probablement beaucoup d’autres. Ils ont découvert la complexité humaine.

IA : risque systémique ?

La semaine dernière je lisais une série d’annonces du Financial Times :

Nearly eight in 10 companies have reported using generative A.I., but just as many have reported “no significant bottom-line impact,” according to recent research.

Routine AI assistance hits skills of health experts performing colonoscopies
Study comes amid rapid adoption of the fast-developing technology

CoreWeave investors sell more than $1bn in shares as IPO lock-up ends
Director Jack Cogen offloads stake with an aggregate market value of about $300mn

Qu’arriverait-il si l’engouement pour Internet se révélait une bulle spéculative ?

(Rappel : j’ai toujours tort.) Il me semble que le dommage ne serait pas grand. Quelques entreprises disparaîtraient. Des valorisations stratosphériques se dégonfleraient. Beaucoup d’entreprises découvriraient que ce qu’elles croyaient des investissements productifs sont une perte sèche. Mais rien d’anormal. Nos grandes entreprises, faute de compétence, vivent de rêves. Cette aventure leur arrive régulièrement.

Important accent

Dans mon enfance, on disait que « événement » s’écrivait avec accents aigus, alors que l’on tendait à l’orthographier « évènement ». Aujourd’hui, les dictionnaires mentionnent les deux orthographes. Fâcheux relâchement ?

Mais, ma surprise ne fut-elle pas grande, lorsque j’ai constaté que jusqu’au 19ème siècle, nos grands hommes écrivaient, dans leur correspondance, « évènement » !

De l’évolution des usages, ou totalitarisme des auteurs de dictionnaires, ou du Français ?

(On écrivait aussi « tems » et pas « temps »…)

Suicide

Il est dommage que l’on n’ait pas poursuivi l’étude des « pathologies sociales » de Durkheim, disais-je.

Je pense que son idée est que ces pathologies sont liées aux valeurs mêmes de la société. Par exemple, la pathologie de la littérature, de la poésie ou de l’art, dont je parlais il y a peu tiennent probablement à ce que l’on en a fait des activités admirables, sans faire ce qu’il faut, d’ailleurs, pour qu’elles ne se transforment pas en cancer. On pourrait penser la même chose de l’école et de l’enseignement supérieur.

Il donne l’exemple de l’innovation, qui fait à la fois l’inventeur et le criminel. C’est d’ailleurs ce que l’on voit dans les films américains : le mafieux est un businessman par d’autres moyens. Et les Américains disaient que l’entrepreneur était un « hacker », qu’il s’en prenait aux règles sociales.

Mais c’est peut-être son étude sur le suicide qui est la plus intéressante. Car, elle porte sur la nature même de la société, qui doit être propre à toutes les sociétés. Ne voulant pas relire le livre qu’il lui consacre, d’autant qu’il est, à mon avis, inutilement indigeste, Durkheim ayant voulu donner à son travail l’aspect d’une oeuvre scientifique, j’ai interrogé wikipedia.

J’ai eu la surprise de trouver quatre facteurs favorables au suicide et non trois comme dans mon souvenir. En fait, Durkheim avait mené, effectivement, un travail scientifique, donc expérimental (et statistique, ce qui est remarquable). Et il avait trouvé 3 causes. Ce n’est qu’ensuite que l’on aurait extrapolé ses travaux.

Tout s’explique par deux facteurs : intégration et régulation. Comme chez Aristote, il serait question de « juste milieu ». Si la société est trop ou pas assez « intégrée », ou si elle est trop ou pas assez « réglementée », il y a suicide « excessif ». En effet, quoi qu’il arrive, il y aurait taux de suicide « normal » (facteur explicatif : nature humaine ? ou contrepartie des effets bénéfiques de la société ?).

Jean-François Bizot

De découverte en découverte. Trois nouveaux illustres inconnus. Jean-François Bizot, Actuel et radio Nova. (Une vie une oeuvre. France culture.)

Jean-François Bizot était un fils de famille qui a introduit la « contre-culture » américaine, ou « branchitude », en France. Contre culture qui aurait été une réaction contre le dogmatisme de gauche de 68, et qui l’aurait transformée de l’intérieur. Entrisme façon Trotskystes ?

Est-ce cette contre-culture que l’on appelle wokisme ?

Canal+ lui devrait beaucoup. France Culture, peut-être bien aussi.

Poésie

La poésie a-t-elle disparu ? En écoutant France culture, je crois identifier une raison : il n’y a pas longtemps, le moindre intellectuel faisait des vers, avec beaucoup de sérieux. C’est aussi l’impression que j’ai eue en lisant une anthologie de la poésie de Pierre Seghers. C’est, encore, ce qui semble être arrivé à la littérature. Il y a tellement d’auteurs qu’il n’y a plus d’écrivains.

Fatalité de tout ce qui est admiré ? Tout le monde veut être admiré ? Ou fatalité française ? Le Français est un paon ?

Eugène et Maria Jolas

Eugène et Maria Jolas, encore d’illustres inconnus. Les nuits de France culture se poursuivent.

Leur titre de gloire aurait été de faire publier Finnegans wake, de Joyce. Oeuvre réputée illisible.

Eugène Jolas était un Lorrain allemand, devenu journaliste américain en France. Il a été dépêché, après guerre, en Allemagne nazie pour former les nouveaux journalistes. Ce qu’il ne semble pas être parvenu à faire.

L’émission était peu claire, comme d’habitude. Il semble qu’il ait attribué un pouvoir spécial aux mots. D’où, peut-être, son échec : au lieu, simplement, de former des journalistes, aurait-il voulu leur apprendre à parler ?

Comme Heidegger, tous ces gens paraissent avoir cru que le langage était limité et qu’il fallait inventer une langue qui ne nous contraindrait pas ? Avaient-ils raison ? Ou est-ce, au contraire, les contraintes de la langue, l’obligation d’être compris, qui stimulent le génie ?

(Quant à Maria Jollas, qui était américaine, ses titres de gloire auraient été son combat contre la guerre du Vietnam, et d’avoir été une grande traductrice.)

La fabrique des bulles

Les journalistes font-ils leur travail ? Ils s’émerveillent de l’IA. Pourquoi ne cherchent-ils pas ce qu’il y a derrière la façade ?

Ils y verraient un tout petit nombre d’entreprises qui se tiennent par la barbichette. Pyramide de Ponzi ?

Openai devrait dépenser 320md$ dans les prochaines années. Le gros de son financement vient de SoftBank, qui n’a, évidemment, pas les épaules assez larges pour cela, et vit d’expédients. Sa capacité de calcul est fournie par Microsoft, qui passe la main à CorWeave, une start-up, qui n’a qu’un client ! Et tout cela représente 6% des revenus de NVIDIA.

La valeur d’Openai, qui n’est pas cotée, est faite par ses investisseurs. Qui ont, bien sûr, tout intérêt à ce qu’elle augmente.

Seulement, Openai risque de rapidement manquer d’investisseurs, mais aussi d’être limité par la disponibilité de capacités de calcul : elle aurait obtenu 16.000 unités de traitement graphique contre 300.000 promises. En outre tout cela repose sur STARGATE, dans lequel serait impliqué Oracle, un programme de construction de datacentres pharaonique. Or,

future data center expansion is based on two partners supporting CoreWeave and Oracle: Crusoe and Core Scientific, neither of which appear to have ever built an AI data center.