Bon conseil

Je n’ai pas suivi les conseils que l’on m’a donnés. Et je constate que j’ai eu tort. La cause est, au fond, évidente : je n’avais aucune expérience. En revanche, cela a fait de moi une « pierre qui roule » qui a exploré énormément de recoins qu’elle n’aurait pas dû connaître.

En fait, j’ai été de mon temps. La « pensée 68 » voulait que l’homme fasse ce qu’il voulait. C’est comme cela qu’il fallait épouser la personne que l’on aimait. D’où une vague de divorces sans précédent. Et beaucoup d’enfants malheureux.

Victoire de la « pensée simplifiante », dirait Edgar Morin ? Incapacité d’embrasser la complexité du monde ? Ce qui, au fond, est le travail de la « raison » ? Mais aussi, paradoxale vertu de l’irrationalité ? Ruse de la complexité ?

Le mieux que l’on puisse espérer est une forme de « prudence » à la Grecque ? Contrôler l’amplitude du changement, en évitant les extrêmes, idéologies et autres révolutions ? Mais, pour le reste, il faut apprendre à utiliser habilement l’aléa ? Comme le joueur de cartes avec sa « main » ?

Balzac

Un cauchemar, la vie de Balzac ? Sa correspondance est épuisante. Il se lamente. Il doit écrire jour et nuit. Et tout cela pour couvrir ses dettes. Et la littérature ne rapporte rien. Il voudrait être une vedette de théâtre. Mais il ne connaît que des échecs.

C’était un homme d’affaire dramatique. Il croyait au père Noël. Et à chaque fois, il perdait. Il finit par mettre la main sur une héritière. Mais, dès qu’il a de l’argent, il le gaspille en investissements idiots. Heureusement pour elle qu’il est mort peu de temps après leur mariage ?

En tous cas, cela nous a valu une énorme quantité de romans. Romans que, malheureusement, je n’ai jamais appréciés. Pour les raisons mêmes qui sont à l’origine de ses dettes ?

France éternelle

Le maréchal de Saxe assiège une ville. Il envoie une lettre fort civile à son gouverneur.

Il lui explique que ce dernier ferait mieux de se rendre rapidement, car le soldat français est indiscipliné et incontrôlable, et il trouve toujours des moyens d’entrer dans une ville. Il serait bien d’éviter les fâcheux incidents qui ont eu lieu déjà à deux reprises.

Le gouverneur s’est rendu sans faire de manières.

Ce qui m’a le plus surpris est que j’ai employé, un jour, le même type d’argument. Le hasard et quelque obscure manoeuvre interne m’avaient donné la direction commerciale d’un cabinet de contrôle technique, en plus du poste pour lequel j’avais été embauché. Un de mes confrères est venu me voir et m’a proposé de s’entendre, de façon à ce que les directeurs d’agence de ma société cessent de lui prendre ses clients. Je lui ai répondu que j’avais le même souci que lui. Que l’attitude agressive de ces directeurs posait à ma société un problème de rentabilité, grave. Que le mieux que l’on pouvait faire était de ne pas attirer leur attention sur ses clients. Car je ne maîtrisais rien.

Une autre lettre, du maréchal de Saxe à Frédéric II, révèle que le maréchal était honnête et pensait, effectivement, que le Français était indiscipliné et incontrôlable. Ce qui était aussi mon cas. Mais, si on sait en tirer parti, on peut en faire de très bonnes choses : prendre une ville ou augmenter la rentabilité d’une entreprise…

France dissolue

Soyons de notre temps, pour une fois ? Que penser de ce qui s’annonce comme une nouvelle dissolution ?

M.Bayrou est tombé dans le même piège que M.Macron ? Il a joué la « politique du pire ». Il a fait un pari. Le pari que le parti socialiste, en particulier, fasse preuve de « responsabilité ».

Curieusement, on en est revenu à ce que de Gaulle considérait comme le cancer de la France. Ce qui en avait fait une nation minable, au bord de la poubelle de l’histoire. Il pensait avoir résolu le problème.

D’où vient le mal ? Probablement de la culture française. Elle permet d’être irresponsable en toute bonne conscience. Nous avons des principes, des absolus, des utopies, nous croyons à la révolution. Il suffit de tout détruire pour créer un régime qui n’a jamais existé nulle part. Cela tombe sous le sens.

L’antidote. Prendre conscience que le système dans lequel nous sommes nous est consubstantiel. Comme l’air. Comme l’eau pour le poisson. Tellement consubstantiel que nous en avons oublié les bénéfices. Il est possible de l’améliorer, il a même beaucoup de plasticité (c’est ce que disent les travaux sur le changement), mais vouloir le casser est suicidaire. Qui sème la révolution récolte la terreur.

De Gaulle et la résistance

50 ans après. Rediffusion d’émissions célébrant la libération de Paris. Des témoins sont là. (La plupart sont devenus généraux, entre-temps, avant de consacrer leur retraite à publier leurs mémoires.) Une question se pose à eux : pourquoi de Gaulle s’est-il comporté aussi mal avec les résistants, à cette occasion ? Avec les communistes, on peut le comprendre, et encore, mais avec les modérés ?

Il se révèle qu’il était timide, et même extrêmement attachant, mais qu’il pouvait être blessant et grossier lorsqu’il estimait que des intérêts supérieurs étaient en jeu. C’est ainsi qu’il lui arrivait de traiter Anglais et Américains.

Il se révèle aussi qu’il aurait voulu que Leclerc, donc l’armée, signe seul l’acte de reddition du gouvernement allemand de Paris.

Peut-être avait-il peur que le « système » de la 3ème République (au sens systémique du terme) ne le prenne dans ses rets, et empêche le changement qu’il désirait ? Il n’est pas loin de dire cela dans ses mémoires.

Charles Dullin

Pour Charles Dullin, et quelques autres, le théâtre fut une passion. A tous les sens du terme.

Il aurait pu partir à Hollywood, il a choisi de diriger un petit théâtre, une vie de misère et les poursuites d’huissiers.

En l’écoutant dans Tchekhov, j’ai pensé à Spinoza. Spinoza faisait des passions le mal absolu. Alors que l’art n’est que passion.

Parce que, dans toute son irrationalité, la passion à tout de même quelque-chose à nous révéler ? Quelque-chose d’essentiel et mystérieux ? que les mots et la raison ne savent pas exprimer ? « On ne voit bien qu’avec le coeur » dit Saint Exupéry ?

(Toujours France culture : Prestige du théâtre, rediffusion d’une émission de 1969.)

Monde éclaté

Curieuse réflexion de Guy Béart : notre société ressemble à la figure éclatée d’un tableau de Picasso. (Une émission de 1970.)

Effectivement, je constate une sorte de dislocation que symbolise Trump. Après un après guerre qui se voulait rationnel, le monde est aux mains d’un dirigeant qui, même s’il semble avoir une ligne, se comporte comme un sale gosse.

Retour du refoulé ? Après guerre, les Américains ont cherché à étendre leur influence, civilisatrice, au reste du monde. Mais leur culture s’est elle-même disloquée. Le cadre qu’avait fixé Roosevelt aux instincts animaux qui caractérisaient les USA depuis ses débuts, et qui étaient à l’origine de la crise de 29 et de la guerre, sont revenus, triomphants.

Ou phase Yang violente après une phase Yin excessive ?

Michel Simon

Michel Simon semble avoir été une de ces personnalités originales qui, sans effort, ont trouvé leur place dans une société qui semblait devoir les rejeter, voire les excommunier. (Les chemins du jour, 1956, rediffusion de France culture.)

Au moment de l’émission, il vit avec des animaux, qu’il trouve plus intelligents que les humains.

Une fois de plus, ce qui me frappe est la pureté de sa langue. Il est surprenant que quelqu’un qui n’a quasiment pas fréquenté l’école s’exprime infiniment mieux que ce que notre école produit de mieux.

Ximénès Doudan

Ximénès Doudan, secrétaire du duc de Broglie, homme politique important, fut un épistolier distingué, ai-je découvert en lisant un extrait de sa correspondance.

Si bien que j’ai cherché à me renseigner à son sujet. J’ai découvert qu’il avait été une sorte d’épouvantail pour Proust, car il représentait l’esprit brillant qui, n’arrêtant pas de se cultiver, ne produit aucune oeuvre. Ce qui a bien failli arriver à Proust.

D’après Wikipedia, il aurait dit : « Il y a longtemps que je pense que celui qui n’aurait que des idées claires serait assurément un sot », ce qui aurait été cité par Pasteur. Voilà qui devrait faire trembler bien des esprits d’élite ?

(Il avait prévu la guerre de 70. En réunissant les Etats allemands, Napoléon a créé une nation qui n’allait faire qu’une bouchée de la France.)

Pompier Rousseau

La vie du douanier Rousseau, par ceux qui l’ont connu (Bonjour Monsieur Rousseau, une émission de 1950, rediffusée par France culture.)

Un retraité miséreux, à l’esprit d’enfant, mauvais musicien et peintre amateur, lancé par des Bobos (Apollinaire, en particulier), qui aiment à s’encanailler et dont il est le bouffon ? Et qui ont fait main basse sur ses toiles, à sa mort ?

Curieusement, il ne voulait pas peindre ce qu’il a peint. Sa main ne lui obéissait pas. Son idéal était pompier.