Titanic

La politique est un tel chaos que je ne la suis pas. J’ai pourtant appris, hier, que notre premier ministre avait démissionné.

Bruno Lemaire en aurait été la raison. Ce qui m’a amené à une curieuse idée.

Et si ce qui était en cause était une ligne que suit avec acharnement M.Macron. Il veut faire de nous une start up nation, à l’image de l’Amérique ?

Le déficit viendrait-il de là ? Il y a eu le « quoi qu’il en coûte », qui a injecté beaucoup d’argent dans l’économie et plombé bien des PME. Il y aurait aussi un financement du programme d’intelligence artificielle de 109md. Confronté à l’hostilité de la population, M.Macron a augmenté les retraites, et le déficit. Mais cette mesure électoraliste ne lui a pas fait gagner les élections européennes. Devant maintenant régler la question du dit déficit, il a cherché à retrouver une majorité, de façon à pouvoir prendre des décisions impopulaires qui épargnent son programme. D’où dissolution. Il jouait sur la peur du chaos. Raté. Et aujourdhui ?Bruno Lemaire était, me dit-on, son choix…

Théorie du complot ?

Mais M. Lemaire est parti et le premier ministre fait une mission de management par intérim. M.Macron laisse planer la possibilité d’une nouvelle dissolution en espérant que la menace, cette fois, fera un miracle ?

We’re frankly loath to write anything about the French government, lest it change before you even have a chance to read it. 

() “France is too big to fail,” said one diplomat from an EU country. “So this endless political instability puts the entire eurozone at risk.” 

Politico.eu, ce matin

(Remarque : l’autre jour, je lisais que notre premier ministre annonçait renoncer à l’usage de l’article 49 3 de la constitution. Il présentait cette décision comme un geste de bonne volonté à l’endroit de l’opposition.

Contre mauvaise fortune bon coeur ? me suis-je demandé. Car invoquer l’article en question est la garantie de se faire renverser. Il est inutilisable. Il ne servait qu’à rappeler à l’ordre une majorité absolue ?)

André Tardieu

Je ne connaissais pas André Tardieu. Il fut un homme politique important avant guerre.

Major de Normale sup, il lui préfère la diplomatie. C’est un esprit brillant et méprisant. Comme tout gosse de riche, il rêve de faire une politique de gauche, mais, comme il n’y a pas de place à gauche, il va à droite. Au pouvoir, il amorce ce qui sera le programme du front populaire.

Il voulait faire une politique de prospérité, mais il est frappé par les conséquences (retardées en France) de la crise de 29. Il se retire de la politique. Constatant le chaos qu’est la troisième République, il écrit une oeuvre qui aurait inspiré de Gaulle.

(D’après une émission de 1958.)

Gauche droite

Aux USA, Trump semble faire régner la terreur. Curieusement, la gauche, qui jusque-là faisait l’opinion, est soudainement inaudible. La « cancel culture » a brutalement changé de camp.

Etrange phénomène. C’est la « dialectique » de Hegel à l’oeuvre. Mais ce n’est qu’un constat, qui a une explication ? Comment se fait-il que ce qui devrait être le propre de la démocratie, le débat, soit impossible ? Qu’une opinion en remplace une autre ?

En France, la gauche a conservé son influence sur les médias, mais, dans les faits, plus personne ne croit à ses projets. Coeur à gauche, portefeuille à droite ? Eternelle hypocrisie française ?

André Chastel

Découverte d’un illustre historien de l’art.

Il me semble avoir cherché, par une recherche rigoureuse, à comprendre les facteurs qui influencent l’art à une période et un endroit donnés. Par exemple, l’esprit d’une cité, qui peut-être, par exemple, platonicien au aristotélicien. Comme souvent le hasard joue aussi un rôle immense.

Voilà une démarche intellectuelle pour laquelle j’ai de la sympathie.

(Le bon plaisir – André Chastel.)

Banalité du mal

Global banking climate alliance folds four years after launch
‘Net zero’ financial sector group votes to cease operations after losing members under political pressure

Trump’s attacks cast a chill on what Wall Street says

Economists and investors say there are scattered signs of self-censorship

Financial Times du 3 octobre

Curieux comme les fortunes peuvent changer du jour au lendemain.

Un mécanisme qui illustre la Banalité du mal d’Hannah Arendt ? Il suffit de quelques signaux pour que chacun se cache ? Ce qui n’est pas une très bonne affaire pour ceux qui sont à l’origine des dits signaux ?

Technique de conduite du changement pas très durable ?

Génération critique

France Culture me fait découvrir des gens dont je connaissais peu les travaux. Du coup, je cherche les émissions qu’elle leur a consacré. Et j’observe une différence entre les nouvelles et les anciennes.

Dans les anciennes, l’animateur semblait connaître parfaitement l’oeuvre du sujet de l’émission, à tel point que l’on avait l’impression d’une conversation entre égaux. Je suis impressionné. Ce n’est plus le cas. L’oeuvre est étudiée par des experts invités. Et ceux-ci paraissent la ramener à bien peu. La personne fut-elle une féministe ? Un infect colonialiste ?

Comment un universitaire obscur peut-il s’arroger le droit de juger (de condamner) l’oeuvre de toute une vie ?

Notre changement

Montceau les Mines est une zone sinistrée s’il en fut. Un jour, un dirigeant d’une petite entreprise a eu une idée : elle avait un savoir-faire « d’engins de mobilité ». Effectivement, les mines transportaient le charbon dans des chariots sur des voies ferrées. Il crée un cluster. Aujourd’hui, c’est le lieu où s’invente le ferroviaire de demain. Il s’étend à Saint Pierre des Corps, et on vient l’étudier de l’étranger. Sans même parler de nouvelle mobilité, la rénovation des voies de la SNCF, seule, représente un marché de 30md€.

Cet exemple pourrait bien annoncer notre avenir. Les nouvelles aspirations de la population ou les nouvelles technologies amènent tout ce qui constitue notre société, mobilité, chauffage, etc., à se transformer. Ce processus de transformation est le « moteur » de l’activité humaine et de l’économie de demain.

Au cours des décennies, parfois des siècles, nos territoires ont accumulé les savoir-faire qui, aujourd’hui, sont nécessaires à la réalisation de cette nouvelle phase de notre histoire. Il devrait être le coeur de l’économie de demain.

Souverainisme

China curbs use of Nokia and Ericsson in telecoms networks

Financial Times, 2 octobre

Les économistes nous disent d’investir dans le numérique, le « new space »… Mais est-ce un argument économique ?

Les nations se livrent une guerre dans ces secteurs : pas question de trouver de marché en dehors de chez soi. Et si, pour la financer, il fallait chercher d’autres sources de revenus ? Produire des denrées et des services que ses ennemis acceptent d’acheter ?

Technofascisme

Jean Tirole, Nobel d’économie, déclare : « l’Europe investit encore massivement dans l’automobile, tandis que les États-Unis concentrent leurs efforts sur l’intelligence artificielle, la biotechnologie, l’espace. »

Nous donner les USA en exemple voilà qui est inattendu ! Toute la gesticulation du président Trump tient à ce qu’ils sont dans une situation désespérée. Or, il y a consensus entre lui et M.Biden : pour sauver le pays il faut rapatrier sur son sol l’économie productive.

Surtout, c’est une négation inattendue du principe même de l’économie de marché, pourtant mère de l’économiste. Si toutes les nations produisent la même chose, qu’auront-elles à échanger ?

En outre, si l’on examine de près ces « secteurs d’avenir », on y découvre un extraordinaire relent spéculatif, des externalités catastrophiques pour l’environnement, et des questions d’éthique terrifiantes. C’est de la science sans conscience. C’est ce que l’on nomme aux USA « technofascisme » : le primat de la technique sur toute autre considération.

Cette pensée est symptomatique de celle de nos gouvernants successifs et de leurs conseillers, les économistes. Implicitement, elle considère que l’homme est tout juste bon à être une bête de somme, le temps que la machine, qu’il construit, le remplace.

Comment de telles dérives peuvent-elles se produire ?

Spiritualisme

M.Trump est le rêve de l’intellectuel devenu réalité. En effet, ce dernier dénonce la main invisible de la raison s’abattant sur la société. Or M.Trump, c’est l’arbitraire au pouvoir. D’ailleurs, les nouveaux hommes forts qui dominent notre monde sont des hommes de foi. Ils croient, avant tout, à leur étoile et à la dernière idée qui leur a percuté le crâne.

Qu’est-ce que la raison ? peut-on se demander. C’est le contraire de la foi. Paradoxalement, c’est donc le doute. Que sais-je ? dit Montaigne. Voilà qui est inattendu. Car, le doute n’est-ce pas la négation de l’action ?

La caractéristique de l’homme est de chercher des lois à tout ce qu’il rencontre, en particulier aux phénomènes naturels ou aux comportements de ses semblables. (Il paraît que cela se voit dès l’enfance : quand l’enfant joue, il invente des règles.) Ces lois ont eu un certain succès, c’est la science actuelle. Mais elles sont aussi un échec : dès qu’on veut en faire des absolus, on rencontre l’absurde. Et si la raison était cette démarche de recherche permanente de « raisons », sachant qu’elles ne seront jamais satisfaisantes ? Et si c’était la démarche, et pas son résultat, qui comptait ?