Etes vous crédule ?

Un test et vous saurez si vous êtes facilement manipulable : ici.

L’article qui l’accompagne donne un exemple de « pensée positive » : soit vous êtes jeune, soit vous avez du discernement.

Pour ma part, je ne suis ni l’un ni l’autre, et je me méfie des protocoles scientifiques. Et ce pour plusieurs raisons :

  • On dit que plus une nouvelle nous brosse dans le sens du poil, plus nous tendons à la croire. Ce résultat a-t-il été pris en compte dans l’étude ?
  • Surtout, ce n’est pas tant la nouvelle que l’on peut juger que sa source. Si une nouvelle vient de telle ou telle personne ou organisation, je tends à penser qu’elle est juste… Je ne suis pas capable de juger une nouvelle sans connaître son origine.

France libérale

La 3ème République avait conçu tout un programme pour le pays, avec son éducation pour tous, sa laïcité, etc. Elle l’avait fait adopter par les urnes. Puis la 5ème République, probablement prolongeant les réformes de Vichy, a installé une République technocratique et platonicienne. Une fois de plus il y avait probablement consensus, selon les grandes idées de Max Weber : le progrès exigeait une technocratie éclairée.

Il s’en est suivi, cette fois-ci sans vote, à la Gramsci, le démontage de tout ce qui avait précédé. Aujourd’hui, l’héritage a disparu. Le libéralisme a vaincu. L’Etat gaullien n’est plus.

Seulement, le miracle ne s’est pas produit. Pour que le libéralisme vive, il faut l’initiative individuelle. Or l’individu français attend, toujours, tout de l’Etat !

Nous sommes devant le fait accompli. Il faut faire réussir le libéralisme ! Comment amener l’individu à adopter le comportement que les Lumières pensaient devoir lui être naturel ?

A quoi cela tient-il ? A prendre conscience d’une erreur de raisonnement. Le libéralisme n’est pas le fait du sur-homme, premier de cordée, comme le croient notre président et les siens. Il est une question de « milieu ». Il faut relire Abraham Maslow : pour que l’individu « réalise son potentiel », il a besoin de conditions favorables. (De même qu’une graine ne peut donner un séquoia si elle n’est pas enterrée au bon endroit.)

Le libéralisme, ce n’est pas zéro société, c’est beaucoup plus de société ! Mais une autre forme de société que celle de la hiérarchie technocratique. C’est une société en réseau, dense.

Les innocents ?

Christine Ockrent, dans son émission Affaires étrangères, parle souvent de « l’innocence » de l’Union Européenne. Dernièrement, il en était question au sujet de l’espionnage chinois. L’Europe commence à soupçonner que la Chine ne lui veut pas du bien.

Un livre que cite ce blog parle « d’oligarchie des incapables« , un billet, vu sur linkedin, se faisait l’écho du titre d’un hebdomadaire : « les sous-doués en col roulé ». Dès que le phénomène « bobo » a été identifié, à la fin des années 90, l’idéalisme un peu ridicule de cette nouvelle classe dirigeante a été remarqué. Ridicules, mais pas méchants ?

Seulement, les réformes de ces « innocents » ont fait beaucoup de dommages. En particulier, en France, elles ont démantelé les instances de la 3ème et de la 5ème République. Sans suffrage universel. Territoires et banlieues « désertifiées », inégalités béantes, reproduction des « élites »… N’est-ce pas pour cela que la colère gronde un peu partout ?

Surtout, la question que l’on pourrait se poser est : furent-ils aussi désintéressés qu’on le dit ? Car leurs théories apparemment fumeuses étaient avant tout un moyen extrêmement efficace de réserver les meilleures places à ceux qui les partageaient. Leur technique était redoutable : la pensée, commençant par la doute, était, par nature, exclue.

Et comment voyaient-ils le peuple, justement ? « Deplorable », comme Madame Clinton ? Quel sort lui réservait-il ? Qu’il s’adapte ou qu’il crève ? (Comme n’était pas loin de le dire une démocrate entendue une veille d’élection.)

Et si ces « innocents » avaient réinventé la lutte des classes ?

(L’héritage qu’ils nous laissent est qu’il n’y a plus d’espace de discussion. Ils ont préparé l’arrivée triomphale de ceux qu’ils honnissent ?)

Dr Pozzi

Par John Singer Sargent — https://hammer.ucla.edu/collections/armand-hammer-collection/ image, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7793160

Julian Barnes, fameux francophile anglais, m’a fait découvrir le Dr Pozzi, dans une émission de la BBC.

Le Dr Pozzi avait tout pour être un personnage de Proust. D’ailleurs, il l’avait soigné et était un collègue de son père. C’est un homme des lumières, un scientifique, un grand hygiéniste, comme le Dr Proust. C’est même l’inventeur de la gynécologie moderne. C’est aussi un grand intellectuel, partisan de Dreyfus, un patriote, un homme politique, un très bel homme grand séducteur, et un esthète. Comme le Dr Proust, il doit sa fortune à sa femme. Et, comme lui, il fréquente la plus haute aristocratie. Et, comme le monde de Proust, il disparaît en 1918, assassiné par un fâcheux.

Le temps de Proust fut-il le chant du cygne d’une élite culturelle et intellectuelle ?

(Quant à Julian Barnes, il se désolait que l’Angleterre du Brexit se soit repliée sur elle-même et qu’elle ait tourné le dos à un passé où un Dr Pozzi, qui parlait couramment anglais, et ses semblables étaient partout chez eux en Europe.)

Blog

Chaque année, je me demande ce que j’ai appris de ce blog. Dernières observations :

Il est possible qu’il s’appauvrisse. Pour « gagner en productivité », je m’intéresse de moins en moins à ce qui se passe autour de moi.

Il illustre aussi un phénomène qui est inconcevable pour tout esprit libéral. L’influence de son environnement sur l’individu. L’individu est fait par son milieu !

En effet, depuis que j’ai changé de plate-forme de blog, j’écris moins. Et, comme j’ai une moindre obligation morale d’écrire, je pense moins ! Car c’est la contrainte qui, en grande partie, fait la pensée. Pas l’inverse. Sans contrainte, l’esprit ne pense pas. Je me révolte, donc je pense ?

Et la pensée procède d’une manière étrange. En analysant une question j’en arrive à comprendre que j’avais totalement tort, jusque-là. Ce qui produit un « passage à l’opposé ». Au fond, cela ressemble à ce que Hegel nomme « dialectique ».

Ce qui est effrayant, quand y songe un rien. A quel point nous serions changés, si nous faisions un peu plus cet exercice ?

Que j’écrive moins vient de ce que la nouvelle plate-forme, d’une part, est moins facile à utiliser que la précédente, et, d’autre part, que je ne vois pas le nombre de billets que j’ai produits, nombre qui, jusque-là me contraignait à attendre, ou dépasser, un seuil fixé par l’usage. La vie tient à peu de choses.

Majorité silencieuse ?

Alors que la « préférence nationale » va faire son entrée dans le droit français, l’autre grande victoire culturelle des droites extrêmes est la conversion de tout le camp conservateur à l’hostilité vis-à-vis des politiques environnementales, estime Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

Le Monde de lundi

Curieux phénomène effectivement. Curieux changement, plutôt.

Qui l’eut dit ? La presse que je lis et j’entends n’a jamais fait la moindre mention à un quelconque doute de la population concernant ces sujets. Et voici qu’on le découvre, soudainement, majoritaire, et que le gouvernement y semble sensible.

Une faille de la « méthode Gramsci » : le lavage de cerveau donne le contraire de ses intentions ?

Progrès amnésique

Un ami me disait qu’un mur antique s’était effondré à la suite d’une réparation. Le « ciment » de l’époque avait des vertus qui n’étaient pas celles des matériaux modernes, et que l’on avait oubliées. (Par exemple, celles de pouvoir soutenir des tremblements de terre.)

Ce type de nouvelle est fréquent. On découvre, de temps à autres, que notre science n’est pas systématiquement supérieure à ce qu’elle a remplacé.

En fait, elle semble avoir une particularité : un complexe de supériorité. Elle croit pouvoir s’affranchir du passé.

La différence entre les anciens et les modernes est peut-être l’équation. L’illusion que tout peut tenir dans une formule (magique ?). J’ai l’impression que jusque-là le savoir était empirique. Il s’accumulait, et se transmettait, par une forme de compagnonnage, ou peut-être même par des réseaux sociaux professionnels.

Faudrait-il réconcilier les anciens et les modernes ?

(Je me souviens, par exemple, d’avoir lu des articles sur la construction de cathédrales, qui disaient que les constructeurs européens s’informaient les uns les autres de leurs expériences. Ils faisaient profiter immédiatement leurs travaux en cours des constats de leurs collègues.)

Désert français

Pourquoi la France est-elle dans un tel état ? Pourquoi ses entreprises se haïssent-elles ? (Ce qui en est la cause.)

Difficile de répondre. On peut faire deux hypothèses :

  • C’est en grande partie culturel. Comme le disait un précédent billet (la fièvre hexagonale), notre pays est naturellement inflammable. La guerre de religion est endémique.
  • Cela tient à un changement. Depuis un demi siècle nos gouvernants se sont convertis au libéralisme. Libéralisme est un mot au sens confus. Ce qui est certain est qu’il remonte aux Lumières. Et à l’urgence absolue de libérer l’homme que l’on a ressentie alors. C’est une croyance selon laquelle la société n’existe pas. Ils ont donc démonté ce qui permettait à la société d’être une société. Le plus étrange est que l’on croit que Margaret Thatcher est morte et enterrée, et que ses idées ont été ridiculisées. En fait, il n’en est rien. Les dites idées, et leurs conséquences constatées immédiatement, pourtant, ont poursuivi leur chemin en Europe.

La combinaison des deux semble avoir fait ce que les Anglo-saxons nomment une « tempête parfaite ». La France entrepreneuriale, c’est Hiroshima après la bombe.

Menace artificielle

L’année prochaine plus de deux milliards de personnes vont être concernées par des élections. L’intelligence artificielle, manipulée par quelques esprits mauvais, pourrait leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici ce que j’ai entendu dire aux information du matin de la BBC, il y a quelques jours.

Ordinaires conséquences imprévues du progrès ?

La personne qui tenait ces propos pensait que nous allions en arriver à ne plus rien croire. Je me demande, si, au contraire, ce ne pourrait pas être des circonstances favorables à une renaissance de l’esprit scientifique. Descartes et quelques autres ne disent-ils pas qu’il commence par le doute absolu ?

Prochain livre

Cette année, j’ai écrit un livre. Mon sixième livre. Je l’ai fait pour le compte de l’association des interpreneurs. Résultat de 5 ans de travail, 230 interviews, et plus d’une trentaine d’accompagnements d’entreprises. Tout de même.

C’est une enquête. Une histoire criminelle. Comment se fait-il qu’avec une telle créativité, nos entrepreneurs ne fassent pas notre richesse ? On interroge les témoins. Le livre n’est que témoignages.

Comme souvent, la réponse est évidente. Il suffit de comparer ce qui se fait ailleurs et notre situation. Cela tient en des verbatim de quelques lignes. Les étrangers ont compris qu’ils avaient intérêt à « chasser en meute ». Le Français est un loup pour le Français. C’est dramatique. Comment voulez-vous faire quoi que ce soit avec un tel handicap ?

Encore, une entreprise établie parvient plus ou moins à résister à la toxicité ambiante. Mais réfléchissez un instant à ce qui arrive à l’innovation. Elle est tuée dans l’oeuf !

A contempler une telle bêtise, les bras vous en tombent.