Colonies

Quand j’étais jeune, je cherchais à améliorer mon anglais. J’ai pris l’habitude d’acheter des hebdomadaires écrits en anglais. J’ai découvert que ce qu’ils avaient d’intéressant n’était pas la langue, que je ne comprends toujours pas, mais la perspective qu’ils ouvraient sur le monde. Comme Louis XVIII, j’ai pris l’habitude de considérer la France d’Angleterre. Maintenant, j’écoute la BBC. Ce qu’il faisait peut-être.

Voilà qui s’explique par l’immensité des colonies anglaises et par le succès de la culture britannique ?

Curieux, on peste contre le colonialisme, alors qu’il a vaincu.

Les Ibériques, d’ailleurs, illustrent ce phénomène. Ils font, discrètement, beaucoup de business en Amérique latine, et dans certains pays d’Afrique. Au fond, de Gaulle avait vu juste. Une fois de plus.

L’exception est la France. Ses anciennes colonies la haïssent. A commencer par l’Angleterre.

Il serait intéressant d’enquêter sur cet étrange phénomène.

Après 9 juin

L’Europe de l’après 9 juin est donc placée face à son destin. Elle a le choix entre rester un peuple hédoniste de consommateurs béats s’abrutissant devant Netflix ou Tiktok, se déplaçant en vélos ou en voitures électriques chinoises. Ou de se retrousser les manches pour redevenir une Europe de la production ce qui nécessitera plus que des moyens financiers et budgétaires, une vision, du leadership et la remise en cause des dogmes du passé.

disait Philippe Mabille, de la Tribune, dimanche matin

Pour le moment, l’Europe est le dindon de la farce, certes. Elle a besoin de trouver une « anxiété de survie » partagée. Et, surtout, un cap. Une vision. Mais, par définition, une vision, ce n’est pas faire ce que font les autres ! Combler un retard par rapport à telle ou telle mode, ce n’est pas une vision. Et ce n’est même pas conforme avec l’orthodoxie de l’économie, qui ne parle que d’échange. Or, on n’échange avec l’autre que ce qu’il ne produit pas.

Un professeur d’entrepreneuriat du MIT, rencontré il y a longtemps, disait que seulement 3% de la création d’entreprises du MIT provenaient de la recherche et des dernières technologies. Tout le reste consistait à faire d’une nouvelle façon ce que l’on faisait depuis la nuit des temps. Et si, au lieu d’absorber les dernières modes spéculatives, l’on se demandait si nous n’avons pas un « potentiel ignoré » ?

Débarquement

Angleterre offusquée. M.Sunak, qui est en campagne électorale, s’est extrait des commémorations du débarquement pour revenir en Angleterre enregistrer une interview. Quel manque de tact. Et les héros anglais ? M.Sunak s’excuse.

Anciens combattants, élections… Participer à des événements symboliques, parmi les grands de ce monde, ne compte plus pour l’homme politique moderne ? Et si l’électeur recherchait, au contraire, une « vision », un peu de hauteur de vue ?

Glucksmann

L’autre jour, je consultais la fiche wikipedia d’André Glucksmann, philosophe et champion de 68.

Un autre monde. Des parents, qui luttent pour les soviétiques, la guerre, des zigzags au travers de l’Europe, des études brillantes toutefois, mais très militantes.

Ensuite, c’est 68. Mais que les théories du moment étaient compliquées ! Qu’elles semblent incompréhensibles aujourd’hui.

Puis le « sinistrisme ». La dérive de l’homme de gauche vers la droite, à mesure qu’il devient une célébrité.

Notre pensée n’est qu’une rationalisation (complexe et trompeuse) de nos intérêts ?

Race des élus

Tristes élections européennes.

D’un côté, il y a les mécontents. De l’autre quelques-uns qui essaient de nous intéresser à l’Europe.

En dépit de ses efforts, notre président n’y est pas parvenu. Et, comme d’habitude, il est représenté par un candidat fort peu charismatique. Si bien que c’est le parti socialiste qui semble devoir tirer les marrons européens du feu. (Difficile, je trouve, d’apercevoir une différence entre leurs programmes électoraux.)

Le régime présidentiel français est un « one man show ». Il exige du grand spectacle ?

ADN et justice

DNA, crime and controversy (Archive on 4), une nouvelle émission de la BBC concernant l’ADN et le crime.

Où l’on apprend que la technique d’analyse de l’ADN a été inventée en Angleterre. Elle a permis d’obtenir des résultats frappants. Par exemple, on a retrouvé l’ADN d’un coupable sous une couche de peinture !

Mais ce n’est pas une panacée. Car, si l’on est allé gratter sous la peinture, c’est que l’enquête initiale avait été mal faite : on tend à ne chercher que l’ADN des gens que l’on connaît. Et aussi, on sème notre ADN partout. Donc elle est susceptible de se retrouver sur le lieu d’un crime… Pire : la police croyant avoir, avec l’ADN, l’arme absolue, ne recherche rien d’autre…

Il était dit qu’il y avait probablement dix fois plus de condamnés à tort que ce dont on entend parler.

C’était une idée qui m’est venue en écoutant toutes ces passionnantes émissions sur la justice. Pour se sortir de prison, il faut de sacrés avocats. D’ailleurs, en observant ce qui se passe aux USA, on en vient à penser qu’avec les bons avocats, on trouve toujours une faille dans la loi. Il semble évident que la justice condamne le pauvre innocent et acquitte le riche coupable.

Grande illusion ?

The unseen dangers of lead contamination in the UK
As floods intensify, the threat of the toxic metal seeping into the food chain is as big a problem as sewage in rivers or air pollution.

Financial Times du 6 juin

Tout le battage que l’on fait pour le réchauffement climatique, et ses illusoires solutions, ne nous fait-il pas oublier la nature réelle du monde qui nous entoure ?

Machine learning

Il y a déjà pas mal de temps, j’ai découvert le mot « machine learning ». Il remplaçait l’ancienne « analyse de données ».

J’ai cru que c’était une invention de quelque marketeux.

J’ai probablement eu tort, comme d’habitude.

Je soupçonne maintenant que l’on entendait réellement que la machine était capable d’apprendre. C’était une hypothèse fondamentale. On a cru qu’elle était juste. La transformation du monde est partie de là. Désormais la machine peut apprendre : l’homme est devenu inutile. Machinocène. D’ailleurs, plus besoin d’étudier les mathématiques de l’analyse de données. L’ordinateur n’en aura pas besoin.

Et si l’on s’était plutôt demandé : la machine est-elle capable d’apprendre ? Que la réponse ait-été oui, ou non, cela aurait été instructif. Seulement, c’est vrai, cela aurait rapporté beaucoup moins d’argent.

Superman

Would you like an extra thumb?
Cambridge researchers have designed and tested a third thumb – a controllable, prosthetic extra digit – on members of the public, who had little trouble in learning how to use it to pick up and manipulate objects.

Article

La même lettre d’information dit :

Sensors made from ‘electronic spider silk’ can be printed directly on human skin
Researchers have developed sensors that can be directly printed onto a wide range of biological surfaces, whether that’s a finger or a flower petal. This low-waste and low-emission method for augmenting living structures could be used in a range of fields, from healthcare and virtual reality, to electronic textiles and environmental monitoring.

Article

Homme « augmenté » ? Bonheur augmenté ? La particularité de l’homme, en tant qu’espèce, semble d’être de s’acharner sur lui-même. Constatation de la systémique : un petit avantage à court terme produit un gros désagrément à long terme, que l’on compense en s’entêtant dans l’erreur… L’erreur est un formidable moteur du changement. C’est peut-être ce qui a fait de l’homme un explorateur. L’erreur est humaine, avais-je l’habitude de dire.

La participation de De Gaulle

Je me demandais ce que de Gaulle entendait par « participation ». J’ai enquêté. (Article.)

Il semble que j’ai vu juste. De Gaulle était un homme de gauche. Il voulait faire renaître le socialisme qualifié d’utopique par Marx. Le socialisme de Proudhon.

Pour tuer la lutte des classes, le cancer de la nation, il faut rendre le salarié propriétaire de l’entreprise. Pour cela, il a trouvé la théorie d’un polytechnicien, Marcel Loichot, le « pan capitalisme ». (Par ailleurs, Marcel Loichot est un dirigeant de la SEMA, une de nos premières grandes SSII.) Je ne comprends pas très bien les subtilités du mécanisme envisagé, mais toujours est-il qu’il donne à l’employé une « participation » dans l’entreprise, et, petit à petit, celle-ci grossit, jusqu’à ce que la participation combinée des « salariés » devienne majoritaire.

Ce qui n’a rien d’utopique. Cela consiste simplement à ce que le fondateur d’une entreprise, au lieu de chercher des salariés, cherche des « associés ». Des égaux et pas des inférieurs. C’est plus ou moins ce qui se passe dans le conseil ou dans l’expertise comptable. Le meilleur exemple que je connaisse de ce dispositif est le groupe Saretec, un des 3 ou 4 principaux groupes d’expertise auprès des assurances. Quasiment tous ses employés possèdent des actions de l’entreprise, et sa vie est réellement démocratique, avec un conseil d’administration puissant qui fait et défait ses dirigeants.

Plus curieusement, peut-être, de Gaulle cherchait à appliquer ce dispositif à toute la nation. Je n’ai pas saisi, une fois encore, comment il comptait s’y prendre. En tous cas, cela semble passer par la régionalisation. C’est à lui, d’ailleurs, que l’on doit nos régions. Avant lui, on avait hérité des départements de la Révolution, dont l’objet était d’uniformiser le pays. Voulait-il dynamiter l’Etat jacobin ?

Le Général se résolut à ce que la grande réforme proposée lors de la consultation ait trait à la régionalisation et à la refonte du Sénat, introduisant ainsi un projet de participation
institutionnelle. Les logiques commandant cette participation institutionnelle et la
participation d’entreprise étaient similaires : dans les deux cas, il s’agissait de favoriser les
initiatives venant de la base et de libérer les citoyens d’une autorité trop exclusive et trop
centralisée.

« Donnez-leur une cathédrale à construire ensemble, et ils s’aimeront », disait Saint-Exupéry.