J’ai entendu la BBC dire que M.Trump déclarait, il y a quelque temps, que les démocrates n’étaient pas démocratiques, et que, lui président, il n’y aurait pas eu de guerre en Israël et en Ukraine.
J’ai pensé : bêtises ordinaires.
Le hasard a fait que j’en ai entendu un peu plus. Il se moquait des démocrates qui ont remplacé leur candidat désigné, d’un claquement de doigts, sans suivre les règles usuelles, qui consistent à demander leur avis aux membres du parti. Quant à Israël, il reprochait aux démocrates d’avoir laissé la bride sur le cou à l’Iran, qui nourrit un terrorisme anti occidental : Houthis, Hezbollah, Hamas. Je n’ai rien entendu sur l’Ukraine.
Contrairement, à ce que je croyais, un peu vite, sa pensée est plus construite que ce que l’on dit. Et la presse que je lis ou la radio que j’écoute tendent à manipuler l’information, en la sélectionnant…
Ce qui me met en face de mes responsabilités : mon esprit est paresseux.
La température du globe augmente, c’est la faute du réchauffement climatique. Voilà ce que j’entends, sans arrêt. Ce sont des sommités scientifiques qui l’affirment.
Tout le monde a l’air d’accord, et pourtant cela semble bizarre. Pourquoi ?
Je pense que cela tient, à ce que, nulle part ailleurs, le scientifique est aussi sûr de soi. La physique, par exemple, n’est que questions. C’est d’ailleurs ce qui la rend passionnante. La physique quantique est derrière quasiment tout notre progrès moderne, et pourtant Einstein n’y croyait pas. Et, pour le reste, il n’est question que d’énergie et de matière noires, dont on n’a aucune idée. Et que dire du comportement des plasmas ? D’ailleurs, plus on part dans la complexité du vivant, plus on s’interroge, moins on affirme. Plus l’ordre et rapidement suivi du contre-ordre. Le médicament de ses effets indésirables.
Et si nous avions appris à nous méfier des certitudes ?
Un ami me parle d’un « deepfake », attentat d’Elon Musk contre Kamala Harris.
Je cherche la vidéo avec Google. Je ne trouve que des pages et des pages de commentaires indignés, dénonçant les méfaits de l’intelligence artificielle.
Je dois aller demander la vidéo au compte Twitter d’Elon. (Je comprends maintenant pourquoi il faut appartenir à des réseaux occultes pour avoirs accès à certaines informations !)
Et alors ? Rien de moins nouveau ! Ce n’est même pas de la trempe des guignols de l’info ou des imitateurs de ma jeunesse. Quant à la critique, elle est bien gentille si on la compare à ce que le Canard enchaîné ou Charlie Hebdo réservaient à leurs adversaires, ou ce que l’on s’est jeté à la tête depuis des siècles, quand on est un homme politique…
Qu’est-ce qui a changé, alors ? Peut-être l’opinion que l’on a dans les milieux de la pensée de l’intelligence des foules ? Il suffit qu’elles entendent la voix de Kamala Harris pour qu’elles croient que c’est Kamal Harris qui s’exprime ?
(Je me souviens d’un imitateur de F. Mitterrand disant, en substance : Mendès-France et moi sommes les héritiers de Léon Blum : Mendès a eu le talent et moi le chapeau. La vidéo en question ne dit pas grand chose d’autre.)
J’entendais que, pour répondre au dernier attentat du Hezbollah, Israël avait choisi de tuer un de ses leaders, en Iran, au sein même d’un quartier de haut sécurité. Message : je peux abattre qui je veux, où je veux.
Israël et ses adversaires suivent ce que disent les cours de négociation : « dent pour dent ». Mais, ce qui compte n’est pas l’acte, mais sa signification.
Cela rappelle ce que dit ce blog depuis au moins le covid : nous traversons des temps où un rien peut mettre le feu aux poudres. Et la dissolution de M.Macron en est un exemple. A tel point que M.Trump apparaît désormais effroyablement conventionnel.
Peut-être, d’ailleurs, y a-t-il quelque-chose de naturel dans cette situation : notre société semble évoluer par cycles, et la fin d’un cycle doit exiger une destruction qui permette une recréation. Avec, bien sûr, le danger qu’elle ne soit pas pacifique.
Ce type d’événement nous montre aussi la vacuité de la parole. Une partie de nos intellectuels dénonce Israël, d’autres expliquent les dangers fatals de sa politique. Mais Israël la poursuit, comme M.Poutine poursuit sa guerre. D’ailleurs, je me demande, si j’ai bien compris ce que l’on dit d’Israël, si ce n’est pas dans sa nature : ses fondateurs pensaient que leur Etat devrait sa survie à une guerre permanente.
Héraclite avait-il raison ? Le propre de la vie est d’être un combat ? Une leçon que nous avions oubliée ?
Il y a quelques temps, M.Trump a été condamné dans une affaire impliquant une vedette du cinéma porno. Ensuite, on apprenait que, du fait d’une décision de la Cour suprême, certaines preuves qui avaient servi à l’inculper n’étaient peut-être plus utilisables. Par conséquent, sa condamnation pourrait être annulée.
Etonnant combat de géants. C’est parce que M.Trump a nommé des juges suprêmes qui lui sont favorables que le jugement a changé. Pour autant, en cela il n’a fait qu’appliquer les règles du jeu de la politique américaine : M.Obama avait, lui aussi, voulu modifier la composition de la Cour suprême, mais n’y était pas parvenu. (Ce qui est surprenant lorsque l’on y réfléchit un rien : M.Obama n’est-il pas un phénix d’intelligence, et M.Trump de bêtise ?)
Mais surtout, cela pose la question de la vérité. L’affaire Trump, comme beaucoup d’autres, montre que la vérité n’est pas une valeur absolue pour notre société – contrairement à ce qu’affirmait le Socrate de Platon. Un témoin peut vous avoir vu assassiner votre conjoint, mais s’il n’avait pas le droit d’être là, on ne pourra que conclure au suicide…
Donc ? La loi ne s’impose pas naturellement à l’homme, par son évidence. Elle le fait tant qu’elle semble « juste », c’est-à-dire pas trop loin de la vérité. Si l’on veut éviter la révolution, il faut réfléchir, avant de les décréter, aux conséquences des lois, mais aussi peut-être armer les chercheurs de vérité pour qu’ils puissent éviter sans trop de difficultés les obstacles qui s’opposent à leur travail ?
Elliott says Nvidia is in a ‘bubble’ and AI is ‘overhyped’ Hedge fund tells clients many supposed applications of the technology are ‘never going to actually work’
Financial Times du 2 juillet
Ce qui m’intéresse dans la question de l’intelligence artificielle c’est de faire la chronique de ce qui me semble l’histoire d’une bulle spéculative. Je crois constater que, petit à petit, s’immisce le doute. On ne voit pas beaucoup de résultats concrets dit le FT. L’investisseur semble aussi vouloir se rassurer. Par exemple, à chaque fois que j’entends la BBC commenter les résultats meilleurs que prévu de Meta, il est aussitôt affirmé que c’est la démonstration de l’efficacité de l’IA…
Indice de fin de bulle ? La valeur des actions des fournisseurs de matériel, les grands gagnants de l’IA, fait du yoyo.
Mais il y a aussi de l’inertie : les « scientifiques » continuent à publier des travaux montrant que, pour des questions insignifiantes, l’IA fait bien mieux que l’homme. L’IA continue à permettre de capter des financements. Du moins, on n’a pas encore trouvé son remplaçant ?
AI versus cancer ‘Game changing’ technology that can predict how patients will respond to cancer treatment before they receive it is part of a wave of Cambridge research harnessing the power of artificial intelligence in the fight against the disease. The new tool means that vital time can be saved and treatments introduced sooner.
Un jeune homme de 17 ans assassine trois petites filles lors d’une fête, en Angleterre.
Il est issu de l’immigration.
L’incident suscite des manifestations violentes. On casse et on brûle. On soupçonne la main de l’extrême droite.
Curieuse façon de traiter l’événement, me suis-je dit. Comment la BBC l’aurait-elle commenté si l’assassin avait été un natif, et ses victimes des immigrés ? Aurait-elle dénoncé les « casseurs » ou aurait-elle parlé d’une colère légitime ?
Et pourquoi ne s’intéresse-t-elle pas aux raisons qui poussent un jeune homme à détruire sa vie ? Et si les conditions d’existence qui sont offertes aux immigrés méritaient un examen ?
J’en suis arrivé à me poser bien des questions sur la poésie. Ce livre peut-il y répondre ?
Surprise, pour commencer. Je l’ai lu d’une traite. Ce qui doit être la première fois que cela m’arrive. C’est un étonnant grand écart entre la culture la plus exigeante et la langue la plus accessible. Il a l’élégance d’être à la fois extraordinairement savant, et de tout expliquer simplement, et discrètement, si bien que je n’ai pas eu l’impression d’être inculte. J’apprécie aussi le choix des poèmes : pour une fois, je les comprenais !
Pour le reste, c’est à la fois un ouvrage très sérieux, qui examine son sujet sous tous ses angles, et une réflexion (inquiète ?) sur le sens et l’avenir de l’art du poème.
Ce que j’en retire :
J’ai toujours été mal à l’aise avec les « enjambements ». J’ai compris qu’une grande partie de l’art du poème est dans le dit enjambement, dans le « e » non muet, dans la diérèse, et dans la diction, d’une manière générale. (Ce qui fut une révélation.) Et que je passerai probablement toujours à côté de cet art, car il s’apprend, comme la langue, par la pratique, et à haute voix, et non dans les livres.
Au fond, le poème, comme l’art, est un moyen d’exprimer ce qui ne peut l’être par le langage ordinaire, qui est extraordinairement limité. Comme pour les « figures de style », en transgressant les règles, on fait émerger un sens qu’elles « tuaient ».
La « technique » joue un rôle probablement essentiel. Elle contraint le poète à l’humilité, sans laquelle on ne peut rien atteindre de profond. (« L’artiste » moderne est un pantin qui a coupé ses fils ?) Mais, à l’envers, il y a le danger de l’hermétisme (cf. un commentaire du Cimetière marin, qui dévoile que des termes apparemment ordinaires doivent être pris dans leur sens latin ou grec). Le poète est prisonnier de sa culture et de ses codes, c’est l’art pour l’art, dans un autre sens que celui qu’avaient en tête les inventeurs de la formule. (Ce que Paul Watzlawick appelait un « jeu sans fin » ?) Le bateau s’est peut-être affranchi de ses « haleurs », mais, il ne sera jamais autre chose que ce qu’ils ont voulu qu’il soit : un bateau.
La mission du poème est d’atteindre à l’universel, est il dit. Il n’appartient pas au poète. Mais il me semble, au moins dans sa version moderne, être devenu une arme de combat. Les fleurs du mal, sont, par exemple, le manifeste du « bourgeois bohème » aussi bien du 19ème que du 21ème siècle. On en revient peut-être à l’importance de la technique et de l’humilité ? Ronsard et Villon étaient des hommes avant d’être des artistes ?
Finalement, j’ai appris que notre langue avait produit une poésie unique (« La mélodie du français est très subtile, c’est le produit rare et délicieux d’une terre avare, le fruit d’une très patiente et très savante culture« ). Or, notre monde « post moderne », et sa culture matérialiste de masse, lui a été fatal. Peut-elle renaître ? Lorsque je regarde ce que produisent les USA, exemple type de ce que nous sommes devenus, j’ai peu d’espoir. Mais, il y a peut-être des miracles : après tout, on a bien été capables de ressusciter les Grecs. Peut-être que, dans deux mille ans, un esprit éclairé découvrira ce livre ?
L’Education nationale a été qualifiée de « fabrique du crétin ». Les Ecoles de production seraient-elles la « fabrique de l’homme bien » ?
Un moment, les Ecoles de production semblaient avoir pour mission de donner un métier à l’un des 100.000 « décrocheurs » de l’Education nationale. Or, à la surprise générale, on a constaté que non seulement ce que la société considérait comme futur gibier de potence devenait un « professionnel », mais aussi quelqu’un de passionné, de digne, connaissant sa place dans la société.
La devise des Ecoles de production est « faire pour apprendre ». La raison du miracle ? La science sans conscience corromprait-elle ?
(« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » Proudhon.)
Un conservateur du British museum a volé une quantité de pièces anciennes (des milliers ?). Il les revendait à bas prix sur eBay. Apparemment, sa culpabilité ne pourrait pas être établie, car les pièces n’étaient pas recensées.
Peut-être s’est-il dit qu’il fallait libérer ces objets des caves du musée ? Qu’ils méritaient d’être admirés ? D’ailleurs, ils semblent avoir été produits en grande quantité par les Romains et les Grecs, était-ce une telle rareté, qu’ils méritent d’être ainsi conservés ?
A moins que le musée soit là pour que les archéologues de demain puissent y faire des recherches dont on n’a aucune idée ?