Qu’est devenue la femme fatale ? Je relis un recueil de traductions de polars américains des années 50, et je me demande en quoi un roman reflète une société.
Qui a déjà rencontré une femme fatale ? N’est-elle pas un fantasme ? Un fantasme d’une époque coincée ? La contrepartie de l’idéal de fidélité conjugale d’après guerre ? Le fantasme évite de passer à l’acte ?
Mais, aussi, le polar est un « genre ». Un genre est une invention de la société. Peut-être part-il d’un besoin. Mais, très vite, il l’enferme dans des rites. Le consommateur ne veut pas être surpris. Le créateur devient un tâcheron.
Pour autant, le « genre » peut aussi avoir une influence sur la société. Car celui qui en respecte les règles peut lui faire dire beaucoup de choses, par exemple orienter le drame romantique vers le suicide. D’ailleurs, ce qui m’a fait renoncer au cinéma, c’est d’y distinguer aussi nettement les intentions, moralisatrices et manipulatrices, du réalisateur.
Innovateur, tâcheron, manipulateur ? L’art suivrait-il le cycle du changement selon Hegel : en soi, pour soi, en soi et pour soi ?