J’ai l’impression, avec d’autres, que la vie tend à faire de nous des machines. Du coup, tout devient banal. L’art nous fait redécouvrir le monde « comme si c’était la première fois ». Il nous ramène à la « réalité ». Ou à ce qui peut le mieux porter ce nom.
Quant à la contrainte, à la forme du poème classique par exemple, elle me semble un moyen de forcer l’esprit (de l’artiste) à se révolter, à secouer sa paresse, et donc à retrouver le monde tel qu’il est ou devrait être.
Une question qui se pose alors est : l’art peut-il renaître ? Ou la société va-t-elle nous décérébrer ?
Rien de neuf, bien sûr. Mais il me semble que le point de vue le plus intéressant sur la question est celui de Tocqueville, pas celui des philosophes patentés. Car il me paraît ne pas se contenter d’un constat, d’une théorie, de la raison pure, mais aborder la question sous un angle pratique, anthropologique, scientifique. Il attribue le mal à la « massification » de la société. Et, effectivement, depuis que tout le monde est intellectuel, il n’y a plus d’intellectuel. Les classes privilégiées se sont décrétées « élites ». Et le talent est noyé dans la masse, et n’a plus les moyens de vivre. L’Angleterre, qui a gardé une société de classes, prend bien mieux que nous soin de son talent. Ce qui permet même à un pauvre talentueux, de temps à autres, d’émerger.
Pour autant, il n’est sûrement pas une bonne chose pour la société que l’on ne réserve le droit de penser qu’à quelques-uns. Bref, le mystère est entier.
Un espoir ? La nature de l’homme n’est pas l’esclavage, peut-être trouvera-t-il un moyen nouveau de se tirer d’affaire ? Et l’art renaîtra ?
Considérations fumeuses ?