Point

Un point sur mon étude en cours de l’entreprise française.

C’est un rien « The heart of darkness ». Plus j’avance, plus je découvre, plus je m’enfonce. Cela aura-t-il un terme ?

Nos entreprises et start-up ne paient pas de mine. C’est déprimant ! Et pourtant, quel potentiel ! La Ferrari est aux mains d’un conducteur du dimanche ?

Notre tissu économique (à l’exception de nos multinationales) a une guerre de retard. Au lieu de s’entraider, les entrepreneurs se jalousent. Et quand il existe des « donneurs d’aide », leurs conseils sont dangereux ! (Conséquence de notre arriération collective : leur expérience n’est plus pertinente.)

Alors ? Peut-on laisser s’effondrer notre économie ? Oublions le délit de sale gueule et retissons des solidarités à partir des compétences avérées ?

George Sorel

Georges Sorel, penseur du 19ème siècle et du début du vingtième, sur le compte duquel les opinions sont partagées. Eternelle question : peut-on se faire une idée juste de ce que voulait dire telle ou telle personne ?

En tous cas, il semble avoir cru au « mythe », « moyen d’agir sur le présent ».

Ce qui est certainement juste. Après guerre, par exemple, nous avons connu le mythe du progrès et du changement technocratique. On avait enfin compris comment être sages. L’avenir serait nourri d’une succession de découvertes qui sans cesse transformeraient notre vie. Elle serait conquête de l’univers.

Georges Sorel voulait créer un mythe qui mettrait un terme à la stérilité de notre civilisation. (« antichiant », autrement dit.) Il n’y est pas parvenu. Peut-être y a-t-il des temps favorables à la création des mythes ? Ou faut-il du talent pour créer un mythe, le talent qu’eut Marx ?

En tous cas, les mythes semblent avoir une durée de péremption…

(Sources : Histoire de la pensée, tome 3, Jean-Louis Dumas.)

Au secours Winston ?

How will the UK government pay for much-needed infrastructure upgrades?
High energy bills and a troubled water sector trigger debate about which private finance schemes provide value for taxpayers

Financial Times du 13 octobre

L’Angleterre est dans le même état que la France. Elle se réveille avec la gueule de bois d’années de gloire. Plus rien n’y fonctionne et pourtant elle est criblée de dettes. Elle n’a pas les moyens des réparations dont a besoin en urgence le pays.

Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Pourtant la rhétorique de ses dirigeants fut magnifique. Comment, avec d’aussi indiscutables raisonnements, en arriver à une si pitoyable situation ?

Et si l’on se penchait sur notre passé ? Un peuple qui ignore son passé se condamne à le revivre, nous répète-t-on ces derniers temps. Décidément Winston Churchill avait le sens de la formule ! Faisons ce que nous disons ?

(Citation en VO : “Those that fail to learn from history are doomed to repeat it.” Winston Churchill.)

Accident d’avion

Boeing est une des vedettes de ce blog. Boeing est l’idéal-type des transformations subies par l’entreprise. Depuis ses origines, ce blog parle de ses aventures.

Dernier épisode. Après de multiples accidents touchant à la fois ses activités aéronautiques et spatiales, ses personnels sont en grève, et sa direction annonce qu’elle va licencier 10% de ses salariés. Cela rappelle les pratiques romaines : quand une armée se mutinait, on la « décimait », on tuait un soldat sur dix. En fait, dans ces conditions, les « bonnes pratiques » américaines veulent que l’on mette en faillite la société, pour pouvoir négocier en position de force avec les syndicats.

Un interviewé des informations de BBC 4, samedi matin, disait que, pour se sauver, Boeing aurait besoin d’un nouvel avion. Mais qu’il ne le voyait pas arriver avant dix ans.

Qui va profiter de la situation ?

En tous cas, il est curieux de voir que ce type de scandale ne provoque aucune interrogation sur ses causes, et sur l’esprit du temps qu’il l’a produit. Omerta ou appauvrissement de l’intelligence collective ?

Piège systémique

Au tournant du siècle dernier, l’église a été prise d’assaut par un courant dit « moderniste ».

Complot ? « l’entente se faisait d’elle-même par l’adoption des mêmes méthodes, sous l’action de principes directeurs analogues« (Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, tome 3).

L’homme croit penser, mais il est victime de tels effets « systémiques ». C’est pourquoi, je m’inquiète toujours lorsque je rencontre des gens qui pensent comme moi : ne serions-nous pas victimes de ce phénomène ?

Art et vie

L’autre jour j’entends parler de l’Oulipo. Création littéraire par la contrainte. Drôle d’idée, car le poème classique n’est que contrainte : quoi de neuf ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que l’Oulipo a bien pu donner à la France ? Pour moi il avait été sans lendemain. Il avait été créé par quelques fantaisistes à l’esprit mathématique. Il avait donné quelques blagues de potache. Fin. Mais j’ai appris qu’il s’était survécu. D’ailleurs, il a produit Les papous dans la tête de France culture, que j’ai longtemps écoutés. Un moment de calme, sans plus, mais c’est si rare aujourd’hui, que ça n’a pas de prix. (Ce qui lui a certainement valu d’être liquidé par France Culture.)

Pourquoi la poésie n’est-elle plus rien en France et existe-t-elle en Angleterre ? Je soupçonne que la différence tient à ce que l’art, dans les pays anglo-saxons, parle de la vie. Le poète parle de lui. Shakespeare parle des passions humaines. De bruit et de fureur. La France, en quelque sorte, a toujours fait de l’art pour l’art. Du noble, du grand sentiment, du décorum pour la galerie et l’histoire. L’abstraction a fini par vider l’art de sa substance, qui est humaine. L’Oulipo en est l’exemple.

Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?

Réalité de la fiction

Un proche disait, en substance, « je sais que ce n’est pas bien, mais je ne peux pas faire autrement ».

Je me demande si notre président ne ressent pas quelque chose de similaire.

Il y a quelques-temps, je lisais qu’il avait nommé Stéphane Séjourné, à la place de Thierry Breton, comme commissaire européen. Raison : la politique internationale est son « domaine réservé ».

Sa dissolution lui a explosé à la figure, il est considéré par tous comme un pantin, mais, voilà, il ne peut pas vivre s’il ne se donne pas en spectacle international ?

Il arrive un moment où l’homme s’évade des contingences quotidiennes pour devenir un personnage de tragédie ?

Nobel de la mode

La lettre d’information de l’Université de Cambridge annonce que trois anciens élèves viennent de recevoir le prix Nobel. Un en physique et deux en chimie, et tous pour des travaux liés à l’intelligence artificielle.

Au fait de leur gloire, Camus et Sartre ont reçu le prix Nobel. Obama a reçu le Nobel anti-Bush… ce qui me frappe à chaque fois que je regarde la raison d’un Nobel, c’est son « actualité ». Il semble que le Nobel récompense un engouement social. Hype ?

Hype

Le mot « hype » est entré, depuis quelques décennies, dans notre vocabulaire. Du moins dans celui d’un petit groupe de gens qui s’occupent de finance et de start-up. Je ne m’étais pas demandé d’où il venait. Eh bien ce serait de « hyperbole ».

Une émission de la BBC (Peak Hype, 2019) faisait remonter le phénomène à la guerre de 14 et à un neveu américain de Freud. Celui-ci avait été employé par le président Wilson pour convaincre les Américains qu’ils devaient entrer en guerre. Puis, après guerre, il prit conscience qu’il pourrait utiliser cette technique à des fins en quelque-sorte pacifiques. Un de ses premiers exploits aurait été d’amener les femmes à fumer. C’était un acte de libération.

Wikipedia dit : « Hype (derived from hyperbole) is promotion, especially promotion consisting of exaggerated claims. » Serait-ce ce qu’un temps on a appelé « propagande » ? Mais, du moins dans l’acception moderne, la technique consiste surtout à créer une « mode ». C’est l’usage de la communication pour créer chez l’homme un phénomène collectif d’enthousiasme irrationnel. Une technique de manipulation des esprits.

Si l’on en parle autant cela tient probablement à ce que c’est un art américain et que la culture américaine est actuellement dominante.