Bug

Lorsque l’on est un ancien « développeur », voici une nouvelle qui frappe : des milliers d’A320 sont victimes d’un « bug ».

Dans ma jeunesse, une loi de la nature était que la qualité d’un « code » se comptait en nombre de bugs par millier de lignes. Or, les systèmes modernes comptent des millions de lignes de code… Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’accidents ?

Dans ces temps, j’avais noté que, s’il y avait le bug « qui tuait instantanément », la plupart étaient vus comme un comportement du système par l’opérateur, qui le compensait. D’une manière générale, ce n’est pas le bug qui compte, mais le comportement d’ensemble. Et c’est par essai / erreur qu’on le met au point, avec, paradoxalement, beaucoup d’empirisme. Ce qui ne tue pas renforce.

Airline travellers face disruption after Airbus warns A320 jets need software fix

Financial Times du 29 novembre

Gay-Lussac

Il y eut un temps où la France fêtait ses grands hommes.

Gay-Lussac fut un des pionniers de la chimie moderne. En ces temps, cela signifiait risquer sa vie. Il est parti en ballon à plus de 7000m d’altitude, et a été victime de deux déflagrations dont il a failli ne pas réchapper…

Qui parle encore de Gay-Lussac ? Pourquoi ne célébrons-nous plus nos « grands hommes » ? Serions-nous devenus des héritiers à qui tout est dû ?

Jacques Revel

Je n’ai pas, du tout, aimé un livre auquel Jacques Revel avait participé. La pensée soixante-huitarde réinterprétait l’histoire. (Le coupable, en fait, était Michel de Certeau.) Ce souvenir m’a amené à écouter une émission qui lui était consacrée.

En quelque sorte, c’était « l’histoire de l’histoire ». Sa vie n’a été que remises en cause.

D’un dialogue entre initiés il est difficile de tirer des renseignements clairs. En tous cas, il me semble qu’il a été question d’histoire « quantitative », peut-être qui croyait à des lois d’airain. Puis du moment 68, qui avait quelque peu surestimé l’importance de l’événement. D’une heure de gloire de l’histoire, en particulier française, dont les livres étaient des best sellers (passionnants d’ailleurs, si j’en crois ce que j’ai lu). De la micro histoire – qui a peut-être remis en cause la loi d’airain ? Et de l’offensive récente des chercheurs indiens, qui ont des comptes à régler avec l’Occident.

En bref, la façon dont on fait de l’histoire est affectée par les idéologies de l’époque. Il serait utile de retracer l’histoire de ces courants (historiographie), ai-je pensé. En attendant, méfions nous (un peu) des historiens ?

Jules Supervielle

J’entends parler Jules Supervielle. Il me donne l’impression d’être un homme rassis.

Je jette un coup d’oeil à sa poésie : elle n’est que lamentation. Lamentation complaisante ? Il se plaint de n’avoir aucune prise sur la réalité.

On interroge sa famille sur son caractère : ce fils de banquier, qui semble avoir surtout aimé faire des voyages en bateau entre la France et l’Uruguay, aurait été un rien hypocondriaque.

Pourquoi fut-il apprécié ? Quel plaisir y a-t-il à lire lamentation après lamentation ? Esprit du temps ?

Cour pénale internationale

Je ne savais pas qu’un des buts de guerre des alliés était le règne de la justice. D’où le procès de Nüremberg et la cour de justice internationale.

En écoutant l’émission, j’ai pensé que si la justice internationale posait tant de problèmes et était sujette à autant de perversions, c’est que l’on avait oublié son origine.

En fait, ce qui compte n’est pas tant le jugement en lui-même que ce qu’il évite : la folie meurtrière.

Eternelle difficulté ? Nous héritons de vagues rites que nous ne comprenons pas ?

Emmanuel Krivine

Musicien malheureux ? Il était exceptionnellement doué pour le violon, mais ne voulait pas être violoniste. Un accident de voiture l’a heureusement forcé à abandonner cette carrière. Il se lamente de l’évolution de la musique qui n’est plus que performance, à l’image du sport. Certes il demeure des musiciens authentiques, pas, d’ailleurs, les stars usuelles, mais il se sent écrasé par leur talent !

Peut-être finalement a-t-il trouvé son bonheur dans une communauté de musiciens qui semble inspirée de quelque utopie du 19ème siècle ?

(France culture.)

Alberto Moravia

J’ai un souvenir lointain d’avoir lu des oeuvres d’Alberto Moravia. Je ne m’imaginais pas qu’il avait été un des géants de la littérature italienne. C’est ce que m’a fait découvrir une ancienne émission de radio.

En revanche, je n’ai pas compris en quoi il était un génie. Il s’est perdu dans la traduction ?

Comme dans mes souvenirs, son oeuvre semble être vaguement érotique. Peut-être le lecteur de l’époque y retrouvait-il ses aspirations ? C’était le temps de Brigitte Bardot. Juste avant 68 et sa libération. Après guerre : années érotiques ?

In quiétude

Quel mauvais coup nous prépare-t-il ? Avec le président Trump, il n’est plus possible de vivre paisiblement. M.Poutine lui ressemble, mais il n’a pas son pouvoir de nuisance.

Cela m’a rappelé une histoire : à une époque, on a voulu protéger les fusées de la pluie, en les mettant dans de grands hangars. Eh bien, dans le hangar, l’humidité s’est condensée… Nous avons tellement voulu nous protéger de l’aléa que nous l’avons créé à l’intérieur de nos murs ?

Une bonne chose ? M.Trump nous force à remettre en marche nos cerveaux ?

Gilles de Gouberville

Le sieur de Gouberville a vécu au 16ème siècle, et il a eu la bonne idée de laisser un journal, dont on a conservé une partie.

Il m’a fait penser à Montaigne. C’était un petit exploitant normand, apparemment bien éduqué, avec une passion pour la médecine, et qui semble avoir vécu, avec les siens, dans une certaine prospérité paisible. Isolé du reste du monde. Un temps tenté par la réforme, il a compris qu’elle n’aurait pas le dernier mot et qu’il était prudent de garder ses distances.

En France, pour vivre heureux, vivons caché ?

(France culture : Les inconnus de l’Histoire – Gilles de Gouberville (1ère diffusion : 15/01/1982))

Corsaire de bonne compagnie

Un certain Corbière, père du poète, s’était fait une spécialité du livre de corsaire. Il avait été lui-même corsaire pendant les guerres napoléoniennes. Il m’a rappelé un autre corsaire écrivain, de la même époque, cette fois anglais : Trelawny.

Ce que je trouve curieux dans ces deux cas est que les corsaires étaient des brutes, sans foi ni loi. En revanche, dès qu’ils se mettaient à écrire leurs aventures, les bons sentiments y coulent à flots. Ce qui me rend leur oeuvre illisible.

De la pression sociale ? De la dictature de la respectabilité ? Le libre arbitre serait-il une illusion ?