Garbage Joe

Hier, la BBC se demandait si Joe Biden, en traitant les électeurs de Donald Trump de « garbage », n’avait pas fait perdre les élections à Kamala Harris.

Tout le monde s’attend à ce que l’élection se joue à peu de choses. On parle des « indécis ». Mais vue la différence entre les deux candidats, on peut se demander où peut se jouer l’hésitation. Peut-être aller, ou non, voter.

Dans ces conditions, c’est le hasard qui va avoir le dernier mot. Et, compte-tenu des singularités des processus de vote américains, et des dispositifs associés, on peut imaginer que l’on va vivre une longue période de contestation de résultats. Heureusement qu’il se passe plusieurs mois entre l’élection et l’intronisation du président.

L’émission rappelait aussi que la situation n’avait rien d’exceptionnel. Ce qui est juste : sauf dans le cas d’Obama, les deux partis semblent faire quasi jeu égal depuis plusieurs décennies. Et, encore, lorsqu’un parti gagne la présidence, il perd le sénat, et de quoi gouverner.

Curieuse situation.

En fait, c’est ce que voulait Montesquieu. Lorsque le pouvoir est paralysé, il ne peut être tyrannique. Pour pouvoir décider, il faut consensus. (Ce qui s’est passé lors des attentats du 11 septembre.)

Changement

J’ai fort mal fait la promotion de mes travaux. J’aurais dû marteler quelques idées contre-intuitives et salvatrices. Je ne l’ai même pas fait dans mes cours. Honte.

Un constat fondamental est que nous faisons une erreur fatale. Et on ne la voit pas mieux qu’actuellement.

Elle consiste à constater que nos hommes politiques sont des bras cassés, et à en déduire qu’ils sont la cause de nos maux. Il en résulte qu’ils doivent être punis, ou, au minimum, qu’ils doivent remettre en ordre ce qu’ils ont démoli. Quant à moi ? Far niente. Confortable.

Erreur : ce n’est pas l’homme qui est fautif, c’est le système. Quand la France et l’Allemagne étaient en guerre, l’Allemand était un ennemi. Ensuite, il est devenu un ami.

Idem. On me rebat les oreilles de ce que les jeunes ne veulent pas travailler, ou de ce que, d’une manière générale, le Français est paresseux. Changez le système et le Français changera ! C’est ce que démontrent les Ecoles de production : elles recrutent des « décrocheurs » déprimés et en font des professionnels bien dans leur peau et dans leur société.

Banalité du mal ?

Hasards des rencontres. J’ai vécu, il y a quelques temps, une journée Gaza.

Cela a commencé avec des amis juifs, et s’est fini avec des amis libanais, dont les villages de montagne font l’objet de frappes israéliennes. Elles tueraient des familles venues de Beyrouth.

La guerre ne tolère pas la modération. Les uns s’étaient convertis à la colonisation, seul moyen de protéger Israël, les autres s’étaient convaincus qu’il faudrait éliminer Israël. Tous estimaient que l’Occident était leur ennemi. Pourquoi condamne-t-il Israël ? Pourquoi livre-t-il des armes à Israël ? D’ailleurs, pourquoi a-t-il exporté son antisémitisme au Moyen-orient, alors que l’on y vivait en bonne entente entre religions ?

La guerre semble une maladie sans coupable, ou plutôt à culpabilité collective. Tout le monde est plus ou moins responsable. Que font les pays des environs pour calmer le conflit ? Pourquoi l’Iran s’est-il engagé dans une guerre avec Israël ? L’Occident, depuis 1989, a pris les commandes du monde, et a fait énormément de bêtises. Mais les guerres finissent comme elles ont commencé. On ne sait pas comment. Souvent par un sursaut de sagesse collective que l’on n’attendait pas.

Banalité du mal ? Et si la raison dont rêvaient les Lumières était là : mettre un terme à la lâcheté qui produit des catastrophes ?

Aveugle justice

Talent anglais ? Spécialité culturelle ? Savons-nous faire les mêmes émissions en France ? La BBC produit des feuilletons concernant la justice. Ils sont passionnants. Cela s’appelle « true crime » et m’amène à m’interroger sur la justice et sa possibilité.

« Inside murder trial ». Drôle d’affaire. Une femme et un enfant disparaissent, pas de corps, sont-ils morts, ou ont-ils fait une fugue ? Un procès écossais jugé 46 ans après les faits. Faits que j’aurais pu connaître : il se trouve que j’étais en Ecosse quelques mois avant…

La série expliquait la marche de la justice. La partie civile cherche à accumuler le maximum de faits curieux, le rôle de la défense est de faire germer le doute dans l’esprit des jurés, car, dans le doute, on s’abstient. Et comment ne pas douter dans ce cas ? D’ailleurs, la mémoire humaine n’est pas du tout fiable.

Comme il semble que ce soit toujours le cas, un procès est une lutte des classes, entre l’intellectuel – avocat, et le policier – homme du peuple. Le policier enquête à l’intuition et au bon sens, ce qui lui fait faire une quantité d’impasses qui fournissent à l’esprit élevé des raisons de douter. Avec un bon avocat, le crime est parfait ?

Je m’apprêtais à douter. Et pourtant, étrangement, ce ne fut pas le cas. L’empilage de faits curieux me donnait une quasi certitude de la culpabilité de l’accusé, et de la complicité de son épouse. Et le jury m’a suivi. Ce faisant l’expédiant en prison pour le reste de ses jours, soit 5 mois.

Spinoza

En relisant mes notes sur Spinoza, je me demande s’il ne dit pas quelque-chose de simple.

Si le sort ne nous sourit pas, cela tient à ce que notre interprétation de la « réalité » est incorrecte. Il faut chercher à la corriger. Et ce qui brouille notre vision, ce sont nos « passions ». Une partie du travail consiste à les comprendre.

Tout le reste, Dieu ou la mathématique euclidienne qui représenterait le monde, est inutile. D’ailleurs, ce pourrait être une illustration de la théorie de Spinoza : il fut induit en erreur par ses « passions » ?

Grand ours malade

Les ours polaires se porteraient moins bien que par le passé. Le « changement climatique » est en cause. (Informations de la BBC du 24 octobre.)

Intéressante observation. Petit à petit est entré dans nos idées que le « changement climatique » était anormal et que nous en étions la cause. Autrement dit, l’homme a la capacité de stabiliser définitivement le climat ! La fin du changement, c’est maintenant !

Dommage qu’il ne soit pas arrivé plus tôt : nous croiserions encore des dinosaures !

Le penseur

Croyez-vous au réchauffement climatique ? Ce qui m’a frappé lorsque je suis sorti de mes études c’est à quel point notre monde était devenu un univers de certitudes. On était supposé « savoir ».

Mais qui a jamais su quoi que ce soit ? Tout au plus peut-on dire que nos grands hommes ont fait des contributions à notre pensée collective. Alors, à quoi pouvons-nous prétendre, nous, simples mortels ?

Tout ceci est peut-être une conséquence de ce que nous sommes devenus une nation de diplômés, d’intellectuels. Et l’intellectuel « sait ». Ce qu’il ne supporte pas, ce n’est pas tant la contradiction (combattre les ténèbres et le complot est la justification de son statut) que le doute ?

Inspirons-nous du penseur de Rodin ?

Nobel de la classe moyenne

Acemoglu invite les démocraties à cesser de s’appuyer sur un personnel politique déconnecté et sur une bureaucratie qui produit des technocrates sophistiqués mais enfermés dans des certitudes intangibles. Le changement qu’il appelle de ses vœux consiste à cesser de produire des politiques dont le but, souvent inavoué, est de servir les désirs des élites et des entreprises. Autrement dit, il s’agit de reconnaître que les citoyens ont de bonnes raisons de se sentir ignorés, voire méprisés.

Article

Nouvelles des derniers prix Nobel. Selon une de mes thèses, ils sont d’actualité. Et, curieusement, cette actualité semble être l’opinion de ce blog…

Là où il peut y avoir divergence, c’est sur la façon de mener le changement. Mais cela est une autre histoire.

Crimée, notre Munich ?

Je n’y avais pas pensé à l’époque. La Crimée fut-elle notre Munich ?

Il est probable que celui qui aurait prêté l’oreille aux discours de M.Poutine aurait compris ses intentions, et qu’en lui donnant le doigt, il prendrait le bras. J’ai toujours tort, une fois de plus.

Mais, dans ces conditions, M.Obama encore plus que moi, car c’était lui qui aurait pu changer le cours de l’histoire.

Enseignement : de l’utilité d’être « in quiet », et de prêter attention à l’autre ? Pour vivre heureux, ne vivons pas caché ?

(Une idée qui me vient de la BBC : How might the next US president affect the war in Ukraine, The inquiry, 24 octobre.)

Sens des mots

Sophisme, cynisme, scepticisme, utilitarisme, critique… Il est curieux comme certains mots changent de sens en leur inverse. Il en est de même « d’élite », qui est devenu un terme de mépris.

D’autres, comme stoïcisme ou épicurisme, s’en tirent un peu mieux. Dans leur cas, le sens a été affadi, en quelque-sorte neutralisé.

Phénomène d’ensemble : « sinistrisme », notre vocabulaire tend à être déformé de façon à nous encourager à la dépression ?

Quel enseignement en tirer ? Peut-être, comme le dit Thucydide, que les mots servent à nous manipuler. Et que l’on finit par s’en rendre compte. Ce qui leur fait perdre leur sens ? C’est comme cela que notre société devient « chiante » ?

Antidote ? Sous les pavés la plage, en revenir aux intentions initiales ?