Histoire de la pensée

Tome 3 de l’Histoire de la pensée, écrit par Jean-Louis Dumas. Il y a un quart de siècle, j’ai commandé le tome 1 de la série à Amazon, et ai reçu le tome 3, que j’ai conservé. Mais pas lu. Il porte sur la philosophie occidentale récente.

Je craignais que la lecture soit ardue, mais, au contraire, elle est agréable.

La question que me pose ce type d’ouvrage est : peut-on comprendre une « pensée » en quelques pages ? Danger d’être plus histoires que pensée ? Vie qu’oeuvre ?

Que retiens-je ? Que le penseur est de son temps. Plus il s’approche de nous, plus il me semble compréhensible. le livre ayant été écrit dans les années 90, il est particulièrement intéressé par la philosophie contemporaine. On apprend que Camus et Sartre, chacun à sa façon, ont répondu à une attente de la population de l’époque. Ce qui en fit des rock stars. Et que la pensée 68 fut une revendication sociale, plutôt qu’une pensée à proprement parler : « anti humanisme », « culte du désir et de son accomplissement immédiat ».

Le livre cite beaucoup de philosophes. La plupart inconnus de moi. Je me demande s’il n’y a pas deux types de penseurs : ceux qui construisent des « systèmes », qui inventent des concepts nouveaux, et ceux pour qui la philosophie est une excuse pour raconter leur vie, et leurs frustrations.

Anthony Blunt

Anthony Blunt fut un des espions de Staline recrutés à Cambridge. Il semble que, grâce à eux, Staline était mieux informé que Churchill. Trop bien ? Les Russes ne leur auraient pas fait confiance ! Leur grande efficacité était louche.

Mais Anthony Blunt n’a pas eu à fuir son pays. Il a avoué et on l’a laissé tranquille. L’Etat anglais n’avait pas besoin d’un espion de plus. Il a pu poursuivre une très distinguée carrière d’historien de l’art et de conservateur des tableaux de la reine, et être ennobli. Jusqu’à ce que Mme Thatcher le dénonce.

Traitement honteux ? se demandait une émission de la BBC (Archive on 4, Anthony Blunt : a question of retribution ?).

Apparemment, les jeunes générations éprouveraient de la sympathie pour Blunt. Trouvent-elles qu’il est excusable de trahir sa nation ? Ou même que l’Angleterre d’alors, qui n’est pas très différente de celle de maintenant, était condamnable, et justifiait que l’on serve le Goulag soviétique ?

Il me semble que l’on doit se demander à quoi sert la justice : à corriger tel ou tel individu ou à guider les sociétés ?

Sélection

Dans ma jeunesse, j’ai étudié le « control engineering », que l’on traduit en français par « automatique ». En fait le terme anglais est meilleur : il s’agit bien de contrôler, c’est à dire d’obtenir ce que l’on veut.

Dommage que cette idée ne soit pas entrée dans la pensée commune.

En effet, aujourd’hui, nous nous reposons sur des mécanismes de sélection qui ne donnent pas le résultat que l’on serait en droit d’attendre d’eux. L’exemple type est politique.

Le principe du contrôle est la « feedback loop », la boucle de rétroaction. Tout bêtement, il s’agit d’examiner ce que l’on a obtenu, et de se demander si cela nous convient. Si ce n’est pas le cas, on modifie le dispositif, jusqu’à être satisfait.

Bien sûr, cet exercice est plus facile à faire avec des machines qu’avec des hommes. Elles se prêtent à la modélisation, et à la transformée de Laplace, si mes souvenirs sont bons. Mais, tout de même…

Bluesky

J’ai abonné ce blog à Bluesky. Bluesky est un réseau social issu de Twitter. Il s’est détaché de lui depuis l’arrivée d’Elon Musk, si j’en crois wikipedia.

L’interface est exactement la même que celle de Twitter. Surprenant.

Ma raison ? Il n’était plus possible de diffuser automatiquement les billets de ce blog sur twitter. Ce que Bluesky permet. (A sa sortie, j’ai essayé le réseau social de Mark Zuckerberg, mais, à ma grande honte, je n’ai pas compris comment il marchait.)

Déjà beaucoup d’abonnés, et d’argent levé. La start up numérique est un produit de la culture américaine ?

Petit bateau

Hier, il était interdit de parler d’immigration, maintenant, il n’est plus question que de cela.

La BBC interviewait des candidats à l’immigration installés en France et attendant un « petit bateau » pour venir en Angleterre. Explication : on trouve du travail en Angleterre, mais pas en France et en Allemagne. Voilà qui semble expliquer simplement pourquoi l’on ne peut pas mettre un terme à cette immigration.

Au passage, l’émission remarquait que les élus de l’autre côté de la Manche étaient quasiment tous RN. Lien de cause à effet ?

Constitution

« La loi n’exprime la volonté générale que dans la limite de la constitution » (La constitution, de MM.Carcassonne et Guillaume.)

Jadis, le député était supposé être la voix du peuple, maintenant on vérifie que cette voix est conforme à la constitution.

Il me semble qu’il y a là un principe sain et général. Tout groupe humain tient ensemble par une « constitution » plus ou moins explicite. Ne pas la défendre est le mettre en danger. Bien sûr, de temps à autres, elle doit être adaptée. Ou, peut-être surtout relue, pour en retrouver le sens.

Escalade

3ème guerre mondiale ? La question de la semaine. Dans la guerre ukrainienne, chaque camp essaie de prendre l’avantage. Mais comment ne pas aller trop loin ?

Le premier qui « cligne des yeux » a perdu, dit-on en anglais. C’est un classique.

Au fond, ce qui se joue est un affrontement éternel. Sparte contre Athènes. D’un côté un régime dirigiste, déterminé mais pauvre, de l’autre, la démocratie, riche, pleine de vie, mais lâche et prédisposée à la lutte aveugle des intérêts. L’un cherche Munich, l’autre le « containment ». Car elle sait qu’elle n’a pas intérêt à perdre M.Poutine.

Ce qui est à la fois un atout pour lui et hautement insultant.

(Si l’on en croit la rumeur, on se prépare à des négociations de paix, et chacun essaie d’être en position avantageuse.)

Moment Trump ?

Si l’on n’a pas de « moment Schröder », pourrait-on avoir un « moment Trump » ?

Comme il semblait déjà clair lors de son premier mandat, derrière ses provocations, se cache un raisonnement tout à fait logique : puisque ce que l’on a fait jusque là ne marche pas, il faut aller à l’opposé.

Ainsi, par exemple, lorsque l’on dit qu’il nie la science, ce n’est pas tout à fait juste. Car la science a été instrumentalisée ces derniers temps, pour faire passer en force des opinions non scientifiques, puisque la science n’affirme pas.

En tous cas, Aristote à probablement raison de dire que le contraire d’un mal est un autre mal. Seulement, au troisième coup, si l’on en croit Hegel, on peut taper juste. Trump, réincarnation de Marx ?

Pouvons-nous avoir un Trump français ? On n’en voit pas. Mais on pourrait ressentir un contre-coup de Trump. Cela peut nous tuer. Mais, il n’y a probablement qu’une menace extérieure qui puisse nous unir. A condition de ne pas repartir comme en 40.

De l’oligarchie à liberté, égalité, fraternité ? Il faudrait probablement que vienne « du terrain » une classe de gens d’action, qui remplace l’élite actuelle, perdue dans les nuages, et que la nation en revienne à un type de modèle d’intégration de tous ses citoyens, immigrés inclus, qui ressemble à celui de la 3ème République. (Modèle qui a eu cours jusqu’à récemment.)

Révolution

Anthropologie de La France Insoumise :

D’un côté des « gosses de riche » ayant mauvaise conscience, de l’autre des « victimaires ». Tous, exceptionnellement violents. Parti de la révolte, dirigé par un Trotskyste ?

Une société est faite de courants. C’est un système. S’en prendre à ses composants ne fait que le renforcer.

Une question se pose donc : LFI a-t-elle une utilité, ou est-elle le signe d’une « pathologie » collective ? (Aurait dit Durkheim.)

Moment Schröder ?

La France va-t-elle connaître un « moment Schröder » ? Une réforme qui change radicalement son modèle social ?

Mon interprétation. Tout commence par une erreur du chancelier Kohl. Pour honorer les Allemands de l’est, il décrète que leur mark vaut autant que celui de l’Ouest. Il en résulte un désastre. L’économie de l’Est est plombée par des coûts beaucoup trop élevés, et l’Ouest, qui doit le renflouer, chavire. Schröder, en bon socialiste, décide de faire payer le peuple. Il change un modèle social qui remontait à Bismarck. Ensuite, l’Allemagne adopte une stratégie de conquête commerciale et de compétitivité par les coûts. Elle vend à la Chine et achète le gaz russe, tout en délocalisant (massivement) ce qu’elle juge non essentiel, et en sous-investissant. Elle est favorisée par l’euro, dont la faiblesse ne reflète pas la force de son économie. (A l’envers, la force de l’euro torpille les économies de la zone euro.)

Peut-être n’y a-t-il qu’un Allemand pour accepter un tel traitement ?