Jean Rouch

Jean Rouch appartient à la génération des Cousteau, Tazieff, Paul-Emile Victor… Ces hommes d’après guerre, qui furent à la fois aventuriers et scientifiques. Aventuriers avant tout. La science n’étant peut-être qu’un prétexte à l’aventure.

Ingénieur, il était devenu anthropologue et réalisateur autodidacte de films.

Je l’ai découvert dans une émission que lui consacrait la radio publique en 1966. On y entendait un de ses films : la chasse au lion à l’arc. Un film interdit en Angleterre, pour cause de violence faite aux animaux. Une fascinante plongée dans un monde oublié.

(Il disait aussi qu’en son temps, on pouvait entrer au CNRS sans avoir le bac. Il me semble que cela tient au tout petit nombre de gens qui étaient instruits et au très haut niveau des études secondaires. Comme on apprenait beaucoup, prolonger ses études pouvait être une perte de temps, en particulier pour les écrivains de talent.)

Portefeuille

Dis-moi ce que tu as dans ton portefeuille… Sujet d’une ancienne émission de France Culture.

Les interviewés y avaient leurs souvenirs, des lettres, des photos, et aussi des notes. Pour ma part, je n’y ai rien que ce qui doit être dans un portefeuille.

Suis-je unique ? Ou n’avons nous plus de souvenirs ? Le souvenir n’est pas numérique ?…

Eternité

Paradoxe : on ne veut pas d’une vie éternelle, mais si l’on vous demandait si vous désirez une semaine de plus, vous répondriez oui. Voilà l’opinion d’un philosophe anglais de la BBC.

Sophisme qui m’a surpris. Car il ne prend pas en compte le suicide. En fait la réponse à la question du philosophe dépend de l’état dans lequel on est. Et fatalement, il arrive un jour où il n’est pas bon.

Depuis que je m’intéresse à ce que disent les gens admirés, je constate qu’ils ont bien peu de rigueur intellectuelle. Je soupçonne que lorsque l’on devient éminent, on se croit tout permis.

Jadis, cela ne se voyait pas, car fort peu de gens étaient en situation d’être des intellectuels ?

Gaia

Gaia aurait été inventé par un certain James Lovelock.

L’idée de Gaia est que la Terre est un être vivant capable, donc, d’auto-régulation. Cette capacité tient à la vie qu’elle contient, qui la modifie. En retour, elle contrôle la vie, afin de maintenir des conditions qui lui sont favorables (cf. le thermostat). Un concept qui s’inscrit dans la vague systémique (on disait aussi « cybernétique ») d’après guerre.

L’idée serait venue de l’étude de mars. Comment savoir s’il y avait de la vie sur mars ? En étudiant son atmosphère. Du constat qu’elle était inerte, il en a déduit qu’il n’y avait pas de vie.

Son biographe lui en voulait de ce que, sur la fin de sa vie, il avait été climatosceptique. Il soupçonnait qu’il avait été manipulé par Nigel Lawson, un homme politique britannique.

La théorie de celui-ci, d’ailleurs, n’était pas sans intérêt. Il pensait que l’effet de serre avait remplacé le communisme comme sujet de contestation de l’ordre social. Le vert était une nouvelle forme de rouge.

Domination du dollar

Le dollar est devenu dominant en plusieurs étapes. L’Europe s’est ruinée en 14. Les USA sont sortis vainqueur du conflit. Puis de celui de 40. Alors, ils avaient quasiment tout l’or du monde. Ils ont pu instaurer la convertibilité du dollar.

Puis Nixon, pour le dévaluer, y a renoncé.

Cette domination se poursuit, car il est pratique d’avoir une monnaie d’échange, et beaucoup de nations n’ont pas de monnaie stable. Aucun candidat sérieux ne pointe à l’horizon.

Voilà ce que je retiens d’une émission de la BBC.

A moins, me dis-je, que les instabilités monétaires se calment, que des zones d’échange s’installent et que des systèmes comme l’euro se mettent en place ? (De proche en proche, arriverait-on ainsi à une monnaie unique ? Et à des économies qui se tiennent par la barbichette ?)

Changement en Allemagne

Qui l’eut dit ? L’Allemagne, du jour au lendemain, renonce à son austérité financière et à quatre-vingts ans de dogme pacifiste.

Le changement n’est pas une question de parole et de conviction, mais de nature intime des sociétés, qui sont des êtres, et celle-ci se révèle dans les crises ?

German borrowing costs surged on Wednesday after chancellor-in-waiting Friedrich Merz agreed a historic deal with his probable coalition partners that would relax the country’s strict “debt brake” rules to fund investment in the military and infrastructure.

Deutsche Bank economists described the deal as “one of the most historic paradigm shifts in German postwar history”, adding that both the “speed at which this is happening and the magnitude of the prospective fiscal expansion is reminiscent of German reunification”.

Financial Times, 5 mars

Start-up et innovation

Dans son excellent livre, que j’ai commenté ici, Hervé Kabla fait une profonde remarque : pour réussir, l’entreprise ne doit pas être innovante ! La raison est évidente : amener un « marché » à « acheter » une innovation coûte très cher et demande beaucoup de temps.

Voilà qui n’est pas ce que l’on nous a raconté ! On nous a parlé « d’open innovation » : désormais ce ne sont plus les grandes entreprises qui innovent mais les start-up…

Quelques remarques :

  • Le rôle du capital-risque est devenu dominant. Mais que savent des spéculateurs des besoins réels du marché ? Si vous êtes un prix Nobel ou un cadre supérieur de Tesla ou d’Open AI, vous pourrez aisément trouver de l’argent pour votre dernière lubie…
  • Importance du « business developer » digne de ce nom : capable de vous aider à trouver rapidement le bon créneau, et de convaincre quelques clients.
  • Importance d’évoluer dans le bon « milieu » : pour chaque sujet, les compétences sont concentrées à des endroits bien particuliers : on y trouve les clients qui savent comprendre l’intérêt d’une innovation, et les concurrents qui définissent l’état de l’art à dépasser (cf. le milieu de la mode parisien d’il y a quelques décennies).

Bergson et Kant

D’après V.Jankélévitch, Bergson n’aimait pas Kant.

Le peu que je sais de tous les deux me les rend estimables, pourtant. Ils me semblent s’être intéressés à des questions différentes.

Je me demande, justement, si ce qu’ils se reprochent l’un à l’autre n’est pas d’avoir cru à l’absolu, d’avoir pensé avoir compris les secrets du monde, d’avoir empiété sur leurs terrains respectifs.

La philosophie n’est-elle que recettes ? D’ailleurs, même ses erreurs sont pleines d’enseignements ? (Mon point de vue vis-à-vis de Platon, dont je remplis les pages d’insultes !)

Le mal américain

Je pense probable que les USA soient victimes du « mal américain ».

Le mal américain a été inventé par Michel Crozier dans les années 80. C’est le constat qu’un monde fermé rend folle la culture américaine. En effet elle est par nature inefficace, elle a besoin d’énormes moyens, d’immenses espaces. Dès qu’il s’agit d’économie et de subtilité, d’effort collectif soigneusement organisé… elle déraille. (Ce qu’elle faisait avant la chute des Soviétiques.)

On pourrait d’ailleurs penser que le phénomène Trump Vance Musk est le baroud d’honneur de cette culture qui donne de la tête contre la nécessité du changement et le refuse.

Toutes les cultures semblent devoir rencontrer une limite et, après un moment d’hubris, se replier sur elles-mêmes. Aucune ne semble être parvenue à se réinventer.

(Bien entendu, comme ma prévision du repli sur soi de la Chine, cela ne dit rien du court terme : comme le montre M.Poutine, il n’y a rien de plus dangereux qu’une culture blessée.)

Psychologie du cycliste parisien

Le cycliste parisien aurait pour pratique habituelle de frapper la carrosserie des véhicules qui le gênent, disait l’émission de la BBC dont il était question plus haut.

Le cycliste ne serait-il qu’une personne qui veut se déplacer ou un Jihadiste ? me suis-je demandé.

Cela m’a rappelé une histoire qui m’est arrivée à l’époque où je vivais à Paris. Je traversais, seul, un passage clouté d’une rue déserte lorsqu’un cycliste s’est offusqué que je ne fasse pas attention à lui ! Je me demande maintenant si ce n’était pas un de ces redresseurs de torts. En fait, j’ai été tellement surpris du spectacle ridicule qu’il donnait, il était déguisé en vieille grenouille jaune, que j’ai passé mon chemin.

Plus curieux, la bicyclette n’a pas attiré que les redresseurs de tort, leurs ennemis se sont joints à eux. Faire de la bicyclette a quelque-chose de « macho ». C’est un signe extérieur de jeunesse éternelle. J’ai fait la même remarque sur le tatouage. Etrangeté du comportement humain.