Marx contre Proudhon

Marx et Proudhon, c’est l’éternel conflit entre l’intellectuel bourgeois et l’homme sorti du peuple ? C’est Sartre contre Camus ?

L’un veut tout casser, l’autre pense que la Révolution est pire que le mal et inutile.

L’intellectuel, fort de l’éducation qu’il a reçue (de Hegel, pour Marx), croit qu’il détient la vérité absolue, et juge le maladroit autodidacte comme un cancre, alors que celui-ci a une pensée qui passe très au dessus de la tête du premier (elle me semble avoir été systémique).

Mais, à la fin, c’est l’intellectuel bourgeois qui gagne. Après tout n’appartient-il pas à la classe dominante ?

Mal de la raison

Une nouvelle fois, j’avais tort. Je n’avais pas compris les subtilités de Platon. Dans Gorgias, il ferait une distinction entre la bonne et la mauvaise rhétorique. La première serait au service d’un savoir.

Exemple type, donné par Platon : le médecin. Le médecin sait mieux que nous, donc il n’a pas à se préoccuper de notre volonté. Idem pour le philosophe, qui possède la science du bien.

Première observation. Mais qu’est-ce que le bien ? Pour le médecin, c’est la durée de vie. Il l’allonge quoi qu’il en coûte. Il ne comprend pas ce qui n’est pas quantifiable. Pour lui la complexité n’existe pas. Il en est de même pour le philosophe, seulement, il n’a même pas une durée de vie à optimiser. Alors le bien est ce qu’il en a en tête à un instant donné.

Seconde observation. Ce phénomène ne s’est-il pas produit récemment ? Il y a, à nouveau, un indicateur à optimiser : la température du globe. Il y a « urgence », ce qui signifie que la démocratie est suspendue. Pour nous convaincre qu’il faut faire ce que l’on nous dit, on invoque des « experts », les médecins du climat. Et la rhétorique de l’influence est mise au service de cette cause, à la manière de Gramsci, qui pensait qu’il fallait raconter au peuple ce qu’il avait envie d’entendre, puisqu’il ne pouvait pas savoir ce qui était bien pour lui.

Pathologie de l’intellectuel ?

Dîner à l’Elysée

Dîner à l’Elysée. Exercice indigeste. Les meilleurs cuisiniers de France, jamais le même repas, les meilleurs aliments. Mais 55 minutes pour dîner. Si bien qu’on retire son assiette au dernier servi avant son premier coup de fourchette. D’ailleurs personne ne peut parler. Du moins dans les grandes réceptions.

Etrangement, Mitterrand n’était jamais satisfait, et Giscard d’Estaing trouvait toujours quelque chose à redire.

En tous, cas, si l’on accepte de se faire insulter par Trump, il y a des sujets pour lesquels la guerre ne nous effraie pas : lorsque les Iraniens ont refusé de voir des bouteilles de vin, on leur a refusé un dîner officiel.

Pierre Richard

J’ai appris avec surprise que Pierre Richard avait plus de 90 ans.

En l’écoutant, j’ai pensé qu’il était un « artiste », mais pas au sens « d’artiste », à celui d’une personne qui ne prend pas la vie au sérieux et vit d’expédients. Une sorte de bricoleur, qui a beaucoup de dons pratiques, comme tous les bricoleurs.

Je n’ai jamais aimé son personnage. Je trouvais qu’il avait quelque chose de gratuit. En fait, il ne jouait pas un rôle, mais faisait ce qu’il avait envie de faire. Sa chance a été que cela, un temps, ait plu au public.

Qui veut faire l’ange…

PINCH ME: Even for journalists immersed in the wild upheavals of our time, some moments still land with surreal force.

Ghost of war: One such occasion came this week when NATO chief Mark Rutte visited Berlin and essentially warned of World War III, telling an audience that Vladimir Putin’s Russia may be ready to attack the alliance within five years and that Europeans must be “prepared for the scale of war our grandparents or great-grandparents endured.”

‘Extreme losses’: Behind Rutte’s grave warning, there was a simple message: If Europeans don’t do more to help Ukraine stand up to Putin now, things will get much worse later. Or as Rutte put it: “Imagine it: a conflict reaching every home, every workplace, destruction, mass mobilization, millions displaced, widespread suffering and extreme losses.”

Politico Berlin, 12 décembre

Pourrions-nous connaître une guerre mondiale ? La Russie n’a pas la puissance de l’Allemagne de la précédente guerre, et la guerre qu’elle mène face à l’Ukraine n’a rien d’impressionnant. D’un autre côté, l’Europe fait l’unanimité contre elle : Russes, Américains, Chinois, reste du monde, ses anciennes colonies, la haïssent. (Au fond, écraser les faibles est une jouissance ?)

Et la logique russe a toujours été d’établir un cordon sanitaire entre elle et les démocraties. En toute logique, tant qu’elle n’aura pas conquis l’Europe, elle ne sera pas tranquille. Et elle sait l’Europe lâche. Il suffirait de raser quelques villes pour qu’elle fasse allégeance. N’est-ce pas déjà le spectacle que donne l’Europe vis-à-vis de Trump ?

Curieuse histoire, d’ailleurs. L’Europe était prospère et en paix. Elle a été prise en main par des gouvernements qui ont voulu faire encore mieux. Qui ont eu des idées « socialement avancées ». Qui ont proclamé notre culpabilité éternelle… Qui ont voulu être aimés. Et qu’ont-ils obtenus ?

Marc Augé

Marc Augé est un Persan : après des années d’anthropologie en Afrique, il jette sur notre société le regard de l’étranger.

Voilà ce dont nous avons besoin. Seulement, je n’ai pas très bien compris ce qu’il a vu. Sinon que nous ne serions pas dans une « post modernité », mais dans une « sur modernité ». Autrement dit, une caricature de la modernité. Internet, réseaux sociaux, etc. serions-nous victimes de nos créations, nous feraient-elles perdre notre âme ?

La France vue de l’espace

Avais-je raison ? M.Trump verrait l’Europe comme un prolongement du parti démocrate et voudrait la détruire. En revanche, ce que je n’avais pas vu est qu’il considérerait que la French philosophy, de Foucault et associés, aurait corrompu l’Amérique.

De même, il semblerait que la violence de la politique américaine donne une image erronée de la situation du pays : le citoyen y demeure égal à lui-même.

Un bug de la démocratie ?

Chaman

Devrions-nous suggérer à nos écologistes de devenir chamans ? Car, grâce au chaman, sa communauté peut tuer des animaux en toute bonne conscience.

Le chaman parle à l’esprit de la nature, qui, en échange, lui accorde son corps, les animaux. Ce n’est pas l’adresse qui fait le chasseur, mais l’amitié que la nature a pour lui : elle met le gibier sur le chemin de ses flèches. L’homme fait d’ailleurs partie de cette nature. Et, en échange, lui aussi donne son corps, comme tout le monde peut le constater : nos forces faiblissent avec l’âge.

Quant aux pratiques du chaman, elles s’adaptent aux conditions extérieures.

(Une série d’émissions consacrée à Roberte Hamayon, découverte à cette occasion.)

Progrès

On a oublié ce que signifiait « progrès » après guerre, me dis-je en écoutant les anciennes émissions de la radio, et en me rappelant de mon enfance.

On a oublié qu’il était banal de mourir de la tuberculose, alors. Et que des classes entières de la société vivaient dans une pauvreté abjecte qui faisait de la prostitution et du crime un fait social. On a oublié que les barres de béton furent un immense progrès pour beaucoup. On aussi oublié, l’ascenseur social qui a changé le sort de bien des gens.

Après la crise de folie de la guerre, elle même due à un après première guerre mondiale lors duquel les USA avaient abandonné l’Europe, et y avaient laissé s’établir une pauvreté abjecte, terreau de toutes les révolutions, auquel la crise de 29 et sa spéculation avaient mis le feu aux poudres, le monde était entre les mains des sages dont rêvait Platon, et de la science, en particulier de la « recherche opérationnelle », qui désormais fixait un cours rationnel à notre histoire. La sécurité sociale en était un premier effet. C’était une garantie anti populisme, nourri par la misère. La planification de l’économie, anti spéculation, un second.

Cet amour du progrès était aussi un amour de la technique, dont Elon Musk et ses amis de la Silicon Valley semblent orphelins. On pensait conquérir les étoiles, vivre parmi les robots et manger des cachets… Au fond, il y aurait un jour où la mort n’existerait plus. On entrevoyait le paradis ?

Source INED