André Comte-Sponville

André Comte-Sponville semble avoir pris le contre-pied de la « pensée 68 ». Il a procédé comme Montaigne : il s’est demandé comment vivre une existence d’honnête homme, et il a bâti ses réflexions sur ses constats et convictions. Et il les a alimentées des travaux des philosophes qui lui semblaient les plus utiles. Ils étaient, généralement, les plus anciens. Il en a déduit « sa » philosophie. (Au passage, il observe qu’il y a une forme de philosophie française, très littéraire, celle de Pascal, Descartes et Montaigne.)

Son succès d’auteur vient, d’après lui, de ce que la génération 68 s’est trouvée face à la question qu’il avait dû résoudre : les idéaux de 68 sont bien beaux, mais il ne sont pas très utiles pour élever des enfants.

Il fait, d’ailleurs, une bonne publicité à son oeuvre : il semble content de son sort et de son histoire. Rendre le pratiquant heureux : la vocation même de la philosophie ? Alors, imitons-le, tous philosophes, tous humanistes ? La véritable « French philosophy » ?

Contribution paternelle

Within a sperm’s minuscule head are stowaway molecules, which enter the egg and convey information about the father’s fitness, such as diet, exercise habits and stress levels, to his offspring. These non-DNA transfers may influence genomic activity that boots up during and after fertilization, exerting some control over the embryo’s development and influencing the adult they will become.

Quanta

Il semble que l’on était arrivé à en douter, mais le père aurait une utilité. Il transmettrait à ses descendants des informations sur les conditions de vie qu’il a rencontrées. Peut-être, dans la mesure du possible, comment il s’y est adapté.

Il y aurait de fortes présomptions que cela soit ainsi, mais il reste encore du travail pour en avoir une raisonnable certitude.

Si c’est le cas, cela signifie que les individus ont de très importantes capacités d’adaptation, qui n’avaient pas été prévues par Darwin.

Prochain coup

Au fond, Trump est marqué du signe du Vietnam : ce qu’il fait s’enlise. Mais cela ne risque-t-il pas de le pousser à quelque extrémité déplorable ?

Affaires étrangères d’hier pose une question curieuse : et si Trump était une marionnette ? Apparemment, il y aurait deux lobbys derrière lui : le GAFA, qui hier paraissait si « cool » alors qu’il ne rêve que de domination mondiale et d’énergie pour son intelligence artificielle, et une « élite » de fanatiques.

En outre, il faudrait faire le deuil de l’espoir de retour à la situation antérieure après Trump. Les USA ont fait leur coming out. Les invités de l’émission semblaient en déduire que l’Europe devait se préparer à utiliser ses atouts pour profiter d’un monde dont la règle est le rapport de forces et le coup bas.

Savoir et sagesse

Faut-il être savant pour être sage ? sujet de dissertation, selon une émission de France culture.

Que répondre ? Que signifie savant, que signifie sage ? Les (certains) philosophes grecs pensaient que la sagesse était la connaissance du bien, et que l’on y parvenait par l’apprentissage de la philosophie – connaissance. Définition quelque peu circulaire. J’ai des doutes concernant la notion de « bien ». Il me semble qu’il est plus facile de dire ce qui ne l’est pas. Et qu’alors on constate que, souvent, la connaissance rend fou. Sages, les simples d’esprit ? Ou du moins condition nécessaire ? (Il semble d’ailleurs que certains philosophes aient égalé sagesse et bonheur.)

En revanche, dans un monde façonné par la connaissance, il est possible que le « simple d’esprit » ne puisse qu’être écrasé, et n’avoir que peu de chances d’éviter à l’humanité une crise de folie. (Ce qui pourrait être une définition de la sagesse ?) Ou même, en imaginant qu’il ait le destin de Jeanne d’Arc, faute de tout comprendre, ne serait-il pas en danger de lui faire faire quelque bêtise ?

Dans ces conditions, doit-il tenter de « transcender » la connaissance, à l’image des musiciens qui doivent dominer leur instrument et des années de lavage de cerveau ? Ce qui est probablement difficile. Thorstein Veblen parlait de « trained incapacity »… Et si c’était par ses mauvaises notes en dissertation que l’on reconnaissait le sage ?

Violence innée

Les atrocités commises au Rwanda l’ont été pour beaucoup entre voisins et au sein d’une même religion, et parfois par des prêtres. Faut-il s’en étonner ?

N’est-ce pas une histoire éternelle ? A la dissolution de l’URSS, on s’est étripé entre voisins, pendant la dernière guerre, on se dénonçait, et la Saint Barthélémy ne fut rien d’autre.

L’homme semble pris d’accès de violence. Avec des circonstances favorables, il devient facilement criminel ? Mais, dans d’autres circonstances, il redevient placide. Ne jouons pas avec le feu ?

Humanisme

Ce blog parle de plus en plus d’humanisme. Mais que, diantre, humanisme veut-il dire ?

Une des époques de notre histoire est nommée humanisme. Peut-on en tirer un enseignement ?

Un moyen d’aborder le problème est indirect : qu’est-ce que ce qui lui a succédé révéle-t-il, par différence, de l’humanisme ?

La phase suivante fut matérialiste. Mais à un sens curieux quand on y songe un rien. Epicure fonde son matérialisme sur l’atome. Mais il se fiche de l’atome. Or, soudainement, notre société a cru que le secret du monde s’y trouvait. Plus besoin de s’intéresser à la vie. Comme le dit Aristote, un excès produit en réaction un excès inverse. Ce fut le nihilisme, la croyance en l’idée éthérée. Depuis, nos philosophes vont d’un bord à l’autre. Et nos sociétés aussi. Avec tout ce que cela sous-entend de folies meurtrières.

L’humanisme pourrait donc être le juste milieu entre ces extrêmes. C’est l’attitude de Montaigne. Il se dit qu’au fond ce qu’il juge bien l’est probablement. Ne cherchons pas midi à 14h. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Y compris chez soi : nous sommes un tissu de contradictions et de lâchetés. Et c’est peut-être là que se trouve tout l’humanisme : c’est le courage de regarder en face sa nature et la situation de l’humanité et de s’atteler à leur évolution avec les moyens du bord et la conviction que c’est le fonds qui manque le moins.

D’ailleurs, Montaigne vivait à une époque où se manifestait un des traits les plus marquants de notre culture nationale : la guerre fratricide. Pour autant, il est resté ferme dans ses convictions et a mené une existence de citoyen tout à fait honorable.

Une leçon ?

Anthropologie génétique

Nouvelle illustration d’une de mes théories ? Le grand homme est au bon endroit au bon moment.

La nouvelle possibilité d’analyser l’ADN a eu des quantités d’applications et a fait la fortune de beaucoup. En particulier, elle a permis de créer « l’anthropologie génétique », d’analyser l’impact de la « culture » (au sens anthropologique du terme) sur la génétique humaine. Plus efficacement que le milieu naturel, la société transforme notre génome ! (Ce dont on se doutait un peu : les lois sociales conditionnent le mariage, d’où des quantités de conséquences parfois fâcheuses, comme celles résultant de la consanguinité.)

J’ai appris, ce que probablement tout le monde sait, que le cerveau de l’enfant n’est qu’au quart de sa taille finale à la naissance. Ce qui semble signifier qu’il est massivement façonné par la société. Le propre de l’homme ?

Hegel et le changement

« En soi, pour soi, en soi et pour soi », voilà un des mécanismes de la vie, selon Hegel. On commence par vivre, puis on prend conscience que l’on vit, finalement, on se demande comment orienter sa vie.

Il me semble que c’est comme cela qu’évoluent les sociétés. Leur histoire est une forme de « génération spontanée ». Une succession ininterrompue de « small bangs » imprévisibles. Cette histoire n’est compréhensible qu’a posteriori. C’est alors que l’on voit ce que l’on peut en tirer. D’où nouveau changement, qui a des conséquences imprévisibles. En particulier pour les enfants, la génération en formation, qui, elle, absorbe tout ce qui lui arrive comme une sorte d’évidence, comme l’eau pour le poisson.

(Confucius donne peut-être la meilleure illustration de ce phénomène : « l’homme a deux vies, lorsqu’il prend conscience qu’il est mortel, et avant ».)

Accordéon américain

« Reluctant crusaders » constate que les USA ont une existence cyclique. Soit ils sont des missionnaires qui veulent convertir le monde à la vraie foi, soit ils se replient sur eux-mêmes pour ne pas être contaminés par un monde qui est l’incarnation du mal. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, les USA sont une nation de fondamentalistes façon foi du charbonnier. Lorsque j’ai lu ce livre, au temps d’Obama, je pensais que ce dernier représentait le retour du balancier : il avait « engagé le désengagement ». Or, ce n’était qu’un début.

En France, éternellement fermée sur elle-même ? on en a peu parlé : associée à la bulle internet, il y a eu « la Nouvelle économie ». On lisait partout, de la presse grand public à celle du management, que la fin de l’URSS signifiait que le capitalisme avait gagné le monde, et qu’il n’y aurait plus jamais de crises, la croissance serait continue. Fin de l’histoire (et avènement de Dieu, rien de moins ?). Les économistes parlaient du « consensus de Washington » : il fallait convertir le monde non occidental au capitalisme. Il en est résulté une série de crises terribles, pour les pays « convertis » (Russie, Turquie, Asie…), d’où un retournement de l’opinion qu’avait le monde de « l’Occident ». Et maintenant, constatant leur échec, les Américains, de droite et de gauche, seraient pris d’une peur panique de la peste étrangère. On parle désormais de la doctrine Monroe dans son interprétation par Roosevelt : les USA se barricadent chez eux, mais en se réservant un « espace vital », empire colonial qu’ils traient à volonté.

Au delà de ces constatations curieuses se pose une question : notre destin collectif serait-il déterminé par des lois simplistes ?

(On l’avait déjà observé pour l’Allemagne, c’est à nouveau le cas pour les USA, il est étonnant à quel point des nations évoluées peuvent être victimes de visions d’un simplisme et d’une bêtise incroyables. Et, à chaque fois, elles élisent des fous ? Une simple coïncidence ?)

Anachronisme

Ce que dit Alain Corbin sur l’anachronisme dans les travaux des historiens me frappe depuis bien des années. Machine à remonter le temps, nous nous imaginons, avec nos idées actuelles, vivant avec nos ancêtres. Qu’aurions-nous fait ?

Mais ce n’est pas comme cela que la vie se passe. J’ai pris conscience, en vieillissant, que mes parents étaient pauvres. Seulement, à l’époque, ni eux ni moi ne le savions. Au contraire. L’histoire officielle est que nous étions une famille idéale. Rétrospectivement, le seul indice de pauvreté était la haine de mon père pour les impôts. Il devait avoir du mal à joindre les deux bouts. (Bizarrement, il ne se rendait pas compte que le principal moyen de financement de l’Etat n’est pas l’impôt, mais la taxe, qui est hautement inégalitaire.)

De même, lorsque l’on retrouve des témoignages des ouvriers des premiers temps, on n’y lit pas des plaintes, mais, au contraire, de la fierté.

Un moteur de l’histoire ? Parce qu’il se sent mal à l’aise en s’identifiant à la condition de l’autre, l’intellectuel, l’enfant de grand bourgeois, pond de belles théories, comme le Marxisme, pour transformer le monde à son image, non sans avoir, au passage, déclenché d’effroyables calamités ?