Lucy Malleson

Hasards de la BBC. Je découvre Lucy Malleson. Elle avait une profession commune en Angleterre : écrivain de roman policier. Mais elle a eu relativement peu de succès. Bien que ses idées, si j’en crois wikipedia, aient été plus originales que celles de ses consoeurs. (Son héros était un certain « Crook », avocat pour qui la fin justifiait les moyens, lorsque le succès d’une affaire était en jeu.)

Elle a aussi raconté sa vie, pendant la guerre de 14 et ensuite. On a oublié que, lorsque les héros sont revenus du front, après avoir connu l’enfer, ils n’ont pas trouvé de travail. Comment nourrir sa famille, dans ces conditions ? D’autant que les femmes, qui avaient parfois pris leur place, ne voulaient pas revenir à la maison. Et qu’on leur reprochait d’être trop âgés.

Puis il y a eu la crise des années 30, et, à nouveau, des personnes dans une pauvreté abjecte. Et toujours trop vieux pour travailler. La vieillesse en ces temps commençait à 30 ans…

Trouvait-on cela injuste ? Ou notre appréciation de la justice a-t-elle changé ? En tous cas, cela peut expliquer pourquoi ces anciens combattants ont trouvé mal venue la critique des pacifistes, issus de la haute bourgeoisie.

Génération misogyne ?

Un très puissant rejet du féminisme se ferait jour au sein des jeunes générations masculines, un peu partout dans le monde, disait BBC4, jeudi dernier. Les jeunes seraient, même, plus anti-féministes que les vieux. Et un quart de l’échantillon jugerait être plus mal traité que les femmes.

Michel Crozier observait que la société résiste à tout ce que l’on veut lui imposer par la force.

On peut se demander si la réaction n’est pas proportionnée à l’action. Ou disproportionnée ?

Morale ? La morale n’est pas une bonne façon de faire réussir un changement ?

(En me renseignant sur ce phénomène, j’ai noté que l’on en parle depuis quelques temps. On lit que la nouvelle est inquiétante, car les jeunes générations sont supposées être les plus ouvertes aux changements « sociétaux ». D’autres rappellent que l’opinion négative est minoritaire. Cependant, ils semblent ignorer l’effet sur lequel a joué la promotion moderne du féminisme : ce que le psychologue nomme « validation sociale » : notre jugement est influencé par celui des autres.)

Changement punitif

On en apprend tous les jours. Le changement peut être « punitif ». Ne parle-t-on pas désormais « d’écologie punitive » ?

J’ai passé ma carrière à redresser des changements mal partis. Je tends donc à dire : n’ayez pas honte de vos erreurs, recommençons, on va réussir ! Et si, une fois de plus, j’avais tort ?

Et si, la raison de ne pas recommencer était que l’on avait effectivement la volonté de « punir » ? Et que l’on avait le sentiment d’avoir été pris en défaut ? Et si lorsque ce type de changement ne rencontrait pas d’opposition, il causait effectivement des dommages à une partie de la population ?

Cerveau d’écrivain

Les informations de BBC4 de jeudi dernier disaient que l’ordinateur n’était pas bon pour le cerveau. Ecrire à la main est un exercice complexe et bénéfique.

Dans quel état mon cerveau est-il ? Je passe beaucoup de temps en face d’un ordinateur. Mais je continue à écrire. Je remplis un cahier par mois, environ, de notes prises dans des discussions.

Surtout, je ne suis pas à l’aise avec mon clavier, contrairement à l’Anglo-saxon qui a pris des cours de dactylo. D’autant que, depuis l’invention de l’intelligence artificielle, écrire est un combat. Un instant d’inattention et, hop, un contresens, ou une création poétique. Je dois en permanence déjouer ses pièges. Je ressemble à Donald Trump : je suis dans un état d’excitation permanent.

Vue son étonnante jeunesse, je me demande si la Faculté ne devrait pas réviser son jugement.

Sélection du plus agile

Think of it more like the Mississippi River before it was engineered, he explained. It rapidly shifted course in small areas over short periods, and yet for tens of millions of years the river’s overall journey led to the Gulf of Mexico. Similarly, a lizard population’s traits can vary over the short term and stay stable over the long haul.

Article de Quanta

L’évolution procède de deux façons : par des changements quasi instantanés, qui pourtant donnent des tendances stables à très long terme.

La sélection semble choisir à la fois une stratégie à long terme et une grande « agilité », qui permet d’y faire des entorses. Ce que nous constatons tous les jours ?

Résilient Arnault ?

Jeudi dernier, j’entendais les informations de BBC4 parler de la fortune de Bernard Arnault. Après avoir été faite par les très riches, elle l’est en ce moment par le peuple. C’est l’avantage de posséder un grand nombre de marques.

Contrairement à d’autres milliardaires, serait-il parvenu à « diversifier ses risques » ? Peut-être aussi a-t-il trouvé le secteur dont le baromètre est toujours au beau fixe : celui du luxe, celui qui capte l’excès de revenus de la classe qui réussit ?

Bernard Arnault

Good, bad billionnaire de BBC5 parlait de Bernard Arnault.

A sa sortie de polytechnique, son père lui fait don de la société familiale de BTP. 1000 personnes. Beau départ dans la vie. L’assurance n’attend pas le nombre des années. Après tout, il est polytechnicien. Il la transforme en société immobilière. A l’arrivée de la gauche, il émigre aux USA. Mais y fait un flop. Il n’a pas compris le marché. Le tournant de sa carrière est la reprise du groupe Boussac, qui embarrasse le gouvernement de l’époque. Contrairement à ses engagements, il licencie en masse. Et il le vend par appartements. Il fait de gros bénéfices. Puis il est appelé en ami par le groupe LVMH. Le loup est entré dans la bergerie.

Mais, on n’attendrait pas cela de l’austère et cassant polytechnicien : il a aussi beaucoup de flair. Il exploite les modes. Non seulement il perçoit, avant tout le monde, ce qu’il peut tirer du nouveau riche asiatique, mais il sait aussi exploiter la société des réseaux sociaux en associant ses marques à des célébrités montantes. Et il sait choisir des créateurs brillants et des dirigeants compétents.

Il semble aussi avoir perçu, avant beaucoup, que le marché avait de grosses défaillances. En particulier, qu’il est incapable de comprendre que le tout vaut plus que ses parties. Le groupe de Bernard Arnault, en conséquence, ressemble à Beaubourg : on en voit les organes. C’est une fédération de marques.

On peut aussi penser qu’en en faisant un produit de consommation pour oligarque, il a vidé le luxe français de son âme. Mais cela, c’est le propre du milliardaire : son innovation est bien souvent un tour de passe-passe ? C’est ce que la RSE peine encore à saisir ?

Faites la guerre

IMF raises Russia growth outlook as war boosts economy
Russia’s economy will expand much more rapidly this year than previously expected, according to the IMF, as President Vladimir Putin’s military spending feeds through into wider growth.

Financial Times, hier

M.Poutine prouve-t-il que le crime paie ?

En tous cas, il montre à quel point l’Occident a chu. Il serait bien qu’il envisage de relever sérieusement son niveau de jeu.

PS.

Le PIB français est resté stable au quatrième trimestre 2023 et a progressé de 0,9% sur l’ensemble de l’année, après 2,5% en 2022, a annoncé ce mardi l’Insee.

La Tribune, hier

Et si l’on envahissait Monaco ?

Du bonheur

Beaucoup de philosophes fixent à une société la mission d’apporter le bonheur à ses citoyens. L’homme ne cherche-t-il pas le bonheur ?

puisque toute connaissance et toute décision librement prise vise quelque bien, quel est le but que nous assignons à la politique et quel est le souverain bien de notre activité ? Sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c’est le bonheur

Aristote, Ethique à Nicomaque

Mais que veut dire bonheur ? Personne ne le sait. En tous cas, pour eux, ce qu’il signifie est évident. Et ils se ramènent, comme en mathématique, à une optimisation. Il en résulte une société idéale. C’est le début du totalitarisme.

Même si le mot « bonheur » n’est pas clair, il semble tout de même sous-entendre une forme de passivité. Après-tout le paradis terrestre est un pays de cocagne. Et l’espoir de beaucoup de gens est de gagner suffisamment d’argent pour pouvoir prendre une retraite prématurée, et ne plus rien faire.

Mais ce bonheur est-il souhaitable ? Bergson parle « d’élan vital ». C’est l’élan de la création. Or, sans création, pas de vie ? Et elle procure une autre forme de récompense que le bonheur : la « joie« . (Pas mieux définie que le bonheur.)

Quant à moi, je me demande si le bonheur n’est pas « chiant ». Et si ce blog ne vote pas Bergson.

Je suis un homme célèbre

J’ai toujours aimé écouter les vies d’hommes célèbres.

L’histoire part de leur succès pour interpréter chaque moment de leur existence comme une preuve de leur génie.

Si l’on considère que ce sont des gens ordinaires, tout se transforme. Leur vie devient tout à fait banale. Voilà un amusant exercice à faire.

Au fond, on peut se demander si l’homme célèbre ne fait pas partie d’un rite. La société se célèbre elle-même. Ceux qu’elle a récompensés ne peuvent être qu’exceptionnels.