
Livre imprimé le 18 juin 1958. Ecrit par Maurice Duverger, constitutionnaliste de renom international. Retrouvé dans les archives familiales, et probablement acheté à l’époque.
L’important est de rappeler ce qui se passait au moment de sa rédaction. C’est la guerre d’Algérie. Les Français d’Algérie, appuyés par l’armée, veulent la conserver française. Ils menacent de renverser le gouvernement, ils appellent de Gaulle. Le gouvernement cède. Il devient président du conseil. Il annonce une nouvelle constitution, il a dit ce qu’il désirait, plus d’une décennie plus tôt, à Bayeux. Maurice Duverger réfléchit à la constitution dont a, réellement, besoin le pays.
Son mal est la faiblesse du gouvernement, qui n’arrête pas d’être renversé par l’assemblée. Fait curieux, les partis politiques parviennent toujours à faire élire des médiocres. Ils sont incapables de diriger un pays industriel et de faire face aux événements lorsqu’ils deviennent graves. D’où l’effondrement de 40, et, à nouveau, celui de 58. Maurice Duverger estime que la raison en est que le pays n’a pas confiance en son gouvernement. Cette confiance ne peut être restaurée que s’il élit le président du conseil. (Notre actuel premier ministre.)
Le plus important, peut-être, est ce que le livre révèle de la situation de l’époque. Maurice Duverger parle de « fascistes », pour qualifier les partis d’extrême droite, sans que cela, apparemment, ait le sens actuel. Avec les communistes, ils constituent la moitié de l’électorat. A ce moment, l’indépendance des colonies françaises ne semble pas envisagée. Un scénario possible, même, serait que la France soit dirigée d’Alger, tant les partisans de l’Algérie française font la pluie et le beau temps. Maurice Duverger croit que de Gaulle, une fois la situation rétablie, et la nouvelle constitution approuvée, rentrera à Colombey… Et il craint une dictature.
Morale ? La grande spécialité de la France est l’amnésie. En 58, les choses auraient pu extrêmement mal tourner, tant le système politique français était mauvais et produisait de lâcheté. On critique aujourd’hui notre 5ème République, mais, eu égard à la culture française, anarchique, ridicule, irresponsable, c’était peut-être le mieux qui pouvait lui arriver.
Mais est-ce la constitution qui nous a sauvés, ou de Gaulle ? Car, comme Roosevelt aux USA, il a certes imposé un « système » nouveau, mais c’est parce que l’on croyait en lui et qu’il est arrivé avec une équipe et un projet bien arrêté qu’il a réussi. Au fond, il a fait un coup d’Etat, et ce fut un dictateur.
Les gouvernements qui l’ont suivi ont aussi été des dictateurs. Grâce à sa constitution, ils ont pu imposer sans consultation populaire leurs programmes. Et ceux-ci ont renversé l’oeuvre de De Gaulle. Plus d’école ascenseur social, plus d’armée, des dettes, des déficits, un Etat monstrueux et dysfonctionnel, des grands serviteurs de l’Etat devenus oligarques… Pour que notre pays parvienne à la sagesse et à la maturité, il faudra encore quelques miracles.