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Triste général de Gaulle ? A peine décédé, nos gouvernement ont pris le contre-pied de sa politique et, pire ? aujourd’hui on en est revenu aux instabilités de la 3ème République, la hantise de sa vie.

Aurait-il dû écouter John Rawls ? On ne doit pas concevoir un régime pour soi, mais pour ceux qui peuvent prendre notre suite. Celui qui partage le gâteau n’est pas celui qui choisit en premier sa part.

Ou l’aurait-il compris trop tard ? En fin de carrière, il a tenté de faire adopter une régionalisation, afin de forcer le Français à prendre ses responsabilités. Français responsable, le changement à réussir ?

Jean-François Kahn

Je découvre, à titre posthume, que Jean-François Kahn aurait bien pu être mon idéal de journalisme : informer et donner à penser. C’est ce que me semblent avoir réussi ses publications, si je comprends bien. En plus, il a été capable d’un véritable reportage d’enquête, mettant au jour, par exemple, les scandales du Rainbow Warrior ou du sang contaminé, alors qu’il semble que seuls les Anglo-saxons sachent le faire. Mieux, avec les Nouvelles littéraires, il avait inventé l’équivalent français de Rolling Stone : aborder les questions de société par le biais de la culture.

Et, finalement, il a compris très tôt que les partis politiques traditionnels s’engageaient dans l’impasse dans laquelle nous sommes actuellement.

Fait surprenant, il semble s’être mis tout le monde à dos. Non seulement Le Monde et le Figaro, mais aussi les banques et les fabricants de papier qui ne voulaient pas de lui comme client !

Phénomène mystérieux, il semble qu’en France il y ait des choses que l’on n’ait pas le droit de dire, et ce même si apparemment elles sont dans l’intérêt général. Et que la censure soit du type de celle des pays totalitaires : les citoyens en prennent l’initiative sans avoir besoin de recevoir d’ordre… Voilà qui mériterait une enquête ?

Année de l’Europe

Bilan. Ce fut l’année de l’Europe. Brutalement, elle qui était pacifique et sympathique, qui voulait le bien de l’humanité, s’est retrouvée accusée par tous et menacée de destruction imminente.

Cela m’a rappelé une histoire de Kafka. Le souvenir est vague, mais l’esprit est le suivant : une personne va en voir une autre, convaincue que celle-ci l’aime. Or c’est tout le contraire : elle l’accuse d’avoir détruit sa vie. L’affaire se termine mal.

Pire. L’Europe s’est découverte cigale. Convaincue de l’histoire qu’elle racontait, elle a abattu ses défenses, donné ses richesses, accumulé des dettes, mécontenté ses populations. Ce qui me rappelle une autre histoire, corse cette fois. Un enfant échange, avec un touriste, son révolver contre une montre. Son père lui dit : et quand on t’insultera, tu donneras l’heure ?

Mais ce qui ne tue pas renforce. Au moins, finis l’hybris et la domination des beaux parleurs, il va falloir réutiliser son cerveau.

Vérité

J’entendais un historien dire qu’il avait eu beaucoup d’ennuis lorsqu’il a écrit que la guerre de quatorze avait fait l’unanimité. Si j’ai bien compris, la thèse officielle était que c’était une question de « domination ». Etrange thèse, puisqu’elle contredit tous les témoignages de l’époque. (Y compris celui de mon grand père, qui avait dit à une tante, qui l’avait accompagné voir les soldats s’embarquer pour la guerre de 40 : nous avons perdu, ils pleurent, nous chantions.)

Cela m’a rappelé la remarque d’un cadre d’une institution semi-publique dont on avait supprimé des missions. On avait appris que les personnels qui, de ce fait, en étaient sortis, « accompagnés » par un programme fort généreux étaient extrêmement heureux de leur nouvelle situation. Certes, me dit-elle, « mais il ne faut pas le dire ».

Pourquoi nier la vérité ? Je me demande si cela ne tient pas à la croyance selon laquelle nous devons former les nouvelles générations en leur racontant des histoires édifiantes. C’est aussi ce que l’on pensait au temps de l’affaire Dreyfus : blanchir Dreyfus, c’était condamner l’armée, pilier de la société ? C’est, encore, la raison pour laquelle, il a été longtemps inconcevable de condamner une femme ?

Seulement, je me demande si une des lois de la nature n’est pas que l’homme ne peut supporter d’être manipulé, même si c’est pour son bien. La raison de sa recherche de la vérité ?

Touraine et Macron

Faut-il lire Alain Touraine pour connaître Emmanuel Macron ?

Alain Touraine est présenté comme un « père de la sociologie française ». En fait, il a pratiqué une sorte d’anthropologie, en travaillant dans les mines et chez Renault. Son exemple montre pourquoi les physiciens insistent tant pour faire des expériences, contrairement aux économistes ou aux philosophes : la réalité qu’il a trouvée n’était pas la doxa des intellectuels.

Quant à Emmanuel Macron, Alain Touraine en fait un disciple de Michel Rocard. Ce dernier étant lui-même dans la lignée de Mendès-France, Delors et… Jaurès ! Leur combat, éternellement perdu, « le progrès ».

Qu’entend-il par là ? Je soupçonne qu’il s’agit des grands mouvements qui agitent le monde, et dont la France reste en retrait. Jadis ce fut « l’industrie », maintenant, du moins au moment de son interview, ce serait la femme et le multiculturalisme. J’imagine que, lorsqu’il parle d’industrie, il entend par là ses bons côtés, pas ses mauvais : le progrès à visage humain, autrement dit.

Quant à moi, je me demande si Emmanuel Macron n’a pas été abusé par une illusion. Un progrès qui n’est que bulle spéculative et marketing, soft power américaine. Et si le vrai progrès n’est pas ailleurs. Non dans une sorte de degré zéro de la créativité (superintelligence, conquête des étoiles ou autre élimination de la mort), mais, tout bêtement, dans la résolution des problèmes qui sont sous notre nez. Effectivement, c’est une question de « durabilité », mais pas à la manière dont en parle le marketing spéculatif.

A noter que la France n’a pas toujours été en dehors du progrès. Elle fut le progrès lors de la Révolution et du premier empire. Elle a été « dans le coup » après guerre. Comme le rappelle René Rémond, de Gaulle était un amoureux du progrès, et d’un progrès à visage humain.

Limites à la croissance

Dans le rapport du Club de Rome, les chercheurs du MIT affirmaient que le mal de l’humanité était la croissance.

Cette année, j’ai fait un constat, quelque-peu évident : lorsque l’humanité rencontre une limite, elle se réinvente, et cette réinvention est une source d’activité, donc de croissance.

La « croissance » est en fait réinvention : la progression de l’humanité se fait par destruction de l’existant pour reconstruire quelque-chose de mieux. Nous procédons ainsi avec nos maisons.

« Croissance » ne veut rien dire.

Irène Joliot-Curie

Je me demande si la France d’après-guerre n’a pas voulu se rassurer : oui, elle était toujours une grande nation. Alors elle a loué ses grands hommes, Tabarly, Haroun Tazieff, Lévi-Strauss, Paul-Emile Victor, Leprince-Ringuet, Irène Joliot-Curie, etc.

Mais qui était Irène Joliot-Curie, qu’a-t-elle apporté à la science ? D’une émission, je n’ai pas tiré grand chose. J’ai appris qu’elle avait été sous-secrétaire d’Etat du gouvernement Blum. Pour le reste, elle semble avoir poursuivi fidèlement le travail de ses parents. Quant au plus grand moment de sa vie, ce fut de mettre au monde ses enfants.

Une femme de son temps ? Le sens du devoir, mais surtout de la famille ?

Fin de l’histoire

Bilan, suite. Peut-on faire des conjectures concernant l’évolution de l’humanité ?

Hegel pensait que chaque peuple à son tour contribuait à l’histoire. On peut se demander si l’on n’a pas assisté à un grand moment de bravoure des USA. Et s’ils ne sont pas le dernier coup de folie de l’humanité. Bien sûr, il y a la Chine, mais elle semble d’une faible originalité. L’humanité serait-elle au bout de ses illusions ? D’ailleurs, l’histoire de Hegel, l’avènement de la raison, n’était-elle pas occidentale ?

En outre, le monde ressemble de plus en plus à un village, l’humanité a fait sa jonction. Il est possible qu’il ne s’y trouve plus de grand foyer d’originalité et de créativité.

L’humanité va-t-elle finir par cultiver son jardin ? (L’objectif de Hegel.)

Vertu amoureuse

Jankélévitch semble avoir pensé que l’amour est une vertu cardinale.

Je tends à l’approuver. Bien sûr, tout dépend de ce que l’on entend par « amour ». Chez moi, la bonne acception est celle de Saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux ».

Aimer est une attitude à la vie. Elle signifie qu’on la considère à la fois comme incompréhensible, dangereuse et merveilleuse. C’est la notion de « complexité ». C’est probablement comme cela que l’alpiniste considère la montagne : elle l’attire, mais il sait qu’il ne la connaîtra jamais, et qu’il peut à tout instant faire une faute mortelle. Il est à la fois passionné et in quiet. Amoureux ?

Nature du changement

Bilan, suite. Comme le disent les Chinois, l’humanité passe du Yin au Yang et inversement. Le Yang de la globalisation fut furieusement individualiste, comme tout Yang, et peut-être plus curieusement, ce fut une évasion dans le monde des idées : la planète a été dominée par une « élite » intellectuelle apatride qui a créé un récit à son image. Et maintenant, retour de balancier ? On en revient à une ère « gaulliste », où chaque nation redécouvre ses particularités ? Comme toute phase Yin, la nôtre sera une redécouverte des vertus du collectif ?

J’ai longtemps pensé que la globalisation était une absurdité. Mais, peut-être qu’elle a été mère de quelques innovations importantes, et que l’humanité a besoin de raser l’ancien pour construire du neuf. En tous cas, elle a disséminé le savoir occidental à toute la planète.