On se lamente du déficit de notre commerce extérieur. Mais on s’interroge peu sur sa nature.
Le graphique ci-dessous en donne une curieuse interprétation. Notre pays a un solde positif en termes de « services », mais le déficit global est causé par celui, considérable, des « biens ».
Voilà ce qui semble le résultat de la politique délibérée de nos gouvernements successifs. Peut-être serait-il utile que nos politiques se penchent de temps à autres sur leur passé, pour apprendre de leurs erreurs ?
Dans un précédent billet, j’ai dit que j’avais « redécouvert » le travail de Michael Porter concernant les « business clusters ». Je soupçonne que j’ai tort. Nos gouvernants en ont aussi eu connaissance. Mais ils ne les ont pas utilisés pour développer le patrimoine existant. Ils étaient tellement éblouis par ce qui se passait aux USA qui ont rêvé de faire émerger une « Silicon Valley » ou un « Wall street » sur Seine. Produire des biens, c’était bon pour les sous-hommes ?
Dans un document de présentation du bon usage de chatGPT, une courte histoire de l’intelligence artificielle est donnée. Scandal ! Mais, j’en ai vécu une partie, et ce que je connais n’y est pas ! (En particulier la 5ème génération des années 80, qui fut une mode de management de première grandeur.) Eh bien cela vient de wikipedia.
En consultant wikipedia anglais, je retrouve mes souvenirs.
Enseignement, pour les petits enfants : méfiez-vous du wikipedia français… Il est souvent gravement incomplet.
Depuis quelques années, j’étudie nos PME. Ce qu’il y a de curieux avec la PME est qu’elle est difficile à trouver.
En effet, la PME ne vit pas en groupe. Les CPME, par exemple, ne sont que TPE. En fait, on entend dire que la faille de l’économie française est le manque d’ETI, or, la situation est bien plus grave que cela : nous avons, surtout, très peu de PME.
Et celles que nous possédons vivent dans un superbe isolement. Si elles ont réussi, c’est contre vents et marrées, grâce à leurs seuls efforts. Elles ne doivent rien à personne. (C’était, d’ailleurs, un sentiment que j’avais retiré des interviews que des patrons d’ETI ont accordé à Nicolas Dufourcq.)
Voilà pourquoi ceux qui pensent « vendre aux PME » se font des illusions.
Le Limerick est un poème absurde de 5 lignes, obéissant, paradoxalement, à des contraintes complexes. Ce livre explique son histoire et ses principes et en fait une transposition culturelle au français. Il en résulte une série de petits textes délirants.
Qu’une autorité universitaire de la littérature élisabéthaine, un de nos grands traducteurs de Shakespeare, consacre un ouvrage à un sujet aussi frivole est surprenant.
He bien, c’est, effectivement, un livre étonnant. Peut-être même stupéfiant. Ce qui est totalement inattendu, eu égard à son sujet qui semble, à première vue, un amusement de potache. Il a même quelque-chose de génial.
J’aurais bien du mal à trouver les mots pour expliquer mon sentiment. Je me demande justement si ce n’est pas le sujet du livre : le recul de notre niveau intellectuel collectif, de notre culture.
Un Limerick c’est un univers en 5 lignes, un univers qui établit, paradoxalement, sa propre logique, alors que celle-ci est, justement, fondée sur le « nonsense ». Un défi à l’intellect, qui le force à se « transcender », à sortir de la routine végétative ? Le sens du non-sens ?
Le livre s’achève sur des aphorismes. Ils sont redoutables. Il y en a certains qui font sortir une vérité profonde d’un jeu sur les mots innocent. Et d’autres qui « corrigent les moeurs par le rire ». Un contre-feu à la morale infecte que l’on nous assène depuis des décennies, et qui nous a mis à dos le reste du monde ? Manifeste de la « joie de vivre » (en anglais dans le texte) ?
Mon professeur de français de première, commentant Victor Hugo, parlait « d’horreur » au sens du sentiment que l’on ressent en croisant un dieu au coin d’un bois. Awe, en anglais. Dommage que je sois si vieux : ce livre m’ouvre de nouvelles perspectives !
Heisenberg, ce n’est pas que le principe d’incertitude. C’est aussi le rôle de l’observateur dans la mesure.
Ce qui m’a fait avoir une bizarre idée. En rapprochant cette théorie de ce que Iain McGilchrist dit du rôle des deux hémisphères du cerveau, je me suis demandé si l’hémisphère droit qui, en quelque sorte, voit le monde et le temps dans une forme de chaos indistinct, n’est pas celui de la « réalité », et si l’hémisphère gauche, celui de l’ordre, n’est pas « l’observateur », qui perçoit le monde tel qu’il apparaît dans les équations de la physique classique, bien propre et bien rangé, avec ses atomes et ses étoiles. La physique quantique, mais aussi la relativité, tentent de faire recoller le monde de la physique classique, de l’hémisphère gauche, avec la réalité, en utilisant le langage du dit hémisphère.
Le propre de l’homme serait donc l’émergence de ce que l’on pourrait nommer la « conscience », qui en fait un « observateur », observateur qui modélise le monde d’une façon qui lui permet de l’utiliser ?
Je n’ai pas confiance en moi. Si bien que je tends à m’entourer de personnes expérimentées et à me reposer sur leur avis.
Ce qui est une erreur. Car ils ne jugent pas mieux que moi. Ils sont eux-mêmes souvent sous l’influence d’une pulsion non rationnelle. Par exemple, ils peuvent ressentir de la sympathie pour un jeune entrepreneur, non pour son talent, mais pour des raisons de fibre parentale. Ou, comme tout Français, ils ont une opinion sur tout. Surtout sur ce qu’ils ne connaissent pas.
Il faut certainement interroger les opinions. Ne pas en rester à la surface.
Un indice de biais : un jugement qui ne vient pas de l’expérience unique de la personne.
People living in the North of England and in coastal areas are more likely to die from ‘death of despair’, according to new University of Manchester led research.
« Death of despair » c’est se suicider ou détruire sa vie par l’alcool ou la drogue.
The analysis also looked at associated factors that predict the risk of these kinds of deaths; living in the North was the strongest predictor. Local authorities with higher proportions of unemployment, white British ethnicity, people living alone, economic inactivity, employment in elementary occupations, and people living in urban areas had higher rates of Deaths of Despair.
On meurt de désespoir quand on est un natif perdu sur un territoire qui a été abandonné par l’économie. Faut-il aller chercher plus loin les raisons du vote dit « populiste » ?
Pas simple de lire du vieux français. Impossible de se faire une idée sur le style, dans ces conditions. D’ailleurs, certains mots qui paraissent farfelus appartiennent au vocabulaire médical de l’époque, apparemment.
Le livre est-il cohérent ? D’un côté cela semble une grosse farce paillarde, mais très érudite. Peut être une critique d’une société qui passe totalement à côté de ce qui est réellement important ? Une société qui punit le corps pour ne pas avoir à s’interroger sur la rectitude de sa conduite ? Mais, d’un autre, cela se termine par l’abbaye de Thélème, qui est tout le contraire, puisqu’elle est l’école de formation de l’honnête homme, ennemi de tout excès.
Une abbaye dont la règle est de faire l’exact contraire de la règle de l’abbaye ordinaire.
Et ce pour former des personnes parfaites. Car le naturel de l’homme, du moins celui qui est « bien né », est bon. Et, peut-on en déduire, qu’il est corrompu par la religion ?
En leur règle n’était que cette clause : « Fais ce que voudras », parce que les gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnie honnête, ont par nature un instinct et un aiguillon, qui toujours les pousse à accomplir des faits vertueux et les éloigne du vice, aiguillon qu’ils nommaient honneur.
Univers protégé de l’influence corruptrices des mauvais, où l’on fait certes ce que l’on veut, mais où tout est là pour cultiver le corps et l’esprit. Thélème fait peut-être plus penser à l’université pour l’élite anglo-saxonne qu’à la formation que Platon réserve aux « gardiens ».
(L’édition en photo est difficile à lire et ses commentaires sont peu utiles – j’ai dû me rabattre sur une transcription un peu plus moderne du texte, que l’on trouve sur Internet.)
Mon dernier livre est sorti ! Je l’ai écrit pour le compte de l’association des interpreneurs.
C’est le résultat de beaucoup de travail. 5 ans d’enquête, plus de 230 interviews, des dizaines d’accompagnements d’entreprises. C’est un livre de témoignages. On y entend la voix, ce qui est peu fréquent, des PME et des territoires. Le sujet de l’enquête ? Comment se fait-il que nos entrepreneurs ne sachent pas mieux exploiter leurs idées ? Un drame pour notre pays, qui, faute d’une économie prospère, n’a plus les moyens de pourvoir aux besoins de sa population, et de tenir son rang.
C’est aussi l’histoire d’un long parcours personnel (initiatique ?) fait d’une succession, pénible, de remises en causes. J’ai toujours tort n’a jamais été aussi juste. Par exemple, il m’a fallu du temps, honte à moi, pour découvrir que je traitais de la question de l’innovation, le nerf de la guerre économique. Et plus de temps encore pour comprendre que j’avais réinventé les travaux de Michael Porter, un des universitaires du management les plus fameux.
Ce qu’il dit est à la fois évident et à l’opposé de l’opinion commune. Il constate que l’innovation est le fruit du terreau, du « business cluster ». Sans stimulation locale il n’y a pas d’innovation. Ce n’est pas l’être de génie qui fait l’innovation, mais le milieu. Ce qui n’est rien d’autre que la thèse de Maslow.
Or, dans ce domaine, la France est une exception mondiale. Le dirigeant y est seul. Son environnement lui est hostile. En conséquence l’innovation est tuée dans l’œuf. Ce que j’écris là n’est pas de la théorie, c’est ce que je constate, quasi quotidiennement dans ma fréquentation des entreprises. Dans cette affaire, il n’y a pas de bons et de mauvais. Ce sont les relations entre Français qui sont infectes.
Pour autant, même si notre pays est en mauvais état, il possède un socle de savoir-faire que l’on trouve dans peu de pays. L’essentiel est là. Car changer les relations entre individus n’est pas coûteux. Cela ne demande qu’un peu de bonne volonté…
Or, si nous la trouvons, tout est possible ! Car, autre évidence qui ne semble avoir percuté la tête de personne, le monde change radicalement. Rien ne va plus. Nous vivons à un moment qui survient rarement dans une vie ! Un moment où tout est à inventer, les entreprises, les nations, l’humanité ! Avec, en plus, un genre d’ultra révolution industrielle ! Notre temps est le paradis de l’entrepreneur !
Seulement, où sont nos esprits entreprenants ? Notre pays semble en être resté à la France d’après guerre, que Michel Crozier décrit dans le « Phénomène bureaucratique ». Une France totalement dépendante de l’Etat.
Voilà ce qu’il faut ébranler. Il faut retrouver « l’élan vital ». Il faut « régénérer l’éros », selon l’expression d’Edgar Morin ! Tout commence par là.
L’« écologie punitive », un slogan facile qui agit comme un repoussoir et confisque le débat démocratique Largement utilisée à droite et à l’extrême droite, popularisée par Ségolène Royal en 2014, l’expression enferme les politiques environnementales dans un registre au mieux moralisateur, au pire liberticide, en évitant ainsi de débattre de la juste répartition des efforts et de l’accompagnement des plus fragiles.
Le Monde du 13 mars
Je comprends qu’une expression découverte récemment est ancienne.
L’article me paraît trahir une erreur. Si ceux qui veulent faire réussir ce que l’on nomme « écologie punitive » sont sérieux, il est dangereux de diaboliser l’adversaire, car cela les égare : la question n’est pas de l’ordre de la parole, mais de l’action.
Et s’ils veulent que leur action soit efficace, ils doivent commencer par se demander ce qui n’a pas marché dans la façon dont ils ont « conduit le changement » jusque-là et a fait qu’ils sont accusés de vouloir promouvoir une « écologie punitive ».
(Ce qui est, probablement, ce qu’ils imputent à leurs adversaires : le fait que c’était « les plus fragiles », ou, plus exactement, le gros de la population, qui supportait le coût de leurs idées, et pas eux.)