Eurovision

Ce blog est celui des paradoxes. L’un de ceux-ci concerne Eurovision.

Depuis ma plus lointaine enfance, j’ai considéré que c’était un spectacle ridicule. Et je l’ai oublié. Enterré. Et je suis donc surpris de le redécouvrir. Il n’était donc pas mort ? La BBC en parle beaucoup. Apparemment, en Angleterre, c’est un événement qui compte. Même après le Brexit !

Eurovision ou la victoire de la culture de marché et de masse anglo-saxonne ?

L’esprit des lois

Parmi mes erreurs, il y a la croyance aux lois. Un peu comme M.Hollande, j’étais implicitement convaincu du « jugement de l’histoire », par exemple.

En fait, j’ai constaté, comme Dostoievsky et Trump, que tout est permis. Il n’y a pas de main invisible de la justice, quelle qu’elle soit. D’ailleurs, croire à la loi fait de soi un pigeon : on est sans arrêt surpris par l’entourloupe de l’esprit entreprenant.

Pour autant, ce n’est pas totalement la loi de la jungle. Seulement, si l’on est convaincu de son bon droit, il faut le défendre. Ce qui est possible, mais pas évident. Au fond, c’est une question de conduite du changement. Et la jungle a du bon : elle empêche l’intellect de s’endormir.

Les mémoires du général de Gaulle

Voilà une lecture surprenante. Un livre alerte et optimiste, plein d’humour, une écriture simple, qui se lit comme un roman ! Voilà qui n’a rien à voir avec l’image que nous a donnée la presse du Général. A côté de lui, nos intellectuels paraissent d’étonnants bonnets de nuit. Des asphyxiants pépés la morale.

Au fond, tout est dit dans ses premiers mots. Le Général a une « certaine idée de la France ». Toute sa vie sera mise à son service. Son oeuvre est là : donner à la France le destin qu’elle mérite.

Mais quelle est cette idée ? Initialement, j’ai cru que c’est l’empire. Mais non. Le Général comprend très vite, probablement avant tout le monde, que les colonies veulent être indépendantes. Il y a d’ailleurs un passage extraordinaire lors duquel il dit à Kennedy, qui vient d’être élu, de ne surtout pas intervenir au Vietnam, qu’il va s’y enliser. C’est la leçon qu’a tirée la France de son propre engagement. C’est étonnamment prescient.

Ce que croit le général, c’est que la France est porteuse d’une forme d’humanisme, qui lui est propre, sans laquelle le monde ne serait pas humain. Dans ce monde, il y a de la place pour toutes les cultures. En quelque sorte, les cultures sont éternelles. Mais chacune doit se défendre. En conséquence de quoi, la France doit préserver un espace d’influence. Ses anciennes colonies doivent s’associer à elle. Bien qu’il n’en soit pas question dans le livre, il semble s’agir de la fameuse « francophonie ».

Le Général, d’ailleurs, voit de la grandeur partout. Au pire trouve-t-il que ceux auxquels il est opposé se sont fourvoyés. C’est le cas des grands collaborateurs français (il n’est pas loin de dire que Pétain est sénile – « la vieillesse est un naufrage »), auxquels il reconnaît du courage, et de Roosevelt, qui, pourtant, le prenait pour un fantoche d’opérette, et voulait faire de la France un client des USA. Mais aussi de Mussolini, et même de Hitler. La pensée du Général est « complexe » au sens de la théorie de la complexité. Il explique à Roosevelt, par exemple, que l’URSS se comporte comme la Russie de tous les temps. Il n’y a pas de lutte du bien contre le mal, mais l’éternelle vie des nations. Plutôt que d’isoler la Russie (« containment »), il est préférable de rechercher avec elle la « détente ».

Dans ce combat, l’ennemi n’est pas l’étranger, ou même le collaborateur. Il est à l’intérieur. C’est le politique et la presse. Pourquoi ? Parce que ces gens donnent du pays une impression déplorable. Ils ne savent pas se tenir. D’une part, le pays est en proie à l’instabilité politique permanente. Le coup tordu succède au coup tordu. Le politique n’a que son intérêt, médiocre, en tête. D’autre part, plus bizarrement, ses élites semblent s’aligner automatiquement sur les vues étrangères. Or elles sont contraires aux intérêts de la France. Le pays n’a plus de direction, il est incapable de toute décision difficile. Internationalement, il ne compte plus. Economiquement, il s’effondre. La France est une république bananière. Le Général ne parviendra jamais à comprendre ce comportement. Il est consternant. C’est la seule chose qui semble pouvoir l’affecter.

En tous cas, le grand projet du Général sera de mettre un terme à cette instabilité délétère. Ce sera la cinquième république, et son régime présidentiel.

Autre étrangeté, c’est aussi un livre du changement par la crise. La faille de l’adversaire intérieur, c’est la lâcheté. Le Général commence par mettre au point sa stratégie, puis il attend la crise. Et là, il frappe, et impose ses idées.

Cela commence avant guerre. Il a compris comment allait se jouer la prochaine guerre, elle serait « mécanisée ». Fort habilement, il cherche à se faire des alliés, parmi les hommes politiques, afin qu’ils adoptent ses vues. Il y parvient presque. Mais, le régime est trop faible pour pouvoir l’entendre. Il aura, tout de même, l’occasion de prouver ses théories. Le colonel de Gaulle va se trouver, un moment, à la tête d’une division blindée, faite de bric et de broc, mais avec laquelle il va tout de même remporter des victoires. D’ailleurs, à chaque fois que la France se battra, elle gagnera. La défaite n’était pas fatale. La France aurait pu reprendre le combat à partir de ses colonies, avec sa flotte, qui était intacte.

Puis c’est Londres. Il est tout seul, il n’est rien. Mais Churchill, avec qui il aura toujours une curieuse relation (extrêmement émotionnelle, de la part de Churchill), lui donne le micro de la BBC. Petit à petit, se regroupe un peu de monde autour de lui. Quelques généraux, ses supérieurs, lui font allégeance. Tout son combat est alors de dire qu’il est la France, et que la France n’est pas vaincue. Pour cela, il va devoir vaincre Roosevelt et Churchill, et reconstituer l’Empire, derrière lui, puis l’armée. Les Anglo-saxons, c’est fort compréhensible, pensent qu’il est quantité négligeable, et qu’il devrait leur être reconnaissant. Ils multiplient les coups bas. Mais, à chaque fois, il les voit venir, avec leurs gros sabots, il tient, et, avec une discrète délectation, leur fait mordre la poussière. Il en est d’ailleurs de même avec Staline, lors d’une entrevue racontée avec un humour irrésistible.

De Gaulle, c’est la désobéissance. Déjà, simple colonel, il faisait connaître ses vues et cherchait à faire se transformer le pays, en cherchant à gagner à ses thèses les principaux hommes politiques. Ensuite, il a dit non, sans arrêt, aux Anglo-saxons. Jusqu’à demander aux troupes françaises, qui étaient sous le commandement américain, de ne pas suivre ses ordres, afin d’envahir la part la plus importante possible du territoire allemand, et de justifier que la France puisse être vue comme un vainqueur de la guerre. Lors de la contre-offensive des Ardennes, le commandement américain recule et demande à l’armée française de se retirer de Strasbourg. De Gaulle refuse. On n’abandonne pas des compatriotes. Et Strasbourg tient.

Il doit sa victoire finale, et ses succès suivants, à la ferveur qui s’est créée autour de lui. Il a acquis une légitimité sans avoir été élu. Les Anglo-saxons doivent se rendre à l’évidence. Ce sera aussi pour cela qu’il défera ses opposants de l’intérieur. Talent de communicant ? En tous cas, il passera sa vie à écrire, en discours, et en déplacements, à l’étranger et en France, qu’il sillonne dans tous les sens.

Le changement par la crise ne se voit jamais aussi bien que lors de la guerre d’Algérie. Il a préparé le terrain après guerre. Il a profité de ce qu’il a dirigé la nation quelque temps, pour faire passer des lois qui lui seront utiles ensuite. Puis, constatant que le pays est toujours aussi irresponsable, il se retire. Effectivement, le régime est trop faible pour régler la crise algérienne (ou même pour diriger l’économie nationale). Ce qu’il fera, au péril de sa vie. Alors, en 1962, il défie le parlementarisme. Tous les partis sont contre lui, ainsi que l’administration et la presse. Mais, il fait appel au peuple, par référendum, pour approuver la 5ème République. Et gagne. Aux élections législatives suivantes, son parti balaie l’ensemble de la classe politique.

De Gaulle c’est aussi « Mr Smith au sénat ». Son explication des faits ressemble à celle que l’homme du peuple pourrait faire. Il est d’ailleurs surprenant à quel point son analyse des partis politiques, des journaux, des syndicats, de l’Education nationale, des universités, ou de la politique des USA, ressemble à ce que l’on pourrait en dire aujourd’hui. Rien n’a changé ? Or, lui a l’avantage d’avoir été le spectateur des événements, probablement la personne la mieux informée de France. Roosevelt, par exemple, lui a expliqué ses plans (la culture américaine était l’avenir de l’humanité). Quand on compare ce qu’il dit de Staline et les opinions ultérieures de Sartre, supposé élite de la pensée, on ne peut que constater que les universitaires ne font qu’introduire de la confusion dans l’histoire. Ils en changent le sens. Science sans conscience.

De ce fait, il semble avoir eu raison avec 60 ou 70 ans d’avance. Paradoxalement, il est proche des thèses des jeunesses des années 60 : non seulement il est contre la guerre du Vietnam, mais il est aussi contre l’arme nucléaire. Seulement, il constate qu’elle est devenue la règle du jeu, et que personne ne veut l’entendre. Les USA lui offrent de le protéger. Il leur répond qu’ils ne prendront pas le risque de mettre en danger leur pays, pour défendre la France d’une frappe russe. Il doit avoir son propre armement. Les Allemands et les Japonais font le même constat aujourd’hui. Quant à l’Europe, il est face à deux idées dominantes : une Europe qui dissoudrait les nationalités, ou une Europe qui inclurait l’Angleterre, afin de pouvoir compter sur les USA, qui ont une relation spéciale avec celle-ci. En fait, chacune de ces thèses, endossées par l’intelligentsia française, n’est que l’expression des intérêts des autres nations, en particulier de l’Allemagne. Sa vision de l’Europe semble celle qui a prédominé : une Europe des nations, qui ont toutes de fortes personnalités, mais surtout beaucoup d’intérêts communs.

En fait, De Gaulle est un fameux anthropologue. Il avait une empathie qu’on ne lui prêterait pas. Par exemple, lorsqu’il décrit la France d’après guerre, dévastée, on se prend de pitié pour nos parents, et se demande comment ils ont bien pu se tirer d’un tel cauchemar. Quant à la société de son temps, il décrit un effrayant « métro, boulot, dodo ». Ses scènes de bataille sont saisissantes.

Sa force vient peut-être de là : une extraordinaire capacité de compréhension de l’autre. De tous ? Sauf de l’intelligentsia. Comment peut-on manquer autant de dignité ? Et c’est peut-être ce qui lui a été fatal. Mais cela, c’est une autre histoire. Car celle-ci s’arrête en 1963. Le Général est décédé, quasiment, la plume à la main.

Soleil levant

S’il est un pays où le renforcement de l’axe Pékin-Moscou est scruté avec minutie et inquiétude, c’est bien le Japon. Longtemps considéré comme un géant économique et un nain politique, le pays a changé de statut, Alors que son économie stagne, son poids géopolitique s’accroit.

Affaires étrangères, de France Culture

Le monde vu du Japon, en particulier par un professeur japonais, Kanehara Nobukatsu.

Etrangement, j’ai retrouvé les propos du général de Gaulle : les Américains utiliseront-ils leur bombe atomique pour nous défendre ? L’Allemagne pense de même.

Mais le Japon, après des années de repli sur soi, semble reprendre du poil de la bête. Son économie se redresse, alors que celle de la Chine donne des signes d’essoufflement.

Oublions le complexe de la colonisation, et regardons devant nous : « l’Occident » promeut un système politique qui a l’avenir pour lui, Russie et Chine sont des rétrogrades.

Voilà un discours nouveau, ai-je pensé. En tous cas, il serait bien de travailler, aussi, à renforcer notre modèle démocratique. Car, pour le moment, il a besoin de la crainte d’un « bogeyman » rétrograde et nucléaire pour ne pas céder à la tentation de manger ses enfants – comme il l’a fait récemment.

Cross culturel

J’ai été embarqué dans une réflexion sur le « cross culturel ». Une entreprise tend à se replier sur elle-même. Elle a besoin d’être ébranlée par des idées nouvelles, des gens « différents ».

J’ai observé, et j’observe encore, pas mal de situations dans lesquelles on est allé chercher à l’extérieur des personnes que l’on croyait meilleures que ce que l’on avait chez soi. On a récupéré des « politiques ». Car c’est ce que produit la multinationale moderne, et c’est elle que l’on veut imiter.

Or ces entreprises avaient des trésors parmi leurs employés. J’en arrive à penser qu’il faut commencer par faire du « cross culturel » au sein de sa propre culture.

C’est probablement moins évident, d’ailleurs, qu’avec un étranger : une personne qui parle notre langue est supposée penser comme nous…

(Sophisme ? Je crois que la France a énormément à gagner d’une démarche « cross culturelle » : sa population se hait…)

Irrationnelles démocraties

Nos démocraties sont construites sur un principe erroné et destructeur, disent les anthropologues. C’est le principe d’une société « d’individus ». Ce qui conduit à en conclure que l’homme est un loup pour l’homme. Avec de multiples conséquences. En particulier qu’il faut le protéger, donc l’isoler. Prédiction auto-réalisatrice.

En fait, nous ne sommes rien sans l’autre. Nous ne pouvons même pas naître, ni, d’ailleurs, mettre au monde.

Seulement, le fait de « libérer » l’individu produit un monde de bruit et de fureur, certes, mais plein d’énergie et de créativité. Il fait beaucoup plus de chaleur que de lumière, mais beaucoup plus de lumière, tout de même, que l’Etat rationnel…

Le tout est de parvenir à contenir cette démesure, afin qu’elle ne fasse pas exploser la nation ?

Salaire de la peur

Global fight intensifies against superbug ‘menace’
GSK joins UK government in committing £130mn to tackle growth of antimicrobial resistance

Financial Times du 16 mai

De l’économie de marché. La recherche devenue privée recherche le profit. En conséquence de quoi, elle ne se lance que s’il y a crise. Il est plus rentable de guérir que de prévenir.

Leçon de conduite du changement : le changement est d’autant plus facile que « l’anxiété de survie » est élevée.

Distingués druides

Et si nos ancêtres les Gaulois n’avaient pas été des sauvages, batailleurs et ivrognes ? C’est la question que je me suis posée en écoutant Carbone 14, de France culture.

À l’image des Grecs, les druides sont des philosophes, d’ailleurs auraient-ils pu être les élèves de Pythagore, ou les maîtres de celui-ci ? Les deux versions existent durant l’Antiquité. Le plus important est probablement qu’ils aient formé une école philosophique prônant, à l’égal des pythagoriciens et des poètes orphiques, la croyance de l’immortalité de l’âme !

En fait, il semblerait que la Gaule ait eu une organisation similaire à celle de la Grèce, c’était une culture de cités, qui se reconnaissaient une nature commune. Mais avec, peut-être, une supériorité sur celle-ci : leurs druides formaient une communauté, qui se réunissait de temps à autres pour juger des affaires gauloises. Les druides, par ailleurs, parlaient le grec. Mais, comme Socrate, ils n’écrivaient pas, pensant que la culture de la mémoire était la meilleure formation pour une élite.

Dès le IVe siècle avant notre ère, probablement avant, les druides constituent une communauté répartie sur l’ensemble de la Gaule, communauté qui se réunira annuellement, lors de sa fameuse assemblée dans la forêt des Carnutes (aujourd’hui près d’Orléans). Ils constituent ainsi, un corps fédéré très puissant, qui aura à sa tête « le premier des druides » nous dit César.

Et si les Gaulois avaient été bien plus avisés que les Romains ? Mais que peut-on faire lorsque l’on est voisin d’un impérialiste aussi puissant ? La première étape de la conquête étant peut-être économique : Rome possédait une économie explosive et était grande exportatrice de biens et de culture ?

Mauvais genre

Le gouvernement anglais envisagerait d’interdire aux enseignants de parler de « genre » aux jeunes enfants. (Nouvelles de la BBC.)

La raison ne me paraît pas claire. Serait-ce parce que ce type de cours s’apparente au « harmful online content » qu’il essaie aussi de combattre ?

En fait, ce sont le « offline content » qui est surtout « harmful ». C’est pour cette raison que l’on a cherché à protéger l’enfant.

Mais peut-on véritablement le protéger ? D’ailleurs, n’est-il pas entre les mains de ce qu’il y a de plus « harmful » : des parents dangereusement inexpérimentés ?

Le bug démocratique

En lisant les Mémoires de De Gaulle, j’en viens à penser que, quoi qu’on en dise, il nous a rendu un fier service.

Car la 3ème République était une clownerie. La durée de vie des gouvernements se comptait en mois. Et la politique n’était que petite manigance minable, à l’image de ce que l’on voit aujourd’hui aux USA. La France était la risée du monde. De Gaulle a créé une dictature, mais, au moins, elle garde le cap. (Certes, mauvais.)

Je crois qu’il y a là le bug de nos démocraties. En effet, si l’on reprend les travaux qui sont à leur origine, ils disent que l’homme est enchaîné. (Ce qui est une hypothèse culturelle, pas un constat scientifique.) Il faut le protéger. Le seul but des démocraties est donc la liberté individuelle. Et l’élu est supposé être « représentatif ». Mais représentatif d’intérêts individuels. Et l’intérêt général, dans cette affaire ? dit de Gaulle.

La Russie et la Chine ont une vision gaullienne de la chose. Ce qui compte pour elles, ce n’est pas l’individu, mais la grandeur de la nation. Au fond, on parle des « nationalismes » de 1848 au sujet des démocraties, mais c’est une erreur. Seuls les Etats non démocratiques sont réellement « nationalistes ». Ils sont la propriété d’une personne qui, comme de Gaulle, en a une « certaine idée ». Et qui veut les faire admirer. Eventuellement de force.