Erreur systémique (suite)

Dans un précédent billet, je disais que nos gouvernements avaient lâché la proie pour l’ombre. Séduits par le GAFA, ils avaient laissé en friche nos ressources uniques.

Encore faux. Je n’avais pas compris le piège du Green deal. Car, ils nous ont parlé de réindustrialisation. Or, elle était, exclusivement, « verte ». Ce qui était jouer entre les mains chinoises. Celles-ci ayant compris tout le parti qu’elles pouvaient tirer de l’idéologie des « élites » occidentales.

Alors que les économistes ont occupé le haut du pavé, les dites « élites » sont tombées dans le piège que dénonce la première page de tout livre d’économie : produire ce que les autres font. Vouloir être une « start up nation », ou fabriquer des batteries. L’économie n’est qu’échanges, et l’on n’échange que ce que les autres n’ont pas.

Paradoxalement, jouer sur ses forces ne tue pas la transition climatique. Simplement, il faut user de son intelligence, considérer qu’il s’agit d’économiser les ressources naturelles, et non de « passer en force », façon GAFA, à coups de batteries, d’éoliennes, et de fermes de serveurs. (Le tout hautement toxique et non recyclable.)

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Le compteur de ce blog annonce que cet article est son quatorze millième.

Cela représente 16 ans de travail. Ce qui est surprenant, lorsque l’on y songe un peu. Comme le temps passe !

Comment a-t-il évolué ? Il a été victime de « gains de productivité ». Mon activité associative ne me donne plus le temps de m’intéresser à grand chose. J’y passe l’équivalent de plusieurs plein temps. Si bien qu’il s’est mis à parler de moi. Ce qui est une solution de facilité.

Il a été créé pour étudier le monde en changement, à une période de désarroi. Il prenait la suite d’un club que j’avais monté, pour mener la même étude, après la dislocation de la bulle Internet.

Alors, que dire ? J’ai longtemps cru que le monde doutait, donc qu’il était intelligent. En cela je rejoignais peut-être Socrate. Mais j’observe que ce n’est plus les cas. Qui est plus sûr de soi qu’un Macron ou un écologiste ?

Cela présente un danger dont on n’a pas toujours conscience : ce qui ne va pas n’est pas le « pourquoi », mais le « comment ». L’exemple même en est M.Poutine : il veut rendre sa fierté à son pays, ce qui est bien. Mais déclarer la guerre au monde pour ce faire l’est moins. C’est ce type d’erreur qui fait échouer le changement.

La grande nouveauté de ces derniers temps aura été la crise mondiale. Depuis le covid, la crise succède à la crise. Je craignais que l’inflation soit la « big one », comme on dit du tremblement de terre qui rasera un jour San Francisco. En fait, c’est probablement M.Macron qui l’a déclenchée. Il souffrait sans doute ne ne pas être au centre de toutes les attentions.

Mon explication « systémique » à ces crises est qu’un ordre du monde succède à un autre. Une explication anthropologique serait que la culture américaine aurait envahi la planète et que, aujourd’hui, les cultures nationales seraient en train de la rejeter. La victoire de ce modèle ne remonterait pas à la chute du mur de Berlin, comme le croient les Américains, mais à bien avant. N’est-ce pas lui qui a inspiré 68, et liquidé « l’ascenseur social » qu’était notre système éducatif ?

Qu’est-ce qui va en sortir ? Une renaissance culturelle ? Ou un monde bancal, à la façon japonaise ou coréenne du nord, qui garde un peu de son passé, dont elle aurait peut-être dû se débarrasser, mais a perdu tout élan vital ?

En ce qui concerne la France, ce qui est frappant est la complexité du processus qui en avait fait ce qu’elle était. Le projet de la 3ème République avait été conçu par nos plus beaux esprits, et faisait l’objet d’une forme de consensus. Il a été balayé en un rien de temps par la séduction du « laisser-faire » anglo-saxon. Notre nation peut-elle renaître sans un tel travail de fond ?

Travail d’autant plus complexe qu’il ne peut être une copie du passé. L’intérêt de la vague anglo-saxonne, et de 68, est de nous avoir montré ce qui était fragile, voire ridicule, dans notre société. En particulier, grand théorème de systémique, plus on veut se protéger, plus on augmente le danger : car, alors, il vient de l’intérieur, du parasitisme et de la guerre civile. La société résiliente n’a pas de remparts. Et elle n’a pas non plus d’institutions, car, comme on le voit actuellement, les défenses passives sont retournées contre leur objet par l’assaillant.

Bref, notre élite de « possédés » a peut être raison, quand elle se voit l’agent de la « destruction créatrice ». En faisant exploser la société, elle nous force à sortir de notre léthargie, à prendre conscience de la plongée du monde dans la vieillesse, et de l’utilité de remettre en marche notre cerveau ? Ce qui ne tue pas renforce ?

Cohabitation

Que se passerait-il si aucune majorité ne se dégage des législatives ? J’ai découvert qu’il ne peut pas y avoir de nouvelle élection avant un an.

Le RN ne voulant pas prendre le pouvoir dans ces conditions, les autres partis doivent s’unir. Devront-ils pactiser avec M.Mélenchon ?

On parle aussi de « gouvernement technique », dirigé par une autorité façon Mario Draghi, qui chercherait le consensus. Ce qui, au fond, revient à ce qui précède.

Serait-ce le miracle que j’appelle de mes voeux ? Pour la première fois dans l’histoire de France, l’homme politique fait passer l’intérêt général avant son intérêt personnel ?

En tous cas, cela donnerait un formidable pouvoir aux minorités au sein de la coalition. Et toute instabilité peut provoquer l’effet inverse de celui désiré par notre stratège – président : démontrer que seul le RN est raisonnable et mérite de présider la nation.

Il se peut fort que le gouvernement soit paralysé, donc. Et qu’il soit obligé de renoncer aux mesures susceptibles de fâcher les uns ou les autres : probablement, à celles ayant un effet à long terme.

Le président pourra-t-il résister longtemps à la tentation d’exercer les pleins pouvoirs en faisant jouer l’article 16 de la constitution ?

Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le marché et le peuple

Les extrêmes veulent donner de l’argent au peuple, ce qui effraie les marchés financiers : la France n’en a pas les moyens.

Comment concilier les deux ?

En fait, donner de l’argent au peuple n’est pas une très bonne idée : étant pauvre, il va le dépenser dans des produits pas chers, donc chinois.

Il serait peut-être plus habile de lui dire que « le gouvernement l’a compris » et qu’il va renforcer l’économie traditionnelle, susceptible de lui fournir de bons emplois à côté de chez lui, et les services de l’Etat, donc améliorer grandement ses conditions de vie. Ce qui est sa revendication. L’électeur est certainement assez intelligent pour comprendre que, du fait de sa mauvaise gestion, l’Etat ne peut pas lui faire de cadeau.

Qu’il y ait des gains à obtenir de l’élimination des dysfonctionnements de l’Etat (sans licencier de fonctionnaires) semble évident : l’Etat a bien marché, un temps, et il coûtait beaucoup moins qu’aujourd’hui.

Quand au financement de l’économie traditionnelle, il pourrait être obtenu par réorientation des flux financiers alimentant la « bulle numérique » et en adoptant une approche « lean » de la transition climatique, qui repose moins sur une forme de « geoengineering » à base de technologie coûteuse, toxique et étrangère.

Ségrégation

Si les inégalités sociales ne sont pas un sujet en soi dans la campagne des législatives, le sentiment d’injustice est présent chez les électeurs, notamment ceux du Rassemblement national. Au cœur de la vie des Français, la ségrégation résidentielle, et surtout scolaire, est choisie par les plus aisés, subie par les autres.

Le Monde du 3 juillet

Apparemment, le RN ne devrait pas être en état de gouverner.

On peut en penser ce que l’on veut, mais en termes démocratiques c’est ennuyeux. Car il semble représenter beaucoup de monde. Et il est dit à ce monde : vous n’avez pas le droit de parler car vous êtes l’incarnation du mal. En d’autres termes, vous ne méritez pas d’exister. Au moins, Mme Clinton, en dépit de tout ce qu’on lui reproche, a eu l’honnêteté de la franchise.

Et pourquoi cela ? Même pas parce que ces gens pensent mal. Comme le dit Le Monde, qui croit un instant que ceux qui sont favorables à l’immigration ont mis leurs enfants dans une école où domine l’immigré (à moins qu’il soit oligarque étranger) ? Simplement parce qu’ils ont eu la malchance d’être du mauvais côté de la société.

Au fond, ce qui se joue est, en quelque-sorte, « l’identité de la France ». Un modèle de « ségrégation » à l’Anglo-saxonne peut-il s’imposer, avec d’un côté une élite civilisée et de l’autre une masse inculte ? Y avait-il quelque-chose de solide dans les valeurs de la 3ème République (et son élitisme scolaire, en particulier) ? Le changement révélera-t-il quelque-chose de neuf sur notre culture (au sens anthropologique du terme) ?…

Protectionnisme américain

Les démocrates américains ont compris que, s’ils voulaient retrouver leur électorat traditionnel, ils devaient leur rendre des emplois dignes. M.Biden a donc fait du super Trump, en érigeant d’immenses barrières de protection : l’IRA.

Apparemment, ça n’a pas marché. M.Biden n’est pas un favori des sondages, alors qu’il n’aurait dû que renforcer l’avance qu’il possédait sur M.Trump lors des précédentes élections. Pourtant les USA semblent créer beaucoup d’emplois. Mais on parle d’inflation. Serait-ce la conséquence du protectionnisme dont il est si souvent fait état ?

Mystère. En tous cas l’IRA semble avoir voulu faire d’une pierre deux coups. Il a cherché à réindustrialiser et à décarboner. Or, la Chine domine le secteur de l’environnement. L’IRA pourrait faire son jeu. (Article.)

Nier le réchauffement climatique serait-il dans l’intérêt des « classes moyennes » ? En jouant sur les forces des pays occidentaux, il y a plus de chances d’améliorer la qualité de leur emploi qu’en affrontant l’avantage chinois ? Quant au nettoyage de la planète, on peut le lui laisser ?

Péril rouge

Comment arrêter M.Poutine, si M.Trump signe la reddition de l’Ukraine, et la France s’aligne sur lui ?

M.Poutine semble faire la politique des Tsars et de Staline : bâtir un cordon sanitaire autour de lui. Bien sûr, comme ce cordon est lui même en contact avec les puissances impures, il doit être à son tour isolé, jusqu’à épuisement des terres. Mais il n’y pas de mot en russe pour « logique ».

Seulement la Russie de M.Poutine n’est pas celle des Tsars ou de Staline. Sa population est vieille. Surtout, ce n’est plus un des pays les plus peuplés au monde. Et qui dit impérialisme dit minorités opprimées. En particulier, elle est en guerre contre l’islamisme.

Il suffit que les pays de l’Est fassent bloc, s’arment jusqu’aux dents, avec l’appui de l’Allemagne, dont c’est l’intérêt puisqu’ils sont son marché captif (ce que l’on appelait un Lebensraum en d’autres temps), pour qu’ils réussissent un nouveau « containment » de l’expansionnisme russe. L’Europe aura alors un curieux aspect…

(Mais l’Allemagne, elle aussi, n’est plus ce qu’elle fut. Elle est vieille.)

Histoire de la Russie et de son empire

Péril de la raison ?

Au nom de concepts abstraits qu’il a inventés, Socrate enjoint la société Athénienne de renoncer à ce qui lui semble naturel, à ce qui fait la vie. Au fond, c’est l’histoire que raconte Platon.

C’est aussi ce que dit Tocqueville de la révolution.

N’est-ce pas, encore, ce à quoi nous devons notre « dissolution » ? Quelques personnes se sont raconté des histoires et les ont confondues avec la réalité ?

Comme pour l’intelligence artificielle générative, le bon usage de la raison consiste à en contenir les « délires » ?

(La faille de l’intelligence artificielle : elle est modelée sur la « raison pure » ? Elle n’est pas tempérée par « l’intuition », « l’instinct », « l’expérience », ou tout autre nom plus approprié ?)

Apologie de Socrate, par Platon

L’Apologie de Socrate est la plaidoirie de Socrate, lors de son procès, racontée par Platon.

Voilà une bien étrange plaidoirie. Car que dit Socrate ? Qu’il a passé son temps à démontrer aux citoyens d’Athènes qu’ils ne savaient rien. Et qu’il a été imité par tous les enfants de riches !

Que devaient faire les citoyens d’Athènes, selon Socrate ? S’occuper de leur âme, toutes affaires cessantes.

S’il sait le bien, pourquoi n’a-t-il pas fait de politique ? Parce qu’il n’y avait que de mauvais coups à prendre !

Socrate fait preuve d’un invraisemblable complexe de supériorité. Contrairement à tous, il sait qu’il ne sait rien. En revanche, s’il ne sait rien, il sait que l’âme existe, comment elle doit être cultivée, et que ce que l’on perçoit n’est qu’illusion.

Est-il surprenant qu’Athènes ait voulu se séparer d’un tel fauteur de trouble ? D’ailleurs, même si elle le condamne à mort, libre à lui de proposer une autre peine. Elle aimerait qu’il choisisse l’exil. Il suggère, au contraire, qu’on le nourrisse aux frais de la cité, n’est-il pas essentiel ? Au pire, il est prêt à s’acquitter d’une grosse amende, qui sera réglée par ses disciples, puisqu’il n’a rien.

Socrate ou 68 ?

Sablier

Il y a déjà pas mal d’années, The Economist parlait de « sablier ». Avec l’avénement des « nouvelles technologies » la société ressemblerait bientôt à un « sablier ». Il y aurait ceux qui maîtriseraient les dîtes technologies, et les autres, qui les serviraient.

Cela paraissait farfelu. Mais cela avait une signification qui a été ignorée : la disparition « programmée » de la classe moyenne. Elle était rendue inéluctable par le progrès technologique qui, comme chacun sait, est une loi de la nature contre laquelle l’homme ne peut rien faire.

Et si la colère qui s’est emparée de « l’Occident global », comme dit M.Pourtine, venait de la démission de la « politique », au sens premier du terme ?