Raison du populisme

Une étude universitaire (article du Financial Times) semble donner raison à l’observation ordinaire : les partis politiques traditionnels ont fait le lit de l’extrémisme.

Comme souvent, le phénomène est plus subtil que ce que l’on tend à penser. Il s’agit bien d’une question d’immigration et d’incivilité impunie. Mais non par haine de l’immigré ou de petitesse peureuse, mais parce que la population y voit une désagrégation de la société (l’immigré intégré est accepté sans difficultés) peut être voulue par des partis traditionnels, au mois insensibles au sort de leurs électeurs.

Le seul pays étant parvenu à aligner population et politiques est le Danemark. Et on n’y voit pas d’extrémistes.

Inuit

Le Danemark s’est livré à une curieuse expérience. Il a extrait quelques enfants inuits pour leur donner une éducation danoise. Il pensait que, devenus grands, ils guideraient sagement un peuple alors en situation désespérante. (Witness history de la BBC.)

L’expérience a mal tourné. Comme pour les « boarding schools », les enfants, coupés de leur famille, ont subi un choc traumatique. D’ailleurs, rapidement, ils ne pouvaient plus comprendre leurs parents.

En écoutant l’émission, j’ai pensé à une autre peuplade colonisée : les Corréziens. Comment se sont-ils intégrés à la société moderne ? En grande partie parce qu’ils ont été attirés par ses feux, mais aussi grâce à l’école républicaine.

Il me semble que l’on ne peut pas maintenir certains peuples dans des réserves, comme on le fait aujourd’hui, histoire d’avoir bonne conscience. Ils ne peuvent que constater qu’ils sont considérés avec condescendance. Le changement corrézien sous la 3ème République, qui est aussi le changement auquel aspire l’émigré, est probablement le changement le plus naturel et humain.

La Grande Arche : une comédie européenne ?

Surprenante histoire de la Grande Arche (un reportage de France Culture)…

  • On veut achever la Défense, par un bâtiment qui transforme ce qui ressemble à une rue en cul de sac. 
  • MM. Pompidou et Giscard d’Estaing sont peu ambitieux. Mais, dans la tradition monarchique française, F.Mitterrand veut laisser son nom, par une politique de grands travaux. L’Arche en fera partie. 
  • On décide de faire un « centre consacré à la communication » (on ne sait pas de quoi il s’agit précisément, mais, apparemment, ce type de projet était à la mode chez les socialistes en ces temps). 
  • Appel d’offres à des architectes. Un architecte danois dessine un cube. Il n’a fait que 4 églises dans sa carrière (des cubes). Le président Mitterrand choisit ce projet, crayonné, de préférence à ceux de multinationales. 
  • Le Danois arrive, comme tout Européen du Nord, plein de préjugés contre les races latines, auxquelles on ne peut pas faire confiance. Mais il est séduit par le prince. Puisqu’il a son oreille, il a tous les pouvoirs, pense-t-il. 
  • Il faut construire le cube, et les idées du Danois ne sont pas celles des ingénieurs. (En particulier, il veut des parois de verre d’un seul tenant…) Il les insulte. On essaie de l’aider en constituant autour de lui une équipe technique qui adapte son projet à la réalité (sans le vexer ?). Mais le président Mitterrand intervient sans cesse. Par exemple pour faire revêtir le bâtiment d’un marbre, que les ingénieurs estiment poreux. Risible, dit le prince, les bâtiments grecs sont en marbre et ils ont tenu des millénaires. Le marbre était effectivement poreux, il a été remplacé par du granit. A grands frais. 
  • J.Chirac est élu. Il s’attache à nuire à F.Mitterrand, en s’en prenant à ce qui compte le plus pour lui : ses grands travaux. Et en procédant à la française : par coups bas. D’où de multiples péripéties. Mais il y a des gens déterminés derrière le projet. Et ils parviennent à leurs fins. 
  • Quant au bâtiment, on ne lui a toujours pas trouvé d’emploi. 

Métaphore de l’Europe ? Une Europe du Nord pharisienne, mais pas aussi compétente qu’elle le croit ? Une France d’Ancien régime ? Dirigée par une caste de florentins ridicules qui la ruinent pour assurer leur gloire, et régler leurs comptes, elle est maintenue à flots par un peuple de sans grades, gueulards mais dévoués, et finalement efficaces ?

Le printemps arabe de la démocratie ?

Politique turque : tous pourris ? Un scandale révèle que les enfants des gouvernants (premier ministre compris) ont trempé dans des malversations. Ce que l’on apprend grâce à des juges, qui appartiennent à un allié devenu ennemi du pouvoir. Les dits juges ont servi à renverser le précédent pouvoir. Quant à l’opposition : c’est le chaos. Partout, même spectacle. Comme le marché, la démocratie semble un régime où la médiocrité attire la médiocrité. En Europe, au milieu de la tempête, les partis de gouvernement font preuve d’un curieux détachement. A l’image du premier ministre du Danemark. En pleine chienlit gouvernementale (elle est encore moins populaire que M.Hollande !), elle s’amuse à prendre son autoportrait en compagnie de MM.Cameron et Obama. Devant autant d’indifférence, les forces poujadistes prospèrent. Gros scores garantis aux prochaines élections. Mais elles sont incapables d’assumer des responsabilités. (Les politiques n’ont aucune raison de changer donc, sinon d’être populistes, à des fins tactiques.) Y a-t-il meilleur signe de cette faillite démocratique que la BCE ? Pour éviter une déflation, la BCE, donc, banque centrale sans Etat, va faire une politique « non conventionnelle ». Comme la FED. Mais plus difficilement. Car elle doit contourner les résistances des Etats… Quant aux Arabes, leur tentative de printemps démocratique les a précipités dans une guerre fratricide, secte contre secte. 
2014, l’étincelle ? La spéculation boursière a probablement atteint son point d’éclatement. « La combinaison du mécontentement de l’électorat et de la nervosité gouvernementale peut conduire à des résultats imprévisibles. » C’est grave, mais moins que ce qui nous attend. Un retour à l’ère victorienne. Car le monde de Dickens est la norme du capitalisme. C’est, du moins, ce que déclare un économiste, deux siècles de statistiques à l’appui. Heureusement, la microassurance fonctionne, si on la vend, non à l’individu, mais au groupe.
Par ailleurs, les écoutes de la NSA auraient fait perdre à M.Obama (qui s’en fiche ?) deux alliés : les jeunes et les Européens. Le Liban résiste toujours à la contamination de la crise syrienne. Le Soudan du Sud semble mal parti : certains pays limitrophes le divisent pour régner.
Entreprise. Le Danemark est le champion de l’agriculture industrielle, hyper scientifique (on y parle même de bio silicone). Héritage viking ? On fait visiter les abattoirs aux enfants. Les banques d’investissement sont parvenues à contourner les lois qui devaient réduire la rémunération des banquiers. Mais pas les forces du marché, qui les contraignent à faire des économies. (Il reste de la marge : la rémunération moyenne chez Goldman Sachs est encore proche de 500.000$.) Les laboratoires pharmaceutiques trouvent de plus en plus de remèdes, notamment dans le domaine du cancer, mais leurs marchés (les vieux américains et les émergents) ne peuvent pas se les offrir. Le problème viendrait en partie de ce qu’aux USA, un tiers du marché mondial, il est culturellement incorrect de parler de coût des médicaments. Là aussi, à long terme, les forces du marché, la nécessité de trouver des débouchés, pourraient faire changer les choses. C’est peut-être aussi ce qui arrive à Gazprom. Outil politique du gouvernement russe, il veut imposer sa loi à l’Europe. Celle-ci essaie de le contrer en jouant de la concurrence. Il doit s’adapter pour conserver son influence. Autre exemple de dirigisme. L’Angleterre est le champion mondial de l’énergie éolienne en mer. Ce qui lui coûte extrêmement cher en subventions. Politique d’autant moins compréhensible que le savoir-faire technologique part vers ses fournisseurs étrangers… Une note d’espoir, tout de même ? L’entreprise italienne est increvable. En dépit de ses handicaps domestiques, elle parvient à exporter, et à lever des fonds sur les marchés internationaux. Apprenons à aimer le marché ? 
68 aurait-il été l’idiot utile du collectivisme ? Prochaine acquisition pour le NSA ? En exploitant un phénomène physique de diffusion du son, il est possible de transformer la fibre optique en réseau d’écoute. NSA des parents : les enfants ne fuiraient pas autant Facebook qu’on l’aurait dit.

Peut-on imiter les pays du nord ?

The Economist donne en exemple l’Europe du Nord.
Dans les années 80/90 elle aurait eu sa crise. Son Etat était devenu trop gros. Elle l’a réformé. Comme la Chine ?, elle a libéré un peu son entreprise. Maintenant ses pays sont au sommet de tous les classements.
Peut-on imiter l’Europe du Nord ? Difficile à dire. Ce sont de petits pays (26m en tout). Avec le cas particulier de la Norvège, membre de l’Opep. Beaucoup dépend de sa culture, de la confiance et du consensus. Son modèle d’entreprise est proche de l’allemand : niche, innovation, long terme (fondation et famille), culture et forte automatisation. Peut-être aussi internationalisation. Et capacité à « s’ajuster aux règles dictées par les grands pays ».
En tout cas, le système éducatif finlandais semble mériter un examen. Ce serait le meilleur au monde. Et pourtant, il serait économe. On y encouragerait la créativité et l’apprentissage de groupe. Il se caractériserait par des enseignants compétents et modestement payés, et à qui on laisse la possibilité « d’expérimenter de nombreuses techniques d’enseignement ». Ils sont attirés par les caractéristiques du système finlandais : « confiance et stabilité ». Et surtout, le « respect » que l’on a pour eux.
Leçon ? Peut-être qu’un pays en difficulté doit se demander quelle est, au fond, sa mission (« la capacité d’investir dans le capital humain et de protéger le peuple des perturbations qui font partie du système capitaliste » pour les pays du nord). Et, ensuite, comment la mener à bien avec les moyens du bord. Et ce, avec pragmatisme. Et en évitant avec soin les idéologies. 

Coût du travail, France, Allemagne et TVA sociale

Étude sur le coût du travail en Europe. Je note que :

  • Le Danemark et la Suède on le même coût du travail alors que l’une finance la protection sociale par l’impôt, et l’autre par une cotisation salariale. La TVA sociale ne fera pas mécaniquement baisser le coût du travail ?
  • Les 35h auraient eu la conséquence inattendue de faire considérablement gagner en productivité les entreprises, autant que les mesures du Chancelier Schröder.
Une fois de plus, le succès du changement est dans sa mise en œuvre ? Malheureusement le point faible de nos gouvernements successifs…

Le Danemark dans l’euro ?

Le Danemark est présenté par To opt in or not to opt in à la fois comme un appendice de l’économie allemande et comme le meilleur ami du libéralisme économique anglais. Jusqu’ici il est prudemment resté en marge de la zone euro.

Pourtant, contrairement à l’Angleterre, et peut-être à cause d’elle, il pense que cette zone est trop importante pour ses intérêts pour qu’il ne puisse pas l’influencer. Le Danemark pourrait même rejoindre l’euro, s’il survit à la crise actuelle.

Âge de la retraite

L’attitude à l’âge de la retraite ne serait pas une question d’âge mais de culture :

Presque 9 personnes interrogées sur 10, en Angleterre, Danemark, Finlande et aux Pays Bas disent qu’il faut aider les papys à travailler, s’ils le désirent. À l’autre extrême, 55% des Grecs y sont opposés.

Dans les pays nordiques l’âge de la retraite est de plus en plus lié à l’espérance de vie.

Euro surévalué ?

Technique classique pour savoir si une monnaie a une valeur correcte : comparer le prix d’un même article partout dans le monde.

The Economist choisit à son habitude le Big Mac (Cheesed off). Ce qui donne, par rapport au dollar, une Chine sous-évaluée de 49%, l’Angleterre a peu près correcte, les pays d’Europe continentale très surévalués (+29% pour l’Euro, mais +55% pour le Danemark).

Mesure pas très fiable, mais qui doit donner quand même une idée pas idiote des déséquilibres en cours.

En résumé l’Europe de l’Ouest semble faire les frais de la relance mondiale. Dans ces conditions est-il surprenant que la récession y soit plus forte que chez les pays qui semblent à l’origine de la crise (les pays anglo-saxons ou la Chine, suivant les sources) ?