Réindustrialisons

La France, dont le PIB industriel est tombé à 10%, pourrait revenir à 15 voire à 20%. Voilà ce que mon travail actuel me fait penser. Or, on lit qu’un pourcent de PIB crée 200.000 emplois (emplois qualifiés, qui demandent une formation longue – mais dans l’urgence, tout est possible !) Conséquence : un million d’emplois nouveaux, repeuplement de nos territoires, qui possèdent le foncier et le savoir-faire industriel (dont beaucoup ont sombré dans la « trappe de pauvreté », selon un universitaire) et comblement de notre déficit.

La transition climatique serait le moteur de la réindustrialisation, dit-on. Je vois les choses différemment. Nos entreprises et nous mêmes vivons une crise environnementale : plus aucun approvisionnement n’est sûr. Il faut donc reprendre en main notre sort en réinventant notre économie de manière à ce qu’elle ne dépende plus de ce qui n’est pas fiable. Tout ce qui n’est pas consommé est gagné. D’où reconditionnement, recyclage, récupération (d’énergie en particulier), circuits courts… Électrification massive, ajoute notre gouvernement.

Dans ces conditions, la France aurait des atouts, si j’en crois ce que j’entends. Elle possède une énergie décarbonée, et, à condition qu’ils ne se délocalisent pas un peu plus, des champions de l’énergie, du traitement des déchets, de l’eau, etc. D’ailleurs, en dépit d’aléas récents, les PME françaises reprendraient des forces et notre industrie de la compétitivité, me disait-on récemment, et le profil des dirigeants de nos « champions » paraissent désormais moins financiers et plus techniques…

Qui dit politique industrielle dit planification, au sens de « changement planifié » de Kurt Lewin. Voici comment elle pourrait se faire :

Les « business clusters » locaux (cf. Territoires d’industrie), correctement accompagnés, présentent les projets économiques qu’ils veulent mener (cf. le business plan des start-up), et les moyens dont ils ont besoin. Tout cela est fusionné en un projet national. Les moyens sont mutualisés et votés par le parlement, ainsi que leur plan de déploiement. Le « chef de projet » (le commissariat au plan), responsable de la mise en oeuvre du plan, organise le changement, « pilote » le déploiement des moyens, et, grâce à une « boucle de rétroaction » mesure les écarts entre objectif et réalisé, et « rectifie le tir » le cas échéant. Il travaille de concert avec tous les « acteurs » concernés.

Conséquence : les filières industrielles verticales dirigées par des donneurs d’ordre nourrissant la finance internationale cèdent la place à des écosystèmes locaux polyvalents (« business clusters » au sens de Michael Porter) qui « gardent la valeur sur place ».

Et l’Europe, dans cette histoire ? Espérons qu’elle finira par adopter une ligne commune. Car, que les nationalistes le veuillent ou non, les sorts de ses nations sont intimement liés.

Paradoxe environnemental

La transition climatique a une soif inextinguible de produits miniers, en particulier cobalt et cuivre. D’où déforestation accélérée de territoires fameux pour leur biodiversité : la zone détruite, en Afrique, aurait la surface de l’Ile Maurice. Or, le besoin de ces métaux devrait croître d’un facteur 40 d’ici 2040 ! (Le phénomène est en partie rendu possible par l’incurie des gouvernements locaux.)

Présentation de l’étude.

Dans ses travaux sur les Limites à la croissance, le MIT montrait que, dans la logique actuelle, ne pas prendre la situation de l’humanité et de la planète globalement conduisait à empirer le mal en traitant ses symptômes. Parfaite illustration ?

La France en changement

Ce blog a été crée pour observer la « France en changement ». La grande affaire du moment est la réindustrialisation.

Pourquoi la désindustrialisation ? pour commencer. Nos gouvernements auraient adopté les idées anglo-saxonnes. J’ai découvert récemment la « courbe en U » (du « sourire ») : la « valeur » est créée par la conception ou par le marketing, non par la fabrication, qui doit être confiée au moins disant. J’ai aussi appris que le taux de change euro franc aurait été choisi pour favoriser les importations et la consommation. D’où effondrement de notre capacité productive. Et, nos « champions nationaux », une de nos particularités, ont délocalisé leurs sites de production. Notre déficit commercial s’explique en partie parce qu’il nous vendent ce qu’ils fabriquent ailleurs. Par ailleurs ils ont procédé à des acquisitions à l’étranger, en s’endettant. L’entreprise français investit beaucoup plus à l’étranger que l’étranger n’investit en France (« Choose France »).

Ce dispositif a ses bénéfices : il est supposés créer des emplois dits « protégés », qualifiés de « présentiels » (autre découverte récente : ce terme semble signifier « service à la personne », un retour à la profession de « domestique » ?), il est exportateur de « services », qui, comme on le voit sur les graphiques de l’INSEE, compensent en partie les importations de biens manufacturés, mais ces services sont des ventes internes entre unités de nos « champions ». Finalement, les acquisitions étrangères de ces « champions » rapportent des dividendes, mais ils profitent peu à la population.

Autre tendance de fond. Lisbonne 2000. On y parlait de la « société de la connaissance », dont l’UE devait être le champion mondial. Apparemment, il s’est installé dans les esprits le sentiment qu’il n’y qu’une innovation qui vaille, et elle est « de rupture » et « numérique ». Pour autant, comme pour le Green deal, plus tard, l’enthousiasme européen n’a eu aucun résultat concret.

Le changement, maintenant. L’UE veut redevenir une puissance industrielle. Son objectif : 20% de son PIB crée par l’industrie. Progressivement, l’UE et la France adoptent une politique industrielle, avec tout ce que cela signifie de protectionnisme.

Dans cette affaire, l’UE peut paraître ridicule. On lui reproche actuellement de passer son temps à légiférer et à entraver son économie, qui lui serait nécessaire à mettre en oeuvre ses intentions. Résultat, ce sont ses concurrents qui le font et liquident son tissu économique. Comment va-t-elle réussir sa réindustrialisation dans ces conditions ?

Un prochain billet traite de la question.

Bon plan

Lundi dernier, le Commissariat au plan fêtait son 80ème anniversaire. Ou, plutôt, sa renaissance d’entre les morts. Car, en demandant des plans régionaux, le gouvernement socialiste des années 80 l’a vidé de sa substance. Mais c’est Dominique de Villepin qui l’a tué. Dominique de Villepin, qui a, curieusement, fait un passage éclair, le temps de présenter ce qui ressemblait à un programme électoral.

Car, de nouveau, la planification fait consensus. On a entendu ce que l’on trouve dans ce blog : à savoir qu’à l’origine du plan, il y a la pensée d’avant guerre, fasciste, soviétique et du New deal. Chez nous, elle est portée par des mouvements que nous considérerions fascistes. Elle a été mise en oeuvre par Vichy, puis par les gouvernements d’après guerre. L’idée était dans l’air, mais la France a fait preuve d’originalité. Le commissariat au plan réunissait tous les constituants du pays, alors en conflit violent les uns avec les autres, et procédait à de larges consultations. Une idée à reprendre en un temps où le chaos est redevenu la règle de la politique nationale, a-t-on entendu dire. Le premier objet du plan fut de ne pas répéter les erreurs de la première guerre, à savoir avoir laissé l’agriculture et l’industrie prendre du retard.

On s’est interrogé sur ce qu’il faut planifier (la finance, l’IA, l’énergie) et sur le rôle du Commissariat (lieu de rencontre « transpartisans », « poil à gratter »), sur le plan au 21ème siècle (« associer les acteurs », « se limiter » à quelques orientations critiques afin de « libérer les forces vives ») et sur la prospective. A cette occasion, Alain Minc a égratigné le politique qui a « dévoyé » ses travaux, en particulier, décidément, Dominique de Villepin.

On a eu droit à un solo de Philippe Aghion, qui ne jure que par « l’innovation de rupture », et nous donne les Etats Unis en exemple. L’intelligence artificielle va nous rendre riches, car plus créatifs. Rattraper notre retard abyssal dans ce domaine doit être l’objet du plan. On a écouté Arnaud Montebourg, appeler de ses voeux un plan « transpartisans », qui permette de « reconstituer les forces productives », de créer de l’emploi sur place, d’augmenter le PIB de 3%, de rééquilibrer notre modèle social… ce qui demande un « effort collectif », probablement douloureux.

Clément Beaune, qui s’épanouit visiblement dans sa mission de « poil à gratter », finalement, se réjouit de la renaissance du plan, lieu « d’arbitrage » entre « grandes options », et appelle de ses voeux une planification européenne.

Pépite

La France en changement. Une France « souterraine » qui s’interroge, analyse, constate, cherche, avec pragmatisme, mais aussi avec une élégance intellectuelle certaine, et qui met en œuvre des solutions. Voilà ce qui ressortait de la conférence de lancement de la chaire PÉPITe (mardi dernier).

La chaire PÉPITe combine la recherche « académique » à l’étude « de terrain ». Son sujet : la « transition écologique » est un moteur de réindustrialisation, qui passe par les « territoires ». L’événement réunissait le public et le privé, des représentants des « parties prenantes » de ce grand changement. Ce que je retiens :

La France « pivote ». L’UE et elle doivent devenir une « puissance industrielle ». Seulement, sa situation se détériore vite. Et elle est « totalement dépendante ». Terres rares chinoises, qui font de ses « champions » des géants aux pieds d’argile, numérique américain, mais aussi interconnexion avec le reste de l’Europe, dont certains membres sont tentés de faire entrer le loup dans la bergerie… Et la dégradation du tissu industriel, en cours, produit un cercle vicieux. Or le « paradoxe » est partout. L’économie qui émerge est celle de la mine, désastre écologique. Donc recyclage, circuits courts, biosourcé… Mais, ce n’est pas rentable. Le gouvernement s’embarque dans un grand plan d’électrification, mais réindustrialisation signifie hausse massive de la consommation… Et il y a le foncier… Et la transition écologique creuse quasi exponentiellement les déficits, le matériel acheté étant chinois.

Bref, il faut une politique industrielle, qui reconstitue des filières entières, et qui finance des « modèles économiques » d’avenir mais déficitaires. Et qui forme le nombre impressionnant de personnels qualifiés dont elles ont besoin. Elle doit être mue par « l’intérêt général », seul moyen de vaincre la résistance à un changement aujourd’hui vu comme motivé par l’enrichissement personnel et « l’opportunisme subventionné ». Ce qui demande à nos gouvernements, et à ceux de l’Europe, de retrouver la voie du temps long et de la planification.

Cela ne suffira pas. Le changement doit se faire « bottom up ». Il faudra donc que la France se réveille, que nous tous, citoyens, nous fassions preuve de génie (voire de notre fameux « système D » ?).

Humour noir

Qu’est-ce que l’humour noir ? me suis-je demandé en écoutant France Culture.

Rire de ce qui ne devrait pas faire rire ?

Peut-on évoquer Bergson ? Nous rions de ce qui n’est pas naturel ? Mais aussi manipulation ? Faire passer pour pas sérieux quelque-chose qui l’est considérablement ? En tous cas, le rire dépend éminemment du contexte social : à l’époque de l’émission, immédiat après guerre, ce qui faisait rire avait changé.

Guerre des talents

L’UE devient une puissance industrielle. Ce qui nous promet des surprises. Celle du moment : elle découvre que la réussite du changement repose sur les hommes, pas sur la technique, et, justement, sur ces hommes que son système éducatif déclassait !

The European Commission will today recast the EU’s quest for competitiveness as a labor-market challenge. The argument is this: The ability to compete with the likes of China and the U.S. in everything from defense to clean tech increasingly hinges on finding enough skilled workers.

( )

The Commission’s message is that Europe can’t just regulate or subsidize its way to competitiveness and that from now on economic performance will be judged not just by deficits and debt, but also by whether governments invest in their workforce.

Politico.eu 3 juin

Mais, il apparaît aussi que les grandes entreprises se donnent les moyens d’atteindre leurs fins. Elles créent des filières entière de formation.

Les vertus de l’irresponsabilité

Christine Ockrent n’en finit pas de s’interroger sur la nature de l’Amérique et de ses habitants. De sa dernière émission, je retiens qu’ils cherchent uniquement à satisfaire leur intérêt immédiat et que, pour cela, ils font des essais. Et plus ils nous prennent par surprise, en particulier moins ils sont raisonnables, plus ils ont de chances de réussir.

Bien sûr, ils ont aussi une faculté de réaction extrêmement rapide, contrairement à nous. Une capacité exceptionnelle à sortir de l’immeuble dont ils ont attaqué un mur de soutènement.

Deux stratégies possibles ? Chercher nos intérêts convergents et rendre coup pour coup ? (Ce qui semble la tactique de MM. Xi et Poutine.)

Fin du libéralisme

L’autre jour, je suivais une conférence du Commissariat au Plan. Il fêtait ses 80 ans, et sa résurrection d’entre les morts. Ce que l’on y entendait semblait confirmer ce que je lis depuis quelque temps : la Chine est à la mode. Nous devons l’imiter. Devenir une puissance industrielle et appliquer une politique industrielle. L’industrie et le plan sont à la mode.

Fin d’une autre mode, le libéralisme ? Si j’en crois, une fois de plus, ce que j’entends, « en Europe, la réglementation précède la filière » : on a cru qu’il suffisait de légiférer, et que le marché ferait des miracles. C’est raté. Quand on veut modifier la société, il faut, comme lorsque l’on désire construire un bâtiment, un plan.

Investisseur artificiel

On raconte qu’une intelligence artificielle gère un café. Elle achète, prend les commandes, fait les menus, embauche et dirige le personnel… Et fait n’importe quoi. C’est un désastre (6000 serviettes…).

Cela en dit aussi long sur les fonds d’investissement. Car tout cela est financé, alors que ce n’est pas le cas de projets utiles. La logique du fonds d’investissement ? La spéculation façon Panurge ?