Réseau social

Avec Epstein, on est toujours perdant : soit vous apparteniez à son réseau, et vous êtes dans de beaux draps, soit ce n’est pas le cas, et vous êtes insignifiant. Ce qui est bien pire.

Au fond, le « modèle économique » d’Epstein était celui de toutes les vedettes de la pop moderne ou de la télé réalité. On commence par être célèbre, puis l’on devient un intermédiaire, et l’on en tire des commissions d’apport d’affaire. Dans son cas, il n’avait pas acquis la célébrité par la pop, mais par le plus vieux métier du monde, celui de Madame Claude.

Inside Jeffrey Epstein’s social Ponzi scheme
Jeffrey Epstein built a network linking presidents, billionaires, royals and celebrities through his ability to fulfil the needs and desires of the world’s most powerful people.

He was able to turn those ties into a source of money, information and further relationships, a form of social Ponzi scheme he maintained until he was arrested and died in jail in 2019.

The hundreds of thousands of new messages released by the US justice department reveal the staggering range of Epstein’s social network and read like a self-help group for the 0.01 per cent.

Financial Times du 5 février

(Au passage, on notera l’amateurisme de Trump, qui a été incapable d’utiliser correctement sa notoriété pour s’enrichir. Mais aussi celui des Russes et des Chinois, qui avaient là le réseau qu’il fallait infiltrer. Pour Epstein cela aurait été « gagnant / gagnant », et il aurait échappé à la prison.)

Les héros du bien commun

Chaque société a eu ses héros, citoyens romains « vertueux », saints et martyrs chrétiens, nobles – braves de pères en fils, « entrepreneurs de vertu » modernes, etc. (Concordance des temps.) Ils illustrent ce qu’elle dit être bien. Les héros sont des leçons pour petits enfants.

Dans le cas des résistants ou de Soljenitsyne (un héros de l’Occident ?), il semble bien que ce soit une question de « valeurs » de la personne. Ces valeurs sont celles de la société, ou d’une partie de celle-ci (Pétain se disait martyr). Une situation est « inacceptable » pour l’individu, qui est prêt au sacrifice de soi pour la faire changer. Raison égoïste ?

Mais je me demande, s’il n’y a pas un autre héroïsme. J’ai assisté plusieurs fois à des transformations d’entreprises en crise. Au début, les employés donnaient un fâcheux spectacle. Peut-être pas tant une question de comportement que d’écart ridicule entre les actes (mesquins) et les paroles (glorieuses). Puis, soudainement, tout ce monde s’attaquait au changement, et chacun rivalisait de dévouement pour le bien de tous. Humilité et exploit anonyme.

Peut-être est-ce là l’esprit de l’équipe sportive quand elle est une réelle équipe ? Tous héros ?

Averroès

Le passage d’une culture à l’autre produit de curieux phénomènes. Averroès est considéré comme un grand homme chez nous, alors qu’il s’efface derrière Avicenne chez les Arabes. De même certaines idées, qui produisirent la colère de Saint Thomas, n’eurent aucun écho chez eux. Méfions-nous des universitaires qui prétendent mieux connaître une oeuvre que son auteur ?

Bien en cours, jusqu’à un changement de régime, Averroès était médecin, juriste et philosophe. Il ne jurait que par Aristote. Idée que l’on retrouve souvent dans l’histoire, il estimait que l’on pouvait atteindre le même résultat par la raison et par la foi.

Ce qui semble la conclusion à laquelle tout intellectuel doit immanquablement parvenir.

(Avec philosophie.)

Optimisme

Dans un précédent billet j’observais que Dominique Moïsi avait une vision apocalyptique de la situation du monde, et surtout de celle de l’Occident, mais qu’il était optimiste.

Pourquoi ? Curieusement, pour des raisons indirectes. Notre société a connu de grands progrès. Et cela lui permet de faire le mal, mais aussi le bien.

Il ne reste plus qu’à passer à l’action ?

(Il notait l’allongement de la durée de vie. Serait-ce aux vieux de jouer les héros ?)

Gombrowicz

Quelle est la gloire littéraire ultime ? Faire l’objet d’un autodafé. C’est ce qui est arrivé à Gombrowicz, qui fut rayé des programmes de l’instruction publique par un récent gouvernement polonais.

Qu’est-ce qui a bien pu produire l’ire polonaise ? Difficile de le savoir, en écoutant Une vie une oeuvre. A moins que cela tienne a ce que paraissait être Gombrowicz : un homme libre. Influence pernicieuse ?

Betting the farm

Le capitalisme américain à son meilleur.

La fuite dans une spéculation de plus en plus créative.

2 annonces du Financial Times, le 2 février dernier :

SpaceX buys xAI in $1.25tn deal to unite crucial parts of Elon Musk’s empire
Rocket company boosts valuation to $1tn and pays $250bn to acquire AI start-up as Musk envisions data centres in space

Oracle raises $25bn in bond offering despite concerns over rising debt
Company’s huge bet on AI has prompted investor concerns about the sustainability of its spending

(Un tel phénomène serait-il possible chez un peuple un peu plus évolué ?)

Big Tech’s ‘breathtaking’ $660bn spending spree reignites AI bubble fears

Financial Times du 6 février

Travail en miettes

De temps à autre il est bon de faire un bilan. Il y a quelques années, on a annoncé que l’on allait libérer les forces de l’entrepreneuriat, pour le bien de l’humanité. Résultat : une surprenante précarité.

Faut-il chercher beaucoup plus loin les raisons du succès du « populisme » ?

En tous cas, ne serait-il pas utile que nos grands hommes se penchent sur les conséquences de leurs actions ?

Du recul du salariat à l’essor du microentreprenariat, comment la fragmentation du travail nourrit la précarité
« L’emploi morcelé » (1/5). CDD, temps partiel subi, plateformes… plus d’un travailleur sur quatre subit aujourd’hui une forme de précarité. Un phénomène qui retarde l’indépendance des jeunes, fragilise le collectif de travail et alimente l’abstention électorale.

Le Monde du 2 février

Heureux comme le diable aux USA ?

Le diable se serait transformé au Moyen-âge. Jusque-là c’était un « bon diable » que l’on pouvait berner. Mais cela n’a pas plu à l’église, qui ne pouvait admettre que chacun puisse à la fois avoir du bon et du mauvais. D’où un effet curieux : l’Occident s’est mis à convertir l’infidèle à tour de bras, de peur que le jour du jugement dernier il ne passe en masse à l’ennemi.

Mais le diable n’est plus à la mode. Alors il s’est réfugié aux USA.

Concordance des temps.

Golda Meir

Golda Meir fut la femme de fer originale. Elle avait bien des caractéristiques de Margaret Thatcher : une détermination que rien ne fait plier, mais aussi une surdité certaine. Comme Mme Thatcher, avec la guerre des Malouines, elle n’a pas vu venir celle du Kippour. Mais, alors que ses généraux étaient désemparés, elle a pris en main les événements. Contrairement à Margaret Thatcher, elle a dû ensuite démissionner.

Elle était travailliste, mais partageait le nationalisme du Likoud. D’ailleurs, elle aurait été fatale à son parti, le peuple lui reprochant son élitisme ashkénaze.

Voilà ce que je retiens de Golda Meir, de l’idéal socialiste à la realpolitik israélienne.

(Mon vernis culturel me faisait penser qu’elle était un modèle pour le féminisme international et une gloire pour Israël, alors que je crois comprendre qu’elle y est haïe.)

Miracle à l’Elysée

Dépêchons-nous d’écrire avant le prochain accident ? Je trouve que le gouvernement mérite des félicitations. Certes il n’a entamé aucune grande transformation, et nous sommes gros Jean comme devant. Mais il a réussi ce qui semblait impossible à la France, jusque-là.

D’abord, il cherche le compromis. De Gaulle et beaucoup d’autres croyaient que cela était incompatible avec la culture française ! Tremblement de terre.

Ensuite, avec M.Macron, pour la première fois dans l’histoire, nous avons un président qui comprend les codes de conduite internationaux, et qui ne met pas mal à l’aise ses collègues.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, j’ai lu qu’il s’entendrait bien avec M.Lecornu. Ce qui est peut-être le plus grand miracle des trois.