« Domination » est un mot que l’on entend beaucoup dans certains milieux. Curieusement, des milieux « dominants ».
Qu’est-ce que la domination pourrait-on se demander ? Au temps où j’enseignais, j’avais eu la surprise de constater que mes étudiants avaient subi des rapports de « domination » pendant leurs stages (ils en restaient marqués) : les employés en poste cherchaient à utiliser leur pouvoir pour leur faire faire ce qui n’était pas dans leur mission. Du coup, cela m’avait fourni un remarquable exercice de conduite du changement : comment se tirer de ce type de situation ? Beaucoup avaient trouvé de très élégantes solutions.
Le premier ingrédient de la domination semble donc être une différence de situation sociale : USA / alliés, classe gouvernante / population, parent / enfant, médecin / patient, chef / subalterne…
A noter que la domination utilise rarement (jamais dans l’exemple ci-dessus) la force ou la menace, Trump ou Poutine sont des exceptions, beaucoup plus une sorte de morale implicite. La domination, dans nos sociétés, est généralement un « crime en col blanc », une manipulation des esprits. Ce que le professeur Cialdini nomme « influence ».
Mais, comme dans le cas du harcèlement par le pervers narcissique, et comme dans mon exemple, cela n’est pas suffisant. Le « dominé » a les moyens de se faire respecter. S’il ne le fait pas, c’est souvent qu’il est affecté de quelque pathologie sérieuse, quelque accident d’enfance (d’où l’efficacité de la morale comme moyen de manipulation). En outre, beaucoup de stages se passent sans incident. Pourquoi ? Le stagiaire est considéré comme un « collègue », ou comme un « enfant », parfois comme un « futur dirigeant », bref, comme un être humain avec lequel on a de l’empathie.
C’est probablement ce qui manque à notre classe gouvernante. D’où la crise actuelle. Crise = domination ?