On s’interroge aujourd’hui beaucoup sur le « mérite ». La critique de « l’élite », qui bat son plein, révèle qu’elle estime qu’elle a du « mérite », pour avoir réussi des études difficiles. En échange de ses mérites, elle a des « droits ». Ce que l’on dit moins, mais ce qui est totalement logique, est qu’elle considérait le reste de la population comme « paresseuse ». Elle avait donc, tout de même, un devoir, qui était de forcer ces paresseux à se mettre au travail, en leur coupant les aides qui leur permettaient de rester oisifs. (Enquête.)
La panne de l’économie s’expliquait peut-être ainsi : ces gens ne voulaient pas « traverser la rue » pour aller chercher un travail, dégradant car correspondant à leur mérite réel, jusque-là surestimé par des gouvernements paternalistes. Retour à la réalité, fin de la récréation. Pour l’économiste Thorsten Veblen, les riches étaient la « classe oisive ». Pour ces nouveaux riches, la classe oisive était celle des pauvres.
Il y a eu un temps, que l’on raille aujourd’hui, où « l’homme blanc » avait des « devoirs ». Parvenir au sommet de la société (et de l’humanité en ce qui concerne « l’homme blanc ») s’accompagnait d’obligations sociales. On parlait aussi de « pauvres méritants ». Les électeurs de M.Trump ont préféré cette élite ancienne à la nouvelle.
Comme quoi le conditionnement social joue un rôle énorme dans notre façon de voir le monde. Ce qui est d’autant plus paradoxal que l’on a vécu un demi siècle d’individualisme effréné, durant lequel on a nié l’existence même de la société !