La ligue des refoulés

Lorsque Xi Jinping rêvait d’un siècle chinois, pensait-il se retrouver aux côtés de Poutine, Kim Jong-un, un Ayatollah iranien et toute une clique hétéroclite de potentats médiocres ?

Par contraste, cela fait ressortir un des aspects, redoutables ?, de la culture des USA, sa véritable soft power : sa joie de vivre. Cette sorte de pied de nez à tous les grincheux qui séduit tant la jeunesse, et a été fatal à de Gaulle. Un rire à la Bergson, qui révèle les principes contre nature des tristes Tartuffe ?

Qui est Xi ?

The Economist s’intéresse à la Chine de M.Xi. Après le pouvoir collectif, retour au modèle Mao. L’élite chinoise aurait pensé que seul un homme seul pouvait mener les réformes que demande le pays. Ailleurs dans le monde, le dit pays tente, avec plus ou moins de bonheur, de monter un ensemble d’alliances dans lesquelles l’Amérique (et l’Occident) ne soit pas. « Nouvel ordre mondial. »
La Russie a gagné la guerre d’Ukraine. Mais, des deux côtés, il fallait un armistice. Le danger maintenant est l’incurie endémique du pouvoir Ukrainien. D’une manière générale, les frontières de l’Europe sont en flamme. Elle tente de « repenser sa stratégie de sécurité ». Ce qui n’est pas simple compte-tenu des divergences d’intérêt entre ses membres. Le retour de M.Sarkozy pourrait être une chance pour M.Valls. Enfin un opposant ! M.Renzi semble enlisé. L’Angleterre croît fort, crée des emplois, mais les impôts ne rentrent pas. Trop de pauvres. Trop de dépendance vis-à-vis des salaires de la City. Politiquement, l’anti élitisme a le vent en poupe. Il en est de même en Allemagne. Où, de plus, les minorités musulmanes deviennent anti-sémites. En Suède, les démocrates sociaux arrivent au pouvoir sans pouvoir gouverner. Ce qui pourrait aussi être le cas de Mme Clinton, si elle était élue.
Les USA montent une alliance pour combattre l’Etat Islamique. Vues les différences d’intérêts entre tous les courants qui parcourent le Moyen-Orient, on peut se demander combien elle tiendra. En attendant, cette situation de chaos fait les affaires du nouveau président de l’Egypte, rare îlot de calme dans la région.
Huawei s’en prends à IBM, HP et Cisco, il veut devenir un leader des systèmes d’information. Apparemment, il a les moyens de réussir. Quant à Sony, ça ne marche pas très fort. Il faudrait restructurer, ce que ne semble pas vouloir son PDG. Air France est en grève. Ses pilotes n’ont pas pris conscience des multiples menaces qui planent sur la tête des compagnies traditionnelles. En attendant on empile de plus en plus de pauvres dans les avions, et on donne de plus en plus de place aux hommes d’affaires. L’avion moderne est à l’image du capitalisme. On ne sait pas assez que l’entrepreneur a une vie de chien. Et il est généralement atteint « d’hypomanie, un état psychologique caractérisé par énergie et confiance en soi, mais aussi nervosité et prise de risque ».
Supprimer la monnaie ferait du tort aux criminels, et rentrer beaucoup d’impôts, et cela faciliterait le combat contre la déflation, par la possibilité d’imposer des taux négatifs. Les fonds de pension ne croient plus aux miracles des hedge funds. (Leur modèle économique : vendre de l’illusion ?) Acheter des actions d’Alibaba, qui vient d’entrer à la bourse de New York, serait hautement risqué. (Spéculatif ?)
Pour combattre l’effet de serre, il faut réutiliser l’esprit du protocole de Montréal, « financement généreux et coopération ». Tactique qui a eu la peau du trou d’ozone. Et l’étendre aux hydrofluocarbones. Ce ne serait pas la fin du problème, mais un premier pas vertueux.
Le degré d’altruisme de l’homme varie aléatoirement entre l’hyper altruisme et la psychopathie. Napoléon a nuit à la France, qui de puissance européenne dominante est devenue second couteau. 

Le pays arabe : régime fort, Etat faible…

Qu’est-ce qui empêche les pays arabes de s’adapter au monde moderne ? Selon The Economist, de multiples facteurs, en particulier l’Islam. Mais surtout l’adoption d’idéologies rétrogrades (Salafisme). Ce qui aurait mis, dernièrement, le feu aux poudres serait le développement des inégalités. (Au moins en Syrie, cela aurait été dû à une libéralisation économique.) Caractéristique ? « Régimes forts, Etats faibles ». (Et Al Qaïda prend le relais des régimes faibles ?) En Irak, confronté au dit Al Qaïda, les troupes gouvernementales font preuve d’un peu de vigueur, les Russes envoient des avions de combat, et les Américains aimeraient que le gouvernement devienne plus démocratique avant d’intervenir en force.
En Ukraine, M.Poutine utiliserait ce qu’il perçoit comme une technique américaine : créer une succession de crises, par manipulation en sous-main. En France, M.Sarkozy est arrêté. « Il aime tellement la compétition », dit un dirigeant de l’UMP, « que quand il n’y en a pas, il l’invente ». L’Italie est submergée d’immigrés et pourrait utiliser sa présidence de l’UE pour en obtenir de l’aide. L’Allemagne a conservé un système éducatif à trois vitesses. Une tentative de réforme de celle qui prépare à l’université, ne passe pas. M.Cameron aime désormais M.Juncker. Et attend son salut de Mme Merkel. Aux USA, plus M.Obama cherche à contourner le parlement et le Sénat, qui lui sont hostiles, plus ceux-ci le bloquent. (Peut-être faudrait-il qu’il apprenne à aimer la démocratie ?) En Inde, M.Modi fait face à la réalité du pouvoir. Plus compliqué que prévu. Idem en Thaïlande. Les généraux et le populisme sont aux commandes de l’économie. Le Japon veut réformer sa constitution pour qu’elle devienne plus guerrière. Ses pacifistes s’insurgent. Mais sa jeunesse est lasse de la culpabilité qu’on lui fait porter depuis la guerre. La campagne anti corruption de M.Xi Jinping fait tomber des pontes du régime. Ce qui révèle sa volonté d’exercer seul le pouvoir, mais aussi à quel point « le cœur du système est pourri ». La population de Hongkong tente de repousser une OPA sur son île par la Chine continentale, et ses oligarques.
« Cela ressemble au problème de l’œuf et de la poule. Sans forte reprise, les entreprises ne veulent pas dépenser. Mais si elles ne dépensent pas, il n’y aura pas de forte reprise. » Dernière mode de management : holacratie. L’entreprise doit être faite d’équipes qui s’assemblent spontanément pour mener une mission. Sévère amende pour BNP. Les USA mettent le monopole du dollar au service de leurs intérêts. Les obligations vertes font un malheur, bien qu’on ne sache pas trop de quoi il s’agit. Le commerce équitable serait un attrape-nigaud. Il ne rapporte quasiment rien à ceux qu’il était supposé aider. L’Afrique construit son infrastructure, en particulier ses réseaux de fibre optique. Un métier d’aventuriers. L’économie israélienne est dominée par une vingtaine de familles. Elles s’enrichissent au détriment de la population. Mais il est difficile de desserrer leur étau.
Les Tibétains devraient leur capacité à vivre dans des conditions difficiles à un croisement entre homo sapiens et une variante humaine disparue depuis longtemps. La conquête du monde par l’homme aurait été essentiellement une question de chasse à l’eau. 

Les relations internationales changeraient-elles ?

M.Obama rencontre M.Xi. Les relations américano-chinoises semblent s’apaiser. Syrie : on évoque une conférence. Hier, on parlait de l’affrontement du bien contre le mal. Seule l’intransigeance était acceptable. Aujourd’hui, le politique semble revenir à la mode. Pragmatisme ? On a vu ce qu’ont donné l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye ? En Syrie, Charybde affronte Scylla : à qui accorder notre préférence ? Le conflit n’apporte que le chaos. Le politique peut le contenir. Mais il permet aussi de transformer la société, par d’autres moyens que la force. Le politique serait-il l’art de la conduite du changement ?

XI Jinping, force tranquille dans un monde turbulent ?

Xi Jinping ou la force tranquille ? Contrairement à ses prédécesseurs, à peine nommé, il rend visite aux USA. Après avoir rencontré quelques partenaires des USA mécontents, histoire de montrer qu’il pouvait faire ce qu’ils faisaient en Asie. Qui veut la paix prépare la guerre ? D’ailleurs, les USA ont peut-être tout à gagner à encourager la Chine à faire chez eux ce qu’elle fait en Afrique. « Dans certains parties (du Mississipi) les gens ont une espérance de vie plus basse qu’en Tanzanie. » Le delta du Mississipi se dépeuple. Drame de la pauvreté.
En Europe, Mme Merkel et M. Hollande s’entendent. Et si c’était pour faire l’envers de ce qu’il faut ? («  Une bon accord verrait l’Allemagne approuver une union bancaire qui met en commun au moins une partie des risques de la zone euro, et la France accepter la nécessité de libéraliser son économie, renforcer le marché unique et abandonner les barrières au commerce international. ») Effectivement, l’union bancaire européenne partirait sur des bases fragiles. Pour qu’elle puisse se construire, la BCE devra faire preuve de talent, et probablement de pas mal de chance. Si elle réussit, les moyens dont elle aurait eu besoin dès le départ lui seront donnés progressivement. Si elle rate, la seule institution crédible de la zone euro sera discréditée. (Vue la complexité des règles à faire évoluer, c’était peut-être la seule façon de procéder, me dis-je.) En Allemagne, une succession de scandales élimine l’un après l’autre les successeurs possibles de Mme Merkel. Le président hongrois « recrée le modèle de gouvernement communiste ». Des sanctions européennes pourraient être contreproductives. Il est préférable d’attendre que la crise abatte son gouvernement.
Ailleurs, la poigne de fer de M. Erdogan serait à l’origine du mécontentement turc. Comme souvent, il pourrait périr par ce qui a fait son succès, et celui de son pays. « Polariser le pays est dans sa nature. Si cela continue, une décennie de stabilité économique et politique sous l’AKP pourrait en arriver à une fin pitoyable, voire tragique. » Bashar el Asad, grâce à l’aide iranienne, et du Hezbollah, a pris l’avantage sur ses opposants. En Libye, le chaos ruine les espoirs des pétroliers.
L’économie brésilienne ne va pas très bien. La volonté de sa présidente d’améliorer le sort de son peuple en « relançant la croissance en augmentant les dépenses publiques et le salaire minimum » ne semble plus fonctionner. Crise et ralentissement chinois ont atteint les exportations du pays. Et l’action de Mme Roussef est gênée par les mauvaises relations qu’elle entretient avec le secteur privé et les partis politiques brésiliens.
Une étude montre que les dirigeants se croient aimés, alors que leurs subordonnés construisent des coalitions qui leur sont hostiles. Ils tendent aussi à ne plus utiliser que les compétences qui les ont fait réussir, et à perdre leur capacité à décoder le comportement d’autrui. Mais, ils sont surtout coupés de la réalité. Ce qui les empêche de s’adapter. Curieusement, The Economist rejoint Hannah Arendt en pensant que la qualité première du leader doit être le « jugement ». 

Changement en Chine

La Chine se donne un nouveau dirigeant, Xi Jinping. Comme son prédécesseur il descend d’un proche de Mao, et est un ingénieur. (The next emperor.)
Faut-il voir dans cette succession deux orientations de l’histoire chinoise ? L’ingénierie est la particularité de l’Occident, ce qui manquait à la culture chinoise ? Cependant la Chine est dirigée, comme elle l’a toujours été, par une sorte de dynastie, garante d’une continuité de vision ?
Changer pour ne pas changer ?
Compléments :
  • Par ailleurs, contrairement aux Anglais, les dirigeants chinois semblent extrêmement prudents quant aux changements qu’ils doivent appliquer à leur pays. Peut-être qu’ils savent qu’ils vivent sur une poudrière ? Ou peut-être qu’ils sont conscients  de leur responsabilité ?