Réseau social et libéralisme

Démonstration d’un logiciel d’entreprise. Il permet d’installer des fonctionnalités de type Facebook. Bénéfice : en permettant à chacun de communiquer avec chacun il en émergera une créativité spontanée.
Bizarre. C’est tout le discours des gourous du management américain des années 90 et 2000 ! Ils voulaient créer le « chaos » dans l’entreprise, puis y installer la « destruction créatrice » du marché (illustrée par Enron !). La liberté des échanges allait faire le bonheur universel. C’était la « nouvelle économie ».
Mais, alors, Facebook serait-il tout simplement une illustration de cette idéologie : la plus parfaite liberté d’échanges ?
Mais c’est vrai : la justification de la nouvelle économie, c’était la fin de la guerre froide et Internet !
Mais, alors, le fondement de l’idéologie des élites qui ont conduit la planète n’est pas le capitalisme, mais le libre échange ? Quand le libre échange a semblé à porté de main, elles ont disjoncté : Dieu allait arriver sur terre ! C’est aussi simple que ça ?
Compléments :
  • Sur la nouvelle économie : 
  1. Kevin J. STIROH, Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet – Août 1999. 
  2. Stephen B. SHEPARD, The New Economy : What It Really Means, Business Week, 17 Novembre 1997
  • Sur le chaos et sur Enron (les 6 premiers documents sont des tracts que m’a distribués l’Insead lors de mes études) :
  1. Rosabeth Moss Kanter. Power failure in management circuits. Harvard Business Review. Juillet-Août 1979.
  2. James Brian Quinn. Managing innovation controlled chaos. Harvard Business Review. Mai-Juin 1985
  3. The Bureaucracy busters, Newsweek. 17 juin 1991.
  4. Tom Peters. Get innovative or get dead. California Management Review. Hiver 1991
  5. Robert H. Waterman. The power of adhocracy. Chapitre de Adhocracy, the power to change, how to make innovation a way of life. W W Norton & Co Inc (1 septembre 1992).
  6. Peter F.Drucker. The Coming of the New Organization. Harvard Business Review. Janvier-Février 1988. Ce texte explique que l’organisation moderne va disparaître et être remplacée par une société de l’information peuplée de spécialistes.
  7. Gary Hamel. Reinvent your company. Fortune. 12 juin 2000.
  8. Richard N. Foster, Sarah Kaplan. Creative destruction. McKinsey Quaterly, 2001, n°3.
  9. Scott McNealy. Welcome to the Bazaar Harvard Business Review; Mars 2001. 

Média asocial

Curieuse vision de l’influence qu’ont les médias sociaux sur l’individu : ils nous poussent à projeter une image idéale de nous, à jouer la comédie en continu, et ferment notre écoute de l’autre.
Il semblerait, au moins aux USA, que ce phénomène participerait à un déclin de la capacité humaine à l’empathie.
Les médias sociaux nous transformeraient-ils en autistes ? En asociaux ? 

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.
Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux. 

Twitter

Twitter vaudrait 1md$, sans avoir démontré qu’il pouvait gagner de l’argent. Ses dirigeants commencent juste à s’en préoccuper. Pas d’une façon très rassurante. (Up for promotion.)
Que de telles sociétés aient pu naître démontre la rationalité de la spéculation. Un investisseur met de l’argent dans une start up, parce qu’il sait que d’autres investisseurs seront prêts à lui acheter ses actions, et qu’ils feront de même avec d’autres collègues. L’investissement est rentable jusqu’à ce que l’on ait épuisé les capitaux disponibles. Le perdant de l’affaire est le dernier à posséder des parts de la société. Ce jeu ne crée rien, mais il redistribue l’argent de la communauté au plus habile. D’ailleurs, pouvoir perdre gros rend ce jeu follement excitant, comme me le disait un trader.
Compléments :
  • C’est en grande partie parce qu’il a créé ce mode de spéculation moderne que Goldman Sachs a connu sa fortune actuelle (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.) En fait monter un mécanisme spéculatif est extrêmement complexe puisqu’il faut créer et faire connaître une sorte de signal qui, lorsqu’il est déclenché annonce à la société qu’une phase spéculative a démarré. Le signal du web social est probablement la capacité, pour une innovation, d’être adoptée gratuitement par un grand nombre de personnes. Une telle innovation trouvera des fonds, sans avoir besoin de démontrer sa rentabilité. Mécanisme identique, les mini spéculations de 29 : Crash de 29 : mécanisme.
  • Hervé Kabla, l’ethnologue du web social, définit Twitter comme « un café du commerce mondial » (voir commentaires du billet).

Mauvais temps pour les éditeurs

Les éditeurs sont attaqués par les livres électroniques (« 25% des ventes aux USA dans 3 à 5 ans » ?), les téléphones mobiles… Bouleversements en perspective…

Les éditeurs qui survivront à ce qui s’annonce comme une transition périlleuse seront ceux dont les patrons et les employés peuvent apprendre vite à penser comme des impresarios multimédias plutôt que comme des fournisseurs de prose parfaite.

Pas tout à fait d’accord. Comme pour la presse, je crois que les survivants de l’édition auront redécouvert l’essence de leur métier. Et ce métier, s’il n’est pas le papier, c’est la qualité du contenu. En quelque sorte, c’est la « prose parfaite ». C’est aussi la promotion de cette prose.
Et c’est justement ce que certains (http://www.tor.com/) semblent avoir compris : ils utilisent le web social pour créer des communautés de passionnés.
Compléments
  • L’article : E-publish or perish. Les techniques qui s’appliquent aux environnements incertains : Se diriger dans l’incertain.
  • Les libraires, sont eux aussi dans une mauvaise posture. En plus des supports électroniques, ils doivent affronter Amazon (qui aurait saisi 19% du marché américain) et ses concurrents. Le salut serait dans l’offre de nouveaux services (exemple d’un centre de vacances littéraire). Edited out.

Tea party et web social

Il défend des valeurs conservatrices mais ne vote pas Républicain. En fait, il semble avant tout être « contre ». Il est contre l’establishment, et ne veut pas de leader. Il n’a pas de programme clair. Sa force vient surtout de ce qu’il sait mobiliser la foule (grâce au web social). Mais il n’a aucune organisation interne. Curieusement, s’organiser signifierait même la mort du mouvement. Son atout maître : être spontané ?
Parallèle avec les manifestations françaises ? Quand une mesure ne convient pas au peuple, il se manifeste et fait tomber un ministre. Peut-être en est-il de même aux USA ? Sorte de résistance au changement ? Quand certaines valeurs de la société sont menacées, il y a manifestation de mécontentement ? Moyen de manœuvrer une classe dirigeante qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe populaire, mais qui a tous les pouvoirs ?
Compléments :
  • Contradiction avec les thèses de Mancur Olson, selon lequel seuls les petits groupes peuvent construire des coalitions, les grands ayant besoin de contrainte pour cela ? Le web 2.0 donne-t-il aux foules un moyen de coordination à coût si faible qu’il leur est possible de monter des rassemblements éphémères, mais efficaces parce qu’ils frappent à des instants critiques du processus démocratique (élections) ?

Réseaux sociaux et entreprise

Une brève de The Economist de cette semaine :

A survey of British employees by Morse, a technology firm, found that 57% of staff use Twitter, Facebook or other social-networking websites for personal use during office hours, sometimes divulging sensitive business information. The average worker spends almost one working week a year on such sites.

Les réseaux sociaux ont un impact économique qui, finalement, n’est pas aussi faible qu’on aurait pu le penser : si j’interprète correctement cet article, ils coûteraient à l’entreprise au moins 2 ou 3% de sa masse salariale.

Fils d’appareil

J’ai entendu M.Fromantin dire que Jean Sarkozy n’a pas de projet pour l’EPAD. D’après ce que l’on m’a expliqué des hommes politiques, ils sont tous ainsi : ils n’ont pas d’objectif pour la nation, ce qu’ils aiment c’est le « pouvoir » : notoriété, grand train de vie, discours, élections, intrigues, coups de théâtre…

Une classe politique peu préoccupée de nos intérêts

Et le résultat n’est pas très bon pour nous. Par exemple, voici ce que je perçois des trois leaders politiques français les plus remarqués :

  1. N.Sarkozy et S.Royal sont faits sur un modèle identique d’agitation brownienne.
  2. M.Aubry (fille de son père) possède une pensée politique qui s’est apparemment épuisée avec les 35h. D’ailleurs ce qu’elle a d’exceptionnel n’est-il pas sa capacité à diriger le PS, en dépit de luttes de factions incessantes, et d’un soutien minoritaire ? Autrement dit sa maîtrise des rouages de l’appareil ?

Jean Sarkozy pourrait être vu comme une illustration de la théorie du capital social de Pierre Bourdieu (selon laquelle la fortune, au sens ancien du terme, d’un homme dépend de sa place dans la société), cependant je me demande si celle de Merton sur la bureaucratie n’est pas plus appropriée :

La politique française victime des partis politiques

Robert Merton avait remarqué que les strates bureaucratiques suivaient des objectifs qui leur étaient propres. C’est le « détournement de but ». Il y avait « ritualisation », le moyen était révéré plutôt que la fin, l’intérêt de l’organisation globale. C’est ainsi que les directions de la communication font de belles campagnes de communication, sans toujours s’inquiéter de l’utilité d’une campagne de communication pour l’entreprise, que les directions techniques aiment la technique pour la technique, etc.

Notre système politique semble fonctionner de même. Il a une existence indépendante de celle de la nation. Il produit des êtres à son image, qui a leur tour le reproduisent. La raison du phénomène, comme pour la bureaucratie, est la professionnalisation. L’homme politique est un rouage d’une organisation, le parti politique.

En fait, le parti est fruit de la nécessité :

  • Pour se faire élire, il faut se faire connaître. Le coût de la publicité nécessaire est colossal.
  • La carrière politique ne peut être que continue, car un politique aura beaucoup de mal à trouver un autre type d’emploi.

Jadis les hommes politiques avaient une fortune, aujourd’hui ils ne l’ont plus, et ont besoin de l’aide d’un appareil.

Or, le parti et ses rouages vont probablement à l’encontre des principes de notre démocratie : nos élus ne devraient-ils pas être une sorte d’échantillon représentatif de la nation, qui exprime ce que Rousseau appelait « la volonté générale » ?

Une politique sans partis ?

Quelques pistes, à creuser, pour éliminer les structures politiques, dissoudre appareils et professionnels :

  • Réduire le besoin d’hommes politiques à plein temps. Découper les fonctions électives, de façon à ce qu’une grande partie d’entre elles soit accessible au bénévolat.
  • Faciliter la publicité aux actions et à la pensée des « meilleurs d’entre nous », probablement des gens dévoués à la cause commune sans être engagés dans la politique professionnelle. Le web social a peut-être des choses à dire sur le sujet.
  • Réduire les coûts de reconversion en fin de mandat électif.

Compléments :

  • Merton, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968.
  • Un autre système qui aurait dû n’être fait que de bénévoles dévoués à la communauté et qui est devenu un appareil : Sociologie des syndicats.
  • Les techniques « d’auto-gestion » de bien communs (sans nécessité d’appareils) : Governing the Commons.
  • Le contrat social / Rousseau.

Évolution de l’homme et du blog

Dominique Delmas n’ayant pas pu enregistrer un commentaire, qui infirme une de mes conjectures, voici son texte :

Alors là il faut que tu te penches sur l’évolution des espèces. En très bref, selon mes souvenirs de biologie et de lectures, on part d’une soupe originelle avec beaucoup d’énergie pour aboutir aux premiers acides aminés bases des protéines, elles mêmes bases de la vie. Les premières cellules, de mémoire, sont des algues microscopiques, unicellulaires. Ensuite pour aboutir aux deux mondes distincts que sont le végétal et l’animal, je crois qu’il ne s’agit pas d’un ligne continue d’évolution dont chaque Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre Espèce ou, Variété, etc. (le fameux RECOFGERVI) constituerait un maillon, mais plutôt un aboutissement de deux voies de développement tentées par dame Nature, avec à l’intérieur de multiples essais d’évolution et d’adaptation. Donc schématiquement notre algue a évolué, d’un côté vers le monde végétal sans cerveau sans mobilité et avec des stratégies de vie spécifiques, et de l’autre côté, vers le monde animal avec sa mobilité, et ses autres stratégies de développement. Chaque RECOFGERVI marque une étape des tests de la nature pour trouver le meilleur développement et la meilleure adaptation. Là je t’engage à te plonger dans nombres d’ouvrages traitant du sujet mais tu vas redécouvrir toutes les tendances évolutionnistes diverses et variées, sans parler des théories créationnistes, car finalement c’est peut être Dieu qui avec sa baguette magique…. Alors pour ma part le changement dans la nature est le fruit d’essais erreurs multiples qui aboutissent soit à des impasses soit à la poursuite de l’évolution. La différence entre l’homme et l’animal ou la plante c’est que l’homme à la capacité de se projeter et donc d’organiser ou de provoquer son changement contrairement à l’animal ou le végétal sur qui il tombe par hasard, pendant tous ces millions d’années. Voilà quelques réflexions à chaud qui méritent de longues, très longues discussions.

Au fond, ce blog ne fonctionne pas. Je m’épuise à réfléchir seul, alors que je suis totalement inefficace. Je devrais me contenter de lancer des sujets, et laisser la société leur trouver une solution. Mais pour cela encore faudrait-il que ce blog soit lu, ce qui demanderait, outre qu’il ait un sujet intéressant, que je lui fasse de la publicité, comme le disent Hervé Kabla et mes livres de marketing (et peut-être aussi que je change de plate-forme de blog). Pour que fonctionne « l’ordinateur social », il faut une « mise en œuvre du changement », et il n’y a que les cordonniers à être mal chaussés.
Compléments :
  • Et il n’y a pas qu’avec mon blog que je suis un mauvais leader du changement. Je n’ai pas fait grand-chose pour convaincre l’association Insead de modifier son site web soviétique pour qu’il permette que l’on y pose des questions à nos invités ou que l’on commente leurs propos… Dommage, il y a quelques jours je discutais avec Marc Jalabert de Microsoft, qui aurait aimé parler de Cloud Computing. Un forum sur la question aurait sûrement été très riche.
  • Heureusement, il n’y a que moi qui suis incompétent : InnoCentive utilise les techniques de Web social pour résoudre les problèmes qui font caler les entreprises.

Web2.0 et France d’en bas

De temps à autres, je lis les commentaires qui sont faits sur les films d’Allociné, ou qui suivent des articles ou des billets de blogs de journalistes, en France. J’y vois une communauté de points de vue.

  1. Qu’il s’agisse de films ou de stratégie de constructeurs automobiles, le propos est riche et intéressant. C’est l’effet Wikipedia : l’information est bien meilleure que celle qu’apporte le journaliste ou le critique. En fait, elle vient de l’intérieur, elle ne s’appuie pas sur telle ou telle théorie, ou idée reçue : qu’il s’agisse d’un technicien ou d’un spectateur, il parle de ce qu’il connaît, du marché et du métier de l’automobile ou de ses sentiments.
  2. On en veut à l’élite française, réalisateurs ou critique « bobo », ou top management qui ressemble comme un frère au dirigeant financier américain (méconnaissance complète du métier de l’entreprise, vision comptable à court terme, zéro pointé en stratégie).

Je ne sais pas quelle est la représentativité de ces opinions, mais elles semblent indiquer qu’une partie de la France, plutôt cultivée, s’indigne de ses classes dirigeantes et du lavage de cerveau auquel elle est soumise. Cela rejoint d’ailleurs ce que disait Jean-François Kahn ce matin : il trouvait invraisemblable que l’intégralité des médias ait appelé à voter oui au dernier référendum européen, alors que 55% des Français ont voté non.

Il est tentant de voir derrière ces observations le modèle que Galbraith prête à l’économie, légèrement aménagé : une petite élite appuyée sur des moyens de propagande qui cherchent à courber l’opinion à ses intérêts.

Cette propagande ne serait pas totalement efficace : il existerait une opposition, majoritaire ?, mais surtout silencieuse, qui arriverait par moment à se mobiliser (le référendum). Et qui, d’ailleurs, le fait peut-être de manière négative, en n’achetant pas les journaux, en ne fréquentant pas les films français intello ou en ne participant pas aux élections.

C’est probablement l’idée qu’a Jean-François Kahn : il pense que la France ne veut pas d’une « alternance », mais d’une « alternative ». Gauche et droite représentent, à quelques subtilités près, de mêmes idées. Il faut renouveler tout cela, et peut-être demander son aide à la France du placard.