Jeux, vidéo et Internet

Les jeux électroniques sont aspirés par Internet (A giant sucking sound). Un nouveau fournisseur de contenu liquidé ?

Pas forcément, il semblerait qu’une solution de sauvetage émerge, qui pourrait s’appliquer à toute l’industrie du contenu : gratuit, fondamentalement, avec publicité, et micro paiements, pour des services supplémentaires.

En tout cas, le jeu online paraît différer du offline en ce qu’il est développé beaucoup plus vite et à moindre coût, et s’enrichit sans arrêt. Arrivée de nouveaux entrants. En outre le contenant prend une grasse commission sur les micro paiements. Vers une industrie de zombies ?

Compléments :

Risque hypertexte

Peut-on interdire les liens hypertextes vers un site ? dit que cette pratique, qui se répandrait, n’a pas de fondement juridique. Un avocat interviewé révèle cependant que le lien hypertexte peut être risqué :

« On ne peut pas faire n’importe quoi avec un lien hypertexte : par exemple, faire un lien pointant vers le site d’une société sur les mots ‘bande d’escrocs’ peut être assimilable à de la diffamation (…) C’est seulement si le lien est utilisé pour diffamer, parasiter économiquement un site, permettre d’accéder à un contenu en évitant la publicité, par exemple, que l’entreprise peut porter plainte. »

Il serait peut être bien, avant de faire quoi que ce soit sur Internet, d’apprendre le droit…

Xavier Delanglade

J’interviewe Xavier Delanglade, qui vient de quitter FullSIX, dont il était directeur général, pour fonder TheBluePill. Il m’a peut-être fait comprendre quelque chose que je n’avais pas vu :

Pour moi Internet était un effroyable outil de marketing. Il n’est pas du tout propice à la publicité traditionnelle ; certes, il est adapté à la vente d’impulsion (effet « push »), mais seul Google a su en tirer parti. Ce que je n’avais pas vu c’est que combiner une campagne de communication télévision, radio ou papier, avec un envoi d’e-mails offrant les produits dont parle la publicité fait l’effet Google sans Google.

Si le procédé fonctionne mal, c’est une question de base de données. Les publicitaires utilisent soit les bases de données de fournisseurs en ligne, mais elles s’épuisent vite (surexploitées), soit des concours et des promotions, dont les participants acceptent de recevoir des offres. Mais ce sont des consommateurs de faible intérêt, et peu fidèles. En outre, le bombardement d’e-mails est brutal, et coûte cher à l’image de l’annonceur (il semblerait même que certains créent une marque pour e-mailing).

Xavier Delanglade, lui, utilise les bases de données de clients de grandes sociétés (CRM). Elles sont de grande qualité, et peu sollicitées. Leur propriétaire est rémunéré, un revenu non négligeable pour une direction du marketing, qui y gagne en plus une qualification de sa base (elle peut connaître le comportement de ses clients vis-à-vis d’autres produits).

Toute la difficulté de l’opération est de ne pas brutaliser le consommateur de façon à ce qu’il ne retire pas son nom de la base. L’idéal serait que les offres qui émanent de son fournisseur fonctionnent comme un système de fidélisation, un service qui répond à une attente (de même que les propositions que me fait Amazon m’intéressent).

Qooq et l’avenir du contenu

Qooq est une intéressante innovation : c’est une « tablette tactile WIFI », un livre de cuisine électronique (textes, vidéos, photos…) réalisé avec de très grands chefs et qui propose un renouvellement de recettes par abonnement.

Ça me semble une « killer app » pour Noël et toutes les fêtes de parents, grands parents, etc. Et le marché international d’un (le ?) livre électronique de cuisine française ne peut être qu’énorme.

Réflexions et questions :

  • J’ai l’impression qu’il y a ici quelque chose que j’entrapercevais, et qui est manifeste dans le succès d’Apple : l’avenir du contenu c’est le contenant. La révolution du gratuit a vidé l’industrie du contenu de ses ressources, au profit du contenant, c’est à ce dernier de rétablir l’équilibre et non à je ne sais quelle taxe imposée au consommateur (il n’en peut plus).
  • Va-t-on vers un modèle hypersegmenté de contenant / contenu hyperspécialisé ? Menace d’un avenir peu démocratique : les riches auront accès à l’information, et le reste de la population, qui a besoin d’un vernis général pour faire (au moins) son travail d’électeur, se trouvera coupé de tout ?

Compléments :

  • Les effets d’un début de segmentation sur la mission de service public des télécoms aux USA : USA : plus de téléphone.
  • Dernier billet, en date, de ma série sur l’avenir du contenu : La fin du gratuit.
  • Par ailleurs, propulsé par Amazon, le marché de l’e-book semble s’emballer : Screen test. Apple, pour une fois suiveur, devrait le rejoindre sous peu.

Wikipedia résiste au gouvernement

Wikipedia : 1, Elysée+Beauvau : 0 décrit les tentatives des services gouvernementaux pour faire corriger un article de Wikipedia défavorable à un grand personnage. Un lien laisse penser que la pratique est fréquente, et que les entreprises s’y prêtent volontiers (notamment TF1). Wikipedia résiste. Wikipedia est un mécanisme intéressant :

Son principe, simplissime, me paraît le degré premier de la science (le niveau ultime étant probablement la « falsifiabilité » de Popper) : rassembler tous les éléments sur un sujet qui proviennent de sources « raisonnablement » fiables, et essayer grâce à cela de donner une idée aussi précise que possible d’un sujet. Les échecs de TF1 ou du gouvernement montrent qu’il est résistant.

Faut-il y voir les bonnes pratiques de gestion d’un « bien commun » (ici la connaissance ?) telles que décrites par Governing the commons ? En particulier :

  1. système de contrôle naturel des entrées : tout lecteur est un contrôleur en puissance !
  2. forums pour régler des différents et mettre au point, enseigner, rappeler… les règles de bon fonctionnement de Wikipedia.

Qu’est-ce qui pourrait détruire Wikipedia ? Comment un parasite pourrait-il en venir à bout ?

  • Son fondement, ses références, ne deviennent plus fiables, crise de déontologie mondiale.
  • Les systèmes de débat de surveillance sont infiltrés par des esprits malfaisants. Cela a été tenté par le gouvernement, et TF1 notamment, mais a été détecté. Pour réussir il faut probablement utiliser un genre de taupes de la guerre froide. C’est coûteux. En outre le système des références est une relativement forte garantie : les références citées par les taupes seront vérifiées, et leur tentative d’éliminer des références (la tactique gouvernementale) assez facilement contrée, pour peu qu’il y ait encore une majorité de gens honnêtes dans l’organisation.
  • Perversion de l’esprit de Wikipedia. On m’a dit qu’il y avait un certain prestige à écrire pour Wikipedia. Ceci expliquerait peut-être une ou deux affaires, entraperçues il y a quelques temps, où l’on voyait une personne s’inventer un beau CV pour s’affirmer expert d’un domaine et grimper (si j’ai bien compris) la hiérarchie de la vérification d’idées de Wikipédia.
  • L’enseignement est réduit à une élite, qui est la seule à pouvoir écrire dans Wikipedia.

Alors, la force de Wikipedia vient de ce qu’il tire au mieux parti de concepts centraux de notre culture : la démocratie (directe !), la science, l’enseignement universel ? Wikipedia serait-il l’émanation de ce qu’il y a de bien dans notre culture ?

Compléments :

  • Qu’autant de bénévoles lui accordent du temps montre que la corruption de l’argent et de l’égoïsme n’affecte qu’une minorité de la population, et que cette minorité a beau mettre la main sur les attributs les plus évidents du pouvoir (le système financier, le système de santé, le gouvernement…), le reste du peuple n’est pas sans défenses.
  • Y a-t-il dans Wikipedia un mécanisme à copier et à installer lorsque l’on veut protéger un bien commun qui nous semble fondamental (démocratie, science, éducation…) ?

La fin du gratuit

Le groupe de presse de Rupert Murdoch va faire payer ses informations sur Internet. Newscorp killed the blogging star dit que la presse va suivre son exemple et que le lecteur, étant attaché à Internet plutôt qu’à tel ou tel journal, se verra offrir une sorte d’accès payant à Internet (presse) via des agrégateurs.

Mais ce modèle économique n’est-il pas trop primitif pour marcher ? La vie est toujours plus élégante que cela. Réflexions en vrac :

  • Serais-je intéressé par un agrégateur ? Mon information est tirée d’un petit nombre de sources auxquelles je suis abonné, parce qu’il est désagréable de lire à l’écran, et que lire un journal organise le temps que je passe à m’informer. Le reste vient de blogs d’universitaires plus ou moins indépendants (fonctionnement de type open source). L’intérêt que je trouve à un accès à des articles Internet est le lien html. Mon blog me sert d’aide mémoire : quand je veux retrouver un article, je passe par les liens de mes billets.
  • Un système d’agrégateurs aura-t-il le même effet pour la presse anglaise que pour la presse d’autres nations ? J’ai déjà accès à des bases de données de journaux, mais uniquement en anglais. Rentabilité d’un agrégateur français ? D’ailleurs un agrégateur peut-il intéresser autre chose qu’un segment de lecteurs « spécialisés » ?
  • N’y a-t-il pas des usages qui se sont installés, qui ont force de loi, et qui veulent que beaucoup de choses soient gratuites sur Internet, en particulier l’information ?
  • Internet presse payant peut-il être rentable ? Ne va-t-on pas voir une disparition de l’activité Internet des journaux, les derniers à proposer un contenu gratuit (type Huffington post) récoltant un lectorat monstre, et des bloggers « bénévoles » de top niveau voulant que leurs idées frappent le plus grand nombre, au moment où la diminution de l’offre conduira à une augmentation des prix de la publicité en ligne ? Ne va-t-on pas voir l’émergence d’une sorte « d’open source » de l’information (cf. Wikipedia, particulièrement efficace dans sa version anglaise) ? La bonne presse gratuite et d’opinion libre, contre la mauvaise presse payante et manipulée, du grand capital ?
  • Je continue à croire que la « valeur » créée par Internet est siphonnée par le contenant : mécaniquement nous ne pouvons pas dépenser plus sur contenant + contenu que nous le faisons. Si j’ai raison, il faut que le contenant trouve un moyen de subventionner le contenu.

Compléments :

État policier

En France, il n’y en a que pour la répression :

  • On a eu une Hadopi, bancale, maintenant la police va faire régner la loi dans l’école, mais sans qu’il lui soit donné de moyens pour cela (si j’en crois un syndicaliste policier interviewé hier par le radio – et favorable à la mesure).
  • Et voila Lopsi2. Il s’agit d’espionnage d’ordinateurs. La Tribune demande à un expert de juger la faisabilité des mesures envisagées. Après avoir dit ses doutes, sa conclusion :

Il ne faudrait pas que nous installions des systèmes de contrôle informatique comme en Chine, ou en Iran, où les gouvernements ont instauré une politique de contrôle d’Internet. Et puis il y a une question importante d’ordre moral qui se pose quant au contrôle de l’Etat sur le Web. Existe-t-il une menace d’ordre public en France via des sites Internet qui justifierait un tel dispositif ?

Et la mienne :

  • Nouvel exemple de conduite du changement à la française. Des décisions qui partent dans tous les sens, aucun débat, des conséquences qui ne sont même pas envisagées, une mise en œuvre risible, car pas préparée.
  • Nous sommes en crise, nous sommes menacés par l’effet de serre, le système capitaliste dominant est critiqué par tous, et le gouvernement ne parle que de répression. Mais pourquoi ? Y a-t-il menace ? Pense-t-il que c’est ce que l’on attend de lui ? Croit-il que la punition puisse être un moteur pour une nation ?

The digital home

Deux dirigeants d’Orange et de Thomson viennent parler au Club Télécom du numérique à la maison. Réflexions (pas forcément liées à ce qu’ont dit les intervenants) :

  • Ce que veut le marché c’est le « contenu » (informations, films…), or il ne veut pas payer pour. Ce pourquoi il paie est ce qui ne l’intéresse pas : le terminal ou le tuyau. Ces derniers ont réussi un extraordinaire hold up : ils nous ont convaincu que ce que devaient faire les premiers était gratuit. Aujourd’hui, ils sont mal à l’aise : si les fournisseurs de contenu crèvent, que faire ? Investir dans un contenu privé, comme le fait Orange ? J’en doute : ce sera toujours une infime partie du trafic. Faire donner le gouvernement pour qu’il nous force, désormais, à payer pour le contenu que nous utilisons (Hadopi) ? Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes solutions. Nous sommes dans un temps de troubles. Ceux qui ont semé le vent vont récolter la tempête (et nous avec). Je leur conseille de lire mon billet sur ce sujet.
  • Contrairement à Schumpeter, je ne crois pas que l’entreprise bureaucratique soit fatalement douée pour l’innovation. Il existe des entreprises qui le sont, comme Bosch (et probablement l’industrie allemande) ou Apple. La plupart des autres (les opérateurs de télécoms, les constructeurs automobiles) ne font qu’exploiter un quasi-monopole. Certes elles se renouvellent (voix sur IP, téléphonie mobile…), mais en se copiant les unes les autres. La logique de ce modèle est grégaire. Par contre, il est dangereux de changer de métier ou de se tromper de modèle : de se penser innovateur quand on est monopole (Alcatel, qui a vendu ses usines, et Thomson, qui a vendu télévisions et écrans).

Compléments :

  • L’histoire d’Internet et de la gratuité : Hadopi bis

Hadopi bis

Entre deux réunions, je tombe par hasard sur un ancien numéro de l’Usine nouvelle (24 – 30 mai 2007) qui traite des gagnants et des perdants du « gratuit sur Internet ».

  • Ce qui semble un peu oublié par le débat actuel sur Hadopi est que la gratuité des contenus a fait la fortune de beaucoup. Et qu’elle a coûté probablement cher au citoyen. En effet, c’est à cause d’elle qu’il s’est massivement équipé en ADSL – ce qui a fort enrichi les fournisseurs d’accès (ADSL : de 3m en 2003 à 12m 4 ans plus tard ; en 2007, 50% des internautes pratiquaient le téléchargement, 85% illégalement.) ; qu’il a acheté des baladeurs ; que les prix des terminaux mobiles se sont maintenus ; que des éditeurs de logiciel ont fait fortune (traitement d’image…) ; que l’on s’est équipé des disques durs ; que les ventes de PC, tirées par Internet, ont poursuivi sans interruption leur forte progression.
  • Les distributeurs et les vendeurs de contenu ont été victimes. Mais, pour ces derniers, il n’est pas impossible qu’ils aient mal joué, maintenant un peu trop longtemps des prix trop élevés (DVD, CD…) et ne sachant pas utiliser l’innovation (plates-formes de contenu). En bref stratégie de monopole qui essore son marché.

Une industrie a absorbé la sève d’une autre. C’était clair en 2007, et on pensait déjà que, quand le jeu aurait assez duré et que la nouvelle industrie serait solidement installée, les gouvernements feraient à nouveau respecter le droit d’auteur.

Comme jadis les grands généraux, les entreprises, pour faire fortune, manipulent les foules. Quand ces dernières menacent de les déborder, elles font donner les gouvernements.

Hadopi.

Hadopi

Le sujet rebondissait sur mon indifférence, jusqu’à ce que je lise une étude d’Olivier Ezratty (Faut-il avoir si peur de la loi Hadopi ?).

Cette loi est supposée faire respecter le droit d’auteur sur Internet. Ce qui me frappe est l’impression d’infâme bricolage qu’elle donne et le fait qu’une loi qui touche à Internet, que la plupart des citoyens français utilise, ne semble pas s’en préoccuper (pourquoi ne nous annonce-t-on pas ce que nous allons encourir ?).

Voici des remarques piratées sur le site d’Olivier Ezratty :

En gros, on peut comprendre les inquiétudes des uns et des autres sur cette loi, mais en même temps, trouver que les protagonistes de l’affaire sont bien hypocrites :

Les ayant droits des contenus qui crient au loup contre le piratage, font usage de données contestables expliquant la baisse du chiffre d’affaire des supports numériques traditionnels (CD, DVD) et ne se remettent pas bien en cause face aux défis du numérique et de l’Internet, tout en faisant créer et en gérant des taxes sur la copie privée parfaitement abusives (la France est probablement le pays où un DVD vierge coûte le plus cher au monde).

Des Internautes et leurs représentants qui abusent un peu d’arguties autour du concept fourre tout de liberté pour défendre ou expliquer le piratage : et de bâtir des théories du complot diverses sur le contrôle de l’Internet par le pouvoir en place, et de confondre liberté d’expression sur Internet et liberté de pirater les contenus des auteurs, et d’expliquer que les artistes n’ont qu’à faire des concerts pour générer du revenu ou encore, de justifier le piratage parce que tout le monde pirate. Un dernier argument qui rappelle les justifications contre les mesures de renforcement de la prévention routière ces trente dernières années (port obligatoire de la ceinture, radars, alcool au volant, usage des mobiles, etc.). A force de lutter contre le principe même de la riposte graduée et de ne pas avancer de propositions précises, ils rendent difficile la création d’un compromis.

Un gouvernement qui a bien plus écouté les industriels des contenus et les auteurs que les consommateurs et le monde de l’Internet en général. Il a créé sous couvert de “pédagogie” une loi mettant en place une véritable usine à gaz pleine de trous et incertitudes sur les détails de mise en œuvre. La loi risque bien d’être inapplicable et inappliquée dans la pratique. Le gouvernement n’a pas cherché à bâtir un véritable consensus et il profite de ce que les contre pouvoirs des consommateurs ne sont pas opérants car n’ayant pas la “force de la rue”, ni même des grands médias où le sujet est peu traité.

Bref, un peu comme dans le binôme patrons/syndicats, nous avons un dialogue de sourds à la française qui a bien du mal à accoucher de quelque chose de raisonnable.

J’ai l’impression de relire la première partie de tous mes livres. J’y dis que la France ne sait pas conduire le changement. C’est déprimant.

Voici un débat où personne ne réfléchit. D’un côté, un problème qui, comme d’habitude, n’est même pas posé ; la solution a manifestement surgi sans réflexion préalable. De l’autre une opposition systématique et hors sujet. En fait le refus d’une discussion qui pourrait aider le gouvernement à jouer son rôle.

Le résultat ? Face à une opposition obtuse, un gouvernement déterminé a pour seule issue le passage en force. Faute d’avoir consulté citoyens et responsables de l’application de la loi, la mise en œuvre de la réforme ne peut-être qu’inefficace (voir le schéma qu’en fait Olivier Ezratty : invraisemblable usine à gaz !). Ses conséquences seront négatives pour tout le monde.

Compléments