France.fr

France.fr, qui semble être le portail Internet de la France, est à nouveau en fonctionnement après un lancement raté le 14 juillet. Hervé Kabla devrait être satisfait.
Lancement raté ou louable honnêteté ? Notre culture n’est elle pas celle du bricolage et de l’approximation ? De la prétention à la grandeur, et des moyens qui ne la suivent pas ? Or, France.fr n’est-il pas l’image de notre nation ?
En tout cas l’affaire fait s’interroger sur les procédures d’appel d’offres de l’administration. En effet, le mal de France.fr aurait été un simple problème d’hébergement (qui n’a pas résisté à 25.000 connexions !?). La capacité à faire son travail n’était pas en haut des critères de sélection ? Sans compter qu’OVH, le plus gros hébergeur français, n’était pas dans l’appel d’offres… ce n’était pas une question de prix, non plus ?… 

Net neutrality

Avant-hier, je parcours un article de The Economist sur une manip de Google et Verizon. Si je comprends bien, il s’agit de construire un Internet a plusieurs vitesses, de faire ce que les économistes appellent de la « discrimination » : mauvais service pour les pauvres, bon pour les riche. (Tristes) réflexions spontanées :
  • Hypocrisie anglo-saxonne : la devise de Google « don’t be evil » ne tient pas longtemps face à ses intérêts. Une fois de plus la fin justifie les moyens. Zéro de conscience.
  • Comment survivre dans un monde libéral où l’individu isolé doit faire face à des monstres comme Google, qui ont des moyens et des connaissances infiniment supérieurs aux siennes et qui peuvent le déposséder sans même qu’il s’en rende compte ?
Sur ce, hier, je tombe sur un article qui parle de manifestations contre cette manœuvre. Elles reprennent mon argument « don’t be evil », mais, plus subtilement, elles rappellent à Google qu’il doit son existence même à un Internet gratuit. Nouvelles réflexions :
  • Force de la démocratie américaine, qui s’est adaptée aux conditions du libéralisme.
  • Investissement que cela représente : le peuple doit avoir la capacité de décoder les manœuvres de multinationales peuplées d’équipes d’experts surpayés qui ne poursuivent qu’un intérêt unique, et ont une capacité au coup de Jarnac colossale (lobbying) ; il faut aussi que des gens veuillent bien se mobiliser et passer leur week-end à manifester.
Curieuse culture double : d’un côté l’intérêt aveugle et monomaniaque, de l’autre une abnégation totale, et une détermination toute aussi monomaniaque, le héros des films hollywoodiens et le Tea Party. 

Contre Internet

Hier j’entendais des politiques incriminer Internet. Faillite du journalisme, nid de rumeurs non vérifiées… 
Surprenant. Ne condamnent-ils pas le mécanisme même de la démocratie ? me suis-je demandé. Une tactique pour ouvrir un contre-feu ? Sorte de communication de crise ?
Mais il y a peut être effectivement du nouveau dans le paysage médiatique français. Jusqu’ici notre conception de la liberté de la presse garantissait les journalistes des pressions du marché, d’autant mieux que l’État la subventionnait et eux avec. La presse doit maintenant se préoccuper de ses revenus. Et un des moyens les plus efficaces de faire des ventes est le scandale. C’est cela l’économie de marché. Il va falloir s’y adapter. 
Compléments :

Méfaits d’Internet

Notre environnement, les outils que nous utilisons, ont une influence sur le câblage de notre cerveau. Internet a pour effet de le transformer « en un esprit social qui place la vitesse et l’approbation du groupe au dessus de l’originalité et de la créativité », « la technologie numérique a déjà commencé à endommager le mécanisme de consolidation de la mémoire à long terme, qui est la base de la véritable intelligence ».
J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui s’applique à moi là-dedans. Mais qui n’est pas lié qu’à Internet. Pour moi écrire est comme ranger. Cela me procure la satisfaction du devoir accompli, et ce que je viens de faire disparaît dans les oubliettes. Ce nettoyage est certainement nuisible à l’empilage d’idées qui produit les intuitions originales. 

Internet des transports ?

L’Islandais est peu nombreux, mais teigneux : ses banques créent des catastrophes planétaires, ses volcans paralysent les avions… Un ami est bloqué à New York et ne sait pas quand il reverra sa famille…
Rappel de ce que notre économie tient à la bonne volonté d’une nature que nous prenons un peu trop pour un acquis. D’ailleurs, la mode des « supply chains » qui a eu le vent en poupe ces derniers temps ne présente-t-elle pas quelques coûts que nous n’avions pas identifiés ?
Ne serait-il pas temps de revoir notre système de transport, au moins aérien ? Il semble qu’il soit difficile de protéger les avions. Mais ne serait-il pas possible de construire le réseau aérien un peu comme Internet ? En s’assurant que les défaillances des nœuds du réseau ne lui sont pas fatales. Autrement dit, mieux répartir les aéroports (danger des « hubs »), et les relier par des TGV. (Mais aussi moins utiliser l’avion, et les transports fragiles ?)

Fracture numérique

Il y a une dizaine d’années notre élite pensante s’effrayait que le peuple puisse être coupé des merveilles des nouvelles technologies. Ses craintes étaient elles vérifiées ? Les générations qui vivent d’Internet ont-elles un avantage concurrentiel décisif ? Font-elles passer leurs parents pour des dinosaures ?

Il semblerait qu’il soit difficile de distinguer les bénéfices d’être né en face d’un écran. Par contre cela pourrait annoncer une génération superficielle. L’exemple des questions politiques : elle abreuve les réseaux sociaux de ses avis. Mais aucune action n’en résulte.

Plutôt que d’être sincèrement plus engagés politiquement, il se peut qu’ils désirent simplement faire connaître leur activisme à leurs pairs.

Anne Sophie Cruque-Merle

Anne-Sophie Cruque-Merle est DG de 6AM. Sujet de notre conversation : dans le domaine de la pub, Internet va-t-il tuer la télé ?
Selon toutes les mesures d’impact, dit-elle, Internet semble équivalent à la télé. Et parfois c’est bien mieux (ça a rajeuni l’image de Tati, par exemple). Toutes les populations paraissent également touchées. Par exemple, les retraités seraient une cible particulièrement intéressante : ils verraient Internet comme un lien avec leurs petits enfants ; surtout ils ne sautent pas de page en page comme les jeunes, mais les parcourent avec soin, et seraient plus joueurs et disposeraient de bien plus de temps que ces derniers.
Internet est surtout deux fois moins cher que la télé (cela sera-t-il toujours le cas si la demande augmente ?). Les multinationales de la grande consommation pourraient ainsi réduire massivement leurs budgets publicitaires, un des principaux postes de leurs dépenses. Cela donnerait, aussi, accès à la discipline reine de la communication à de plus petites entreprises. Le marché de la publicité va-t-il grossir ?
Mauvaise nouvelle pour les télévisions ? Quid des agences de communication ? Beaucoup pourraient subir le sort de la presse : Internet signifie une réactivité (mesures d’impact en quasi temps réel, qui demandent des modifications des publicités) qu’elles n’ont pas ?
Compléments :
  • Les réseaux sociaux sembleraient être propices à la publicité.
  • La femme serait-elle l’avenir du management ? Je suis frappé par le talent des dirigeantes que je rencontre. Esprit de décision, courage, compréhension des mécanismes humains qui mettent en mouvement les organisations : portrait de leader du changement ? Une femme doit être un champion du changement pour émerger ?

Argent des jeux

Les jeux en ligne ont créé une véritable industrie parallèle : des entreprises de joueurs professionnels (essentiellement asiatiques) vendent leurs services à des joueurs plus fortunés (à l’Ouest).

Le chiffre d’affaires de l’industrie serait de l’ordre du md$ (entre 200m et 3md) elle emploierait de 100.000 à 1m de personnes et aurait 4 à 12m de clients. Des intermédiaires s’enrichissent (IGE réalisait à un moment de l’ordre de 10 à 20m$ par mois).

Gaming for Profits: Real Money from Virtual Worlds

Technologie et gros succès

Les nouvelles technologies promettaient de réduire à néant le coût de création artistique, et de ce fait d’ouvrir un espace à tous les créateurs et à tous les goûts. Il semblerait qu’en grande partie ce soit le contraire qui se soit passé :

En fait les grosses productions auraient énormément profité de cette innovation, tout le reste étant atomisé. Pourquoi ?

  • Parce que les gens ont besoin d’avoir des sujets de conversation communs : l’existence de la société fait donc qu’il y a nécessairement de films à succès.
  • Parce que la technologie ouvre une multitude de nouveaux canaux de distribution et de nouveaux supports à ces films.
  • Parce que l’explosion de l’offre fait perdre tous repères, et amène le public à chercher la sécurité.

Je me demande aussi si nos mécanismes de décodage collectifs, à base de leaders d’opinion (cf. les critiques de film), ne sont pas saturés par cette complexité. Faute de filtrage, elle débouche sur une sorte de plus petit dénominateur commun (le film à succès).