Internet et innovation

L’histoire récente d’Internet est celle de toute découverte de l’humanité, du feu jusqu’à l’énergie nucléaire : que peut-on en faire de bien, en en évitant les dangers ? L’apprentissage se faisant à tâtons.
Les derniers épisodes sont marqués par le problème de la confidentialité de l’information, qui est depuis toujours lié au modèle économique d’Internet. Lors de la bulle Internet on appelait cela la question de « l’infomédiaire ». Celui qui possédait des données sur une personne possédait une partie de son patrimoine. En effet, cette information trahissait certainement les goûts de la personne et permettait donc de savoir quoi lui vendre. Il semblerait que l’intérêt de Facebook pour le mail vienne de là : le mail serait porteur de plus d’informations commercialement utiles que ce qu’il possède déjà.
Compléments :
  • Sur les infomédiaires : voir les travaux de John Hagel. Mon expérience avec Amazon USA montre que l’idée d’infomédiaire peut être qualitativement pertinente : les suggestions de livres qu’il fait sont judicieuses. (Malheureusement, j’achète chez Amazon France, qui visiblement possède peu de lecteurs qui me ressemblent.)
  • J’ai découvert que Facebook permettait de suivre ce que font ses proches distants, sans les bombarder de mails. Un publicitaire m’expliquait que c’était la raison pour laquelle les grands parents s’intéressaient à Internet : rester en contact avec leurs petits-enfants. Mais est-ce que ceux-ci sont d’accord ? Dans la vie hors ligne on peut tenir des conversations différentes, voire contradictoires, à différents types de personnes. Ne plus pouvoir le faire ne risque-t-il pas de limiter Facebook, par exemple, à des échanges aseptisés ? Mais peut-être y aura-t-il application du « paradoxe du décolleté » dont me parlait un conducteur de taxi, lors d’une discussion philosophique. La femme qui le porte ne conçoit que la séduction qu’elle exerce sur sa cible, non le regard concupiscent du libidineux. Le membre de Facebook ne concevra-t-il toujours que des conséquences favorables à ses écrits ?

Diffbot

Je suis tombé par hasard sur un système qui permet de suivre des sites web, sans donner leur lien RSS, juste leur adresse. www.diffbot.com.
La présentation du résultat des recherches est bien plus agréable que celle de iGoogle. En outre, le lecteur élimine la publicité des articles, et semble tenter d’extraire une phrase clé du texte de l’article qu’il a repéré, une sorte de synthèse.
Mais il y a aussi un peu d’approximation : les titres n’apparaissent pas clairement (l’article est représenté par la phrase clé). Curieusement des articles d’un blog de The Economist ont l’air d’être attribués au mien. (Le robot est abusé par la liste de blogs qui figure sur mon blog ?)
Mystère : comment ce système – anti pub – compte-t-il générer les ressources financières qui lui sont nécessaires ? 

Capteur über alles

Demain tout sera lié à un nuage de capteurs. (Living in a see-through world.)
D’ores et déjà certaines villes ont leur double virtuel, les vaches ont une électronique embarquée qui rappelle celle des voitures… Il n’y a pas de limite à ce que couvrira cet « Internet des choses ». Beaucoup d’entreprises devraient trouver dans ces applications d’énormes marchés. Nouvel âge de gloire pour l’informatique, l’électronique et leurs services.
Mais cela soulève aussi des problèmes curieux. 
  • Rolls Royce est désormais capable de mesurer l’usage que l’on fait de ses moteurs, et donc de les louer : va-t-on vers une société où il n’y aurait plus de droit de propriété ? 
  • Que donnera ce monde interconnecté lorsque s’y mettront des Stuxnet et des bugs ?
  • Quid de la liberté individuelle ?
Le libéralisme serait-il en train de fabriquer la corde pour se pendre ?

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.
Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.
(Google aurait emprunté l’expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Internet et communisme

La propriété serait out, et la location in. Combinaison de préoccupations écologiques et d’Internet, de plus en plus de biens sont partagés, et construits pour durer. Le modèle Vélib c’est l’avenir. The business of sharing.
Curieux. Je croyais la propriété une valeur fondamentale de la culture anglo-saxonne. Irait-on vers une forme de communisme prévu ni par Marx, ni par Schumpeter : un communisme où plus rien n’appartiendrait à personne, y compris l’État ? À l’exemple des entreprises dont la propriété est éparpillée entre des nuées d’actionnaires ? 

Vidéo et Internet

Je ne pense plus que la vidéo sur Internet va tuer la publicité télévisuelle. Simple bon sens : la télévision conduit à la passivité ; donc à l’absorption de toutes les niaiseries. Internet demande un plus grand éveil. En outre, la pub TV occupe l’écran, ce qui n’est pas le cas de la vidéo, qui gène la lecture et peut être facilement zappée.
Par contre, je continue à croire que la vidéo est un moyen, sans équivalent jusque-là, de marketing B to B. La possibilité de faire du « pull », de construire une marque. Une possibilité auparavant réservée au B to C, du fait de la télé. Et cela en vertu de théorèmes du cours que j’ai longtemps donné :
  • Le client entreprise attend une information précise et détaillée. Il est dans la raison, pas dans l’impulsion et l’émotion. (Le sentiment qui domine est le risque, par l’envie.)
  • Le dirigeant est un vendeur qu’aucun de ses commerciaux ne peut égaler : il est l’entreprise (surtout s’il l’a fondée).
Une vidéo bien faite envoie tous les bons messages. Et elle n’a pas besoin d’apparaître dans de grands médias. L’entreprise a peu de prospects, les bons commerciaux savent les approcher et tirer le meilleur des vertus introductrices de la vidéo. En outre, lorsque l’entreprise cherche un fournisseur elle sait le trouver sur YouTube, ou ailleurs.
Compléments :
  • L’Américain passe de plus en plus de temps devant la télévision (158h/mois) ; la part de la télévision dans les dépenses de publicité irait de 38 à 41% de 2008 à 2012 ; la force de la télévision : « environner l’annonce publicitaire d’un contenu passionnant » ; les réseaux sociaux permettraient un nouveau type de construction d’image de marque : par la discussion ; sinon la force de la pub sur Internet demeure la possibilité de mesurer son impact (« performance »). The box rocks.
  • J’ai fait quelques interviews de consultants pour décideursTV. J’ai appris que ça leur avait apporté des affaires. Ceux qui furent les meilleurs vendeurs étaient ceux qui ne cherchaient pas à vendre. Le vendeur efficace inspire confiance ?

Stuxnet

Le virus informatique Stuxnet a l’intéressante caractéristique de jouer sur 4 failles de Windows pour ensuite pouvoir s’en prendre à un logiciel de Siemens, utilisé pour superviser les processus d’une centrale nucléaire. Il est particulièrement présent en Iran, mais aussi en Indonésie, en Inde, en Azerbaïdjan, et même aux USA.
Alors, doit-on se passer d’Internet et des logiciels du marché, pour certains systèmes critiques ? Ne serait-il pas justifié de développer des logiciels spécifiques, comme on le faisait jadis ? J’imagine que l’on me répondra non, ça coûterait trop cher. Oui, mais quel est le prix d’un accident nucléaire ou de l’arrêt de l’approvisionnement en énergie d’un pays ?
Compléments :
  • C’est curieux mais toutes les innovations semblent avoir un coût caché. Parfois monstrueux. Leur attrait vient de ce que nous ne le voyons pas. 
  • Hervé Kabla, sur le même sujet.

Internet et lois du marché

Bizarrement l’origine du mot paradis serait un jardin entouré de murs. Internet semble propice à de tels paradis : de plus en plus d’îlots privés apparaissent (cf. Apple, Facebook ou la Chine). The Economist estime que le danger le plus sérieux à la « Net neutrality » est le manque de concurrence entre fournisseurs d’accès haut débit. (The web’s new walls.)
Et si, une fois de plus, arrivait ce qui doit arriver à des individus rationnels, laissés à eux-mêmes (The logic of collective action) : formation d’oligopoles ?
D’ailleurs, loin de créer la fraternité internationale escomptée, les hommes ont reproduit sur Internet ce qu’ils vivaient sur terre : notamment, aux USA, « séparation par classe et race ». « Cela reflète une réalité ancienne, pas une sorte de nouvelle découverte ». (A cyber-house divided.)