VW et Tesla

Ce qui semblait évident pourrait être en train de se réaliser. N’importe quel grand constructeur automobile a les moyens de produire plus et mieux que Tesla. Or, la bourse donne à ce dernier une valeur plusieurs fois plus élevée que la leur. (Exemple de « défaillance du marché » ?) Il semble que VW ait décidé de profiter de ses forces… 

Scandale VW : histoire d'un changement raté ?

Curieuse histoire VW, si je comprends bien ce que dit le Financial Times. Cela démarre avec un premier scandale, cette fois de corruption (bravo l’Allemagne ?), que l’équipe de management de l’époque tente d’utiliser pour « changer la culture » de l’entreprise, mais se fait prendre en contre, et sortir. Une nouvelle équipe est installée. Dorénavant, les mauvaises nouvelles ne passent pas. 
En même temps se pose la question du Diesel, trop polluant pour les normes américaine. La première équipe de management estime que la technologie maison n’est pas la bonne, qu’il faut emprunter celle de Mercedes. Une insulte. La seconde équipe de management redonne le développement du moteur aux spécialistes internes, qui vont devoir tricher pour arriver à leurs fins. 
Où l’on voit qu’une culture ne se change pas par la force ? Mais qu’il y a un sérieux besoin de changement, la culture de VW étant devenu un handicap ? 

Le paradoxe VW

Le scandale qui secoue actuellement VW me rappelle des souvenirs personnels. Curieux que je n’y ai pas pensé plus tôt. J’ai travaillé à plusieurs reprises avec des ingénieurs allemands. A chaque fois, ils me disaient quelque-chose comme : les constructeurs français sont des gougnafiers. S’il y a un retard, en France, dans la conception d’une voiture, du fait d’une question technique, on triche ; en Allemagne tant que le problème n’est pas résolu, on n’avance pas. J’avoue avoir été si convaincu, que j’ai décidé d’acheter une voiture allemande. (Avant de comprendre qu’il ne servait à rien d’avoir une voiture, puisque je ne l’utilise pas…)
A ce sujet, les constructeurs français ont-ils triché ? Si c’est le cas, ça ne semble pas être sur la même échelle qu’en Allemagne. Dans ce pays, quand on fait quelque-chose, on le fait industriellement…
Comment expliquer ce curieux paradoxe ? Toute la communication allemande est une communication technique, démontrant quasi mathématiquement l’excellence du produit. Cette communication ne signifie probablement rien d’autre que : nous, Allemands, nous sommes des êtres supérieurs. Et cela déclenche naturellement un phénomène qu’a décrit Robert Merton : « l’innovation ». Autrement dit, quant les objectifs que l’on se donne sont trop difficiles à atteindre, on tend à tricher avec les moyens que la société juge légaux d’employer. 

Théorie de l'agence et lutte des classes

J’ai parlé d’agence au sujet de VW. Mais la théorie de l’agence ne dit pas que cela. Elle explique que Marx s’est trompé. 
Pourtant, tout commençait bien pour Marx. Car elle affirme que celui qui a le pouvoir n’est pas le « chef » mais l’exécutant. En effet, au contact avec la réalité, il apprend et il crée. Seulement, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Je constate que le « il » est collectif. Ce n’est pas telle ou telle personne qui sait. Pour dégager le savoir collectif il faut faire un travail d’analyse et de synthèse. C’est un travail créatif. Il débouche sur ce que la science du management appelle une « vision ». Ensuite, il faut organiser l’effort collectif pour la réaliser. Et c’est là qu’entre en jeu le chef. Et c’est cela qui s’appelle le « changement planifié« . 
Chaque « classe » a un rôle dont la société ne peut se passer. S’il y a lutte, c’est qu’il y a dysfonctionnement social. Marx : théoricien de la destruction sociale ?

Agence VW

Le scandale VW illustre le phénomène de « l’agence », obsession de l’économiste. Comment faire que celui qui a l’argent (principal) ne soit pas arnaqué par celui à qui il le donne (agent) ? Car ce dernier est mieux informé que le premier. L’économiste se préoccupe ordinairement d’entreprise. Mais le phénomène est général. Dans le cas de VW, VW a utilisé ce qu’il savait mieux que nous contre nos intérêts. Goldman Sachs, autre exemple : naguère il vendait des produits qu’il savait dangereux. On lui a fait un procès pour cela. Mais alors, me direz-vous, comment puis-je avoir confiance en mon vendeur de légumes, en mon assureur, en mon médecin… ? 
La solution trouvée par l’entreprise moderne est de remplacer l’homme par le robot. Mais, d’ordinaire ce n’est pas comme cela que la société procède. Elle utilise le lien social. Ce sont ses membres qui se contrôlent les uns les autres. Ainsi, vous ne roulez pas à gauche, parce que si vous le faisiez, vous n’existeriez plus. Il est possible que si Goldman Sachs, VW ou votre médecin peuvent tricher, c’est parce qu’un excès d’individualisme a détendu le lien social. 

VW black swan

Et si VW faisait tomber l’Europe ?, disait Wired. Si le scandale qui touche VW lui était fatal, il pourrait l’être à l’Europe. Il n’y a pas que les banques qui soient « systémiques », c’est aussi le cas des multinationales. 
Ce qui illustre la théorie du « black swan » de Nassim Taleb. La vie est faite d’événements improbables qui font des dégâts massifs. Dans ce cas, et conformément à la théorie du chaos, la cause est infime. Quelques lignes de programme, en réponse à un changement (législation) auquel on est trop paresseux pour trouver une solution correcte. C’est ce que Robert Merton appelle une « innovation ». 

VW et la vertueuse Allemagne

L’Allemagne a bonne mine. Son entreprise la plus prestigieuse triche à grande échelle ! Et en plus cela concerne l’écologie, une croisade du pays et de ses gouvernants. Comment dans ces conditions peuvent-ils donner des leçons de vertu au reste du monde ? En particulier à la Grèce ? Voilà, me semble-t-il, ce qu’il faut retenir du scandale VW. 
Et si la vertu était le vice de l’Allemagne ? Lorsque l’on se donne des objectifs trop nobles, le seul moyen de les atteindre est de tricher ? Enantiodromie ?
(D’autres constructeurs vont-ils être touchés ? Si je comprends bien, les sanctions contre VW tiennent aux lois américaines. Les Français exportant peu devraient être peu touchés. Il est aussi possible que la taille du moteur entre en jeu. Plus c’est puissant, plus ça émet. Les Allemands vendent du gros cube pour gros riche, nous de l’équivalent Traban pour prolo. En revanche cela pourrait flinguer le marché du diesel.
PS. J’avais tort : ce sont plutôt de petites voitures qui sont concernées. En tout cas, la manipulation ne toucherait que les USA. Article du Monde.
PS2. On soupçonne le gouvernement allemand d’avoir été au courant des malversations de VW…)

Disparition du constructeur automobile français ?

L’industrie automobile européenne est en grosse surcapacité (de près de 30%). Ce qui signifie qu’elle a des constructeurs en trop.

Une typologie des dits constructeurs :

  • Une sorte de haut de gamme représenté par les constructeurs allemands, et notamment VW, en fort développement.
  • Un bas de gamme dans une mauvaise passe :
    • Renault et Fiat, qui ont construit un groupe international qui compense leur faiblesse.
    • Opel, dont GM voudrait probablement se débarrasser.
    • PSA, petit, seul.
La question que ceci pose est : restera-t-il un savoir-faire de construction automobile en Europe du sud dans quelques années ?
  1. Les tâches d’assemblage semblent promises à la délocalisation.
  2. Quel sera l’avenir de marques comme Renault ou PSA (s’il parvient à construire un partenariat) au sein de groupes dont ils seront le chaînon le moins reluisant ? Celui d’Opel ?
Compléments :
  • Source : Too many cars, too few buyers. Remarque : une grande partie de la valeur de Renault et PSA vient de leurs participations (Nissan et Dacia pour le premier, Faurecia pour le second) ; Renault seul serait valorisé à – 7md€ (!).
  • Histoire de changement ? Globalisation étant le nom du changement ? Les Allemands ont réussi, PSA a raté et Renault y a perdu son âme ?

Toyota à l’orange

J’apprends que Toyota se porte mal. Toyota, parangon de vertu industrielle ? Ses maux :

La qualité, sa force, est maintenant égalée par tous. D’ailleurs elle a récemment fortement baissé. Car Toyota s’est lancée dans une course au volume qui lui a fait tout oublier, y compris de concevoir des voitures que l’on ait envie d’acheter.

Compléments :

  • Je tire ces idées de Losing its shine, qui chante aussi les exploits de VW, et accessoirement de Hyundai.