Mémoires sur la cour de Louis XIV de Primi Visconti

Mémoires d’un aventurier italien, noble mais pauvre, qui porte un regard d’anthropologue sur la cour de Louis XIV. Dix années à la cour. 
Par rapport aux mémoires du duc de Saint Simon, aux Historiettes de Tallement des Réaux ou aux lettres de Mme de Sévigné, il n’y a rien ici de nouveau. L’intérêt du livre est peut-être la façon dont l’auteur est entré à la cour, et semble avoir vécu, comme elle, aux crochets du roi et de la  nation. Justement, comme un anthropologue. Il doit son succès à ce qu’il est perçu comme un devin. Lui, ne prend pas ses talents au sérieux. Comme les devins modernes, ses prévisions sont un mélange de bon sens, de renseignements précis, et de bluff. Il se trompe d’ailleurs parfois, mais on ne lui en tient pas rigueur. Surtout, on lui fait dire ce qu’il n’a pas dit. Comme celui de l’anthropologue, son cas montre probablement que toute société possède une place pour les extraterrestres. Ils ont une fonction. En particulier, celle de diffuser des informations utiles aux plans de certains. Mais aussi d’amuser. Ou de faire rêver, pour mieux accepter la réalité ?
Et la société de Louis XIV ? Le roi est dans la première moitié de son règne. Pour le moment tout lui réussit. Il fait la pluie et le beau temps en France, et même en Europe. Il a asservi les nobles dont la faveur et les revenus tiennent à son bon plaisir. Ils mènent une vie frivole. Ils passent leur temps à jouer gros, à se ruiner, et à médire. Ce monde pourrait, par ailleurs, donner une leçon de liberté de mœurs au soixante-huitard. Homme et femme y ont la plus grande liberté. Tout ceci est ponctué d’épisodes guerriers. Louis XIV se bat, en effet, contre l’Europe. Moyen d’occuper sa noblesse ? De lui donner l’impression qu’elle a une utilité, pour mieux la faire sombrer dans la décadence ? En tout cas, le pouvoir est entre les mains d’une technocratie bourgeoise, totalement dévouée au roi, d’un côté le clan Colbert, de l’autre Louvois et le clan Le Tellier. Diviser pour régner. Ce livre est peut-être aussi l’histoire d’un changement dans l’histoire de France. Louis XIV, qui vivait au milieu d’un harem, exige de plus en plus de sa cour une conduite irréprochable. Mme de Maintenon apparaît en fin de livre. Elle ne semble pas avoir été la cause mais la conséquence de ce revirement, qui tient, peut-être, à une aspiration à la rédemption d’un roi qui possède la foi du charbonnier. 
(VISCONTI, Primi, Mémoires sur la cour de Louis XIV, Tempus, 2015.)

Sandra

Film de Luchino Visconti, 1965.

Sombre histoire d’amour et de folie. Elle ressemble à celle d’Électre. Et c’est peut-être comme cela qu’il faut voir le film…

Je trouve Luchino Visconti d’autant meilleur qu’il s’éloigne de notre temps, mais aussi qu’il est en couleur. 

Senso

Chef d’oeuvre de Visconti.

Ça ressemble à un opéra, les décors sont probablement très beaux, plus opéra que cinéma ?, mais tout cela m’a laissé indifférent. Une fois de plus c’est l’histoire d’une société au crépuscule, et qui s’y complaît. Mais, alors que les déclins du Guépard, de Mort à Venise ou de Violence et passion sont calmes, dignes et beaux, ici on a droit aux grands transports démonstratifs du cinéma italien de l’époque, que je n’ai jamais pu supporter. Et les personnages sont des pantins ridicules. Dans ces conditions le déclin n’a plus rien de regrettable.

Je ne suis pas sensible au drame, ou il n’est plus de notre temps.